Tuesday, February 26, 2008

L’art de se suffire à soi-même

Chacun est son propre maître et peut trouver en lui-même la vraie sagesse. Mais d’abord il faut se débarrasser des mensonges politiques et religieux.

L’empire américain utilise les sectes et le christianisme des évangéliques comme forces de conquête. La théopolitique de Bush fait des émules en France et les déclarations du président Sarkozy trahissent l’adhésion de l’Etat français à l’eschatologie des fondamentalistes américains. N’oublions pas que les prophéties apocalyptiques des évangéliques étasuniens annoncent une terrible guerre sainte, le plus grand conflit de tous les temps. Les forces du bien se préparent à détruire l’axe du mal pour instaurer la théocratie sur terre. L’empire américain se veut de droit divin et ses tueries en Orient sont considérées comme une croisade contre le mal. Dans ce contexte, le bouddhisme tibétain bénéficie d’une étonnante médiatisation est-ce à cause de l’eschatologie du Kalachakra ? Cette tradition tantrique proclame, à l’instar des tenants de la théopolitique étasunienne, la guerre sainte et le retour du Roi-du-dharma, équivalent bouddhiste du Christ-roi. Le spiritualisme contemporain combine parfaitement le néo-christianisme des évangéliques et le néo-bouddhisme. La figure emblématique de la nouvelle ère spirituelle, le guide suprême de l’humanité purifiée sera, selon les channels, le Christ-Maitreya.

L’avènement d’un nouveau fascisme religieux, orchestré par de riches prédateurs autoproclamés «seigneurs du monde», va de pair avec la destruction de l’environnement, les maladies dégénératives, la peur du terrorisme, le contrôle des médias, la paupérisation…

Les maîtres spirituels et les groupements religieux actuels sont presque tous douteux. « La véritable école pour le peuple et pour tous les hommes faits, écrit Bakounine, c’est la vie. La seule grande et toute puissante autorité naturelle et relationnelle à la fois, la seule que nous puissions respecter, ce sera celle de l’esprit collectif et public d’une société fondée sur l’égalité et sur la solidarité, aussi bien que sur la liberté et sur le respect humain et mutuel de tous ses membres. Oui, voilà une autorité nullement divine, toute humaine, mais devant laquelle nous nous inclinerons de grand cœur, certains que, loin de les asservir, elle émancipera les hommes. Elle sera mille fois plus puissante, soyez-en certains, que toutes vos autorités divines, théologiques, métaphysiques, politiques et juridiques instituées par l’Eglise et par l’Etat, plus puissante que vos codes criminels, vos geôliers et vos bourreaux. »

Un paisible sage indien, Ramana Maharshi (1879–1950), disait : « Les diverses écoles de philosophies, avec toutes leurs ramifications compliquées, prétendent clarifier les choses et révéler la Vérité. Mais en fait, elles créent une totale confusion là où devrait régner la simplicité. […]
« Prenons l’école du Vedanta, par exemple. Elle enseigne qu’il existe quinze variétés de prana. On demande à l’étudiant d’apprendre leurs noms par cœur et de connaître leurs fonctions. L’énergie subtile ascendante est appelée prana ; quand elle descend on la nomme apana ; quand elle fait fonctionner les sens on lui donne un autre nom. A quoi tout cela peut-il bien servir ? Pourquoi vouloir classifier, attribuer des noms, énumérer des fonctions, etc. ? […]
« La kundalini et les chakras n’ont d’existence que pour ceux qui débutent dans la voie du yoga ; mais pour celui qui pratique l’investigation intérieure, ils n’existent pas ».

La kundalini est au centre des préoccupations d’un grand nombre de spiritualistes obsédés par la canalisation de cette force vitale. Les dompteurs de libido, les avaricieux du sperme, les vampires tantristes de l’essence féminine se réclament de l’Inde spirituelle. Avant la décadence de l’ancienne tradition et l’influence du puritanisme anglo-saxon, les adorateurs de Shiva étaient plus prodigues de leur semence. « Shiva est le principe du plaisir érotique non de la fécondité. Errant dans la forêt, il répand son sperme par des pratiques masturbatoires. Il inspire le désir, la folie érotique. Son fils Skanda est né sans l’intervention d’un élément féminin. Toute la beauté, toute la joie du monde se manifeste par une explosion érotique. Les fleurs jettent leur pollen au vent. La fécondation n’est qu’un accident de parcours dans une manifestation de joie érotique.» (Alain Daniélou)

