Monday, June 23, 2008

Autorité Spirituelle et pouvoir temporel

Déclarée à la suite d’une conspiration de menteurs, la guerre en Irak a fait plus d’un million de victimes. Bush et ses complices sont des criminels. Ils devraient être au ban de la société, jugés et condamnés.

Un responsable religieux, d’un courant spirituel digne de ce nom, qui s’affiche avec des politiciens sanguinaires renie ses propres valeurs. Les valeurs du lamaïsme sont maintenant mieux connues et l’amitié du dalaï-lama a l’égard du sombre personnage qui occupe la maison blanche ne surprend pas. Quant aux valeurs chrétiennes, elles sont trahies depuis des siècles. Il ne faut pas oublier que Benoît XVI est le successeur de papes qui étaient parfois de véritables monstres. Au 15ème siècle, par exemple, le représentant de Dieu sur terre, le pape Innocent VIII, était malade, pour recouvrer la santé il but le sang de trois garçons de dix ans, mais en vain : le pape mourut et les garçons aussi. Pour le malheur du christianisme primitif, le souverain pontife actuel est très à l’aise avec les vampires étasuniens.

La Tradition s’efforça d’adoucir les afflictions de l’âge noir (Kali Yuga). Des administrations sociales furent instituées afin de pallier la déchéance de l’être humain qui ne pouvait plus comprendre sa condition libertaire originelle (c’est ce qu'exprime d’une certaine façon Etienne de la Boétie dans son livre "Discours de la servitude volontaire").

Selon la pensée traditionnelle, le sacerdoce avait une influence positive sur la royauté afin d’œuvrer pour le bien-être spirituel et matériel des peuples. Un texte écrit par Ananda Coomaraswamy (1877-1947) nous aide à mieux comprendre la société traditionnelle :

Ce n’est donc que lorsque le prêtre et le roi, les représentants humains du Ciel et de la Terre, de Dieu et de son Royaