« Je veux détruire toute folie que la violence exerce sur les hommes. Je veux détruire la domination de l’un sur l’autre, des morts sur les vivants, de la matière sur l’esprit. » C'est Richard Wagner, le célèbre compositeur allemand, auteur de Tannhaüser, Tristan et Isolde, etc., qui a écrit ces phrases révolutionnaires.
Initié aux doctrines anarchistes par Bakounine en 1849, Wagner découvre la même année, en voyage à Paris, « Qu’est-ce que la propriété ? » de Proudhon.
« En 1849, ayant participé avec Bakounine à l’insurrection de Dresde, il publie « Le Salut dans la révolution » :
Je veux détruire jusque dans ses fondations l’ordre des choses dans lequel vous vivez, car il a germé du péché : sa fleur est la misère et son fruit le crime […]. Je veux détruire l’ordre existant qui rend les multitudes esclaves d’une poignée d’hommes et fait aussi de cette poignée d’hommes les esclaves de leur propre pouvoir […]. Levez-vous donc, peuple de la terre ! Debout ! vous qui gémissez : les opprimés, les pauvres ! »
Wagner est convaincu que l’humanité pourra se régénérer grâce à son art. Il esquisse avec Bakounine, alors caché à Dresde, des projets d’opéras pour lesquels il tente de définir un héros exemplaire : Barberousse, Jésus, Siegfried. Siegfried incarne l’homme révolutionnaire.
Nietzsche a écrit, dans « Le Cas Wagner » : « La moitié de sa vie, Wagner a cru à la révolution comme seul un Français peut y croire. »
Bakounine aurait-il servi de modèle au héros wagnérien ? En tout cas les anarchistes, et notamment les poètes symbolistes si marqués par la pensée libertaire, répandirent en France et en Angleterre le culte wagnérien. C’est aussi la revue anarchiste « Les Temps nouveaux » qui publie, en 1895, la première traduction du livre de Wagner : « L’Art et la révolution » (1895). »
Michel Ragon
Dans cet essai écrit au lendemain de la révolution de Dresde de 1849, Richard Wagner dénonce la bourgeoisie corruptrice de l'art et prône un théâtre pour le peuple.


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