Wednesday, November 28, 2007

LA BELLE VERTE




Le film de Coline Serreau est une satire réussie de la société civilisée. Son éloge de la simplicité évoque l’antique TAO de Tchouang-tseu qui préconise l’élimination de tout ce qui, à nos yeux, fait la civilisation pour rendre à la nature tous ses droits.

Il est dit : Que le poisson ne sorte pas des profondeurs, où il vit ignoré mais en sûreté ; qu’un Etat ne fasse pas montre de ses ressources, de peur de se faire dépouiller. Or les sages (politiciens) sont considérés comme une ressource de l’Etat. On devrait donc les cacher, les tenir dans l’obscurité, ne pas les employer. Ainsi la race des Sages s’éteindrait, et, avec elle, s’éteindrait aussi la race des brigands. Pulvérisez le jade et les perles, et il n’y aura plus de voleurs. Brûlez les contrats, brisez les sceaux, et les hommes redeviendront honnêtes. Supprimez les mesures et les poids, et il n’y aura plus de querelles. Détruisez radicalement toutes les institutions artificielles des Sages, et le peuple retrouvera son bon sens naturel. Abolissez la gamme des tons, brisez les instruments de musique, bouchez les oreilles des musiciens et les hommes retrouveront l’ouïe naturelle. Abolissez l’échelle des couleurs et les lois de la peinture, crevez les yeux des peintres, et les hommes retrouveront la vue naturelle. Prohibez le pistolet et le cordeau, le compas et l’équerre ; cassez les doigts des menuisiers, et les hommes retrouveront les procédés naturels, ceux dont il est dit : Adresse sous un air de maladresse. Flétrissez Tseng-chenn et Cheu-ts’iou (légistes), bâillonnez Yang-tchou et Mei-ti (sophistes), mettez au ban la formule bonté-équité (des confucéistes), et les propensions naturelles pourront de nouveau exercer leur mystérieuse et unifiante vertu. Oui, revenons à la vue, à l’ouïe, au bon sens, aux instincts naturels, et c’en sera fait des éblouissements, assourdissements, errements et grimaces factices. Philosophes, musiciens, peintres, artistes divers, n’ont fait que tromper et pervertir les hommes, par des apparences spécieuses. Ils n’ont été d’aucune utilité vraie pour l’humanité.
Tchouang-tseu

Voir un autre extrait de LA BELLE VERTE.


Libertaire invétéré et lecteur assidu des œuvres de Lao tseu et de Tchouang-tseu, maître Pao se moquait des rites religieux. Sa faconde n’aurait pas épargné les bardes du néo-bouddhisme, les Castafiore tantriques.

La société moderne a créé la religion de la production. Cette hérésie dévastatrice provoque l’extinction massive de la vie. Des dizaines d’espèces disparaissent chaque jour. Pendant que les capitalistes et les politiciens profitent pleinement de leurs privilèges, des utopistes tentent de résister :


Dans les villes, les FREEGANS luttent contre le consumérisme.

Dans les campagnes, les NEO-RURAUX refusent la servitude volontaire.

Des colloques, des livres, des vidéos vantent les mérites de la DECROISSANCE.

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