Avant l’arrivée des religions de caractère social à visées politiques, quand les hommes respectaient la terre mère, la sexualité n’était pas domptée. Les mystiques orgiaques et la prostitution sacrée étaient répandues dans le monde antique. Mais de leur côté, les sectateurs de Yahvé n’appréciaient guère les prêtresses qui officiaient les jambes écartées. Ils jetèrent hors d’Israël les prostituées sacrées. « Le culte de Yahvé ne nie pas toute pulsion érotique, il entend canaliser, orienter, se réserver cette pulsion. Par là même le Dieu unique prépare le productivisme ultérieur, et ainsi il inaugure ce qu’il est convenu d’appeler le totalitarisme. » (Michel Maffesoli)

La contre-offensive religieuse actuelle, «le 21ème siècle sera religieux…», profite aux puissants exploiteurs des populations réduites à l’état de fourmis laborieuses et asexuées. La nébuleuse du spiritualisme moderne s’efforce d’entériner l’idéal égalitaire et d’inculquer la soumission. Ce prétendu renouveau spirituel colporte les dogmes remaquillés de l’ancien despotisme religieux. « La religion devient donc la pratique d’aliénation par excellence : elle suppose la coupure de l’homme avec lui-même et la création d’un monde imaginaire dans lequel la vérité se trouve fictivement investie. » (Michel Onfray)





Les cyniques étaient des philosophes peu productifs mais assez démonstratifs. Pas du tout inhibés, ils copulaient joyeusement en public. Michel Onfray écrit :


" Le bordel avait fait de Diogène un sage : il semblait le fréquenter plus souvent que les cours ésotériques des platoniciens. En sage lucide et désespéré qu’il était, il savait que le désir ne tient jamais ses promesses et qu’il faut rendre à la sexualité son caractère primitif de fête joyeuse et simple qui régule les passions et libère l’esprit. Le goût cynique pour le solipsisme se retrouve ici : rien n’est plus emblématique de cette position philosophique que l’onanisme sagement – et comme une tautologie ironique – baptisée plaisir solitaire. Là encore, produisant tout seul sa propre jouissance, avec les moyens du bord, Diogène pulvérise toute velléité de distinction entre les Aphrodites de Platon : il n’y a pas d’un côté la céleste et de l’autre la vulgaire, mais tout simplement une Vénus expérimentale qui suppose qu’on prenne son plaisir où l’on veut, comme on veut – l’hypothèse n’excluant d’ailleurs pas des sexualités de traverse. L’objet en main, l’œil épiant la réaction du passant, Diogène s’active et montre qu’il n’y a pas d’intersubjectivité sexuelle, et que l’économie des désirs est toujours solitaire, quoi qu’on en dise. Lacan s’en souviendra. […]


Politique et religion sont deux des modalités du sacré. La démonstration n’est plus à faire que l’idéologie entretient d’intimes rapports avec la transcendance et le sacré. Lorsque Diogène montre sans vergogne son mépris et son insouciance à l’égard des dieux, il exprime la même chose : une solitude irréductible et un souverain mépris des églises et des palais, des prêtres et des princes. Le refus de la loi religieuse se double, chez lui, d’une critique de la loi civile et d’une légendaire insolence dans la direction des hommes de pouvoir.
Le cynique n’aime pas la religion : il sait combien elle se fait fort de limiter les libertés et singularités individuelles. Un prêtre, de quelque culte qu’il soit, est toujours un censeur qui travaille contre la vie, pour le renoncement, qui joue Thanatos contre Eros. Certes il faut préciser de quelle religion il s’agit, car le sacré prend des formes qui épousent la dynamique des époques, comme pour mieux durer malgré leur devenir obsolète. Quand une religion devient moribonde, elle se pare de nouveaux oripeaux pour trouver un second souffle et conserver de son efficacité. "
Michel Onfray, " Cynismes ", Grasset


Aussi :



  • Michel Maffesoli, "L'ombre de Dionysos", Librairie des méridiens.

  • Michel Onfray, " Traité d’athéologie ", Grasset.

  • Michel Bakounine, " Dieu et l’Etat ", Editions Mille et une nuits.

  • Alain Daniélou, " Shiva et Dionysos ", Fayard.

  • Paul Brunton et Munagala Venkataramiah, " Immortelle conscience", les propos de Ramana Maharshi, Les Deux Océans.

  • Ben Radis et Dodo, " Le Grand Karma", Les Humanoïdes Associés.


No comments:

Post a Comment

Note: Only a member of this blog may post a comment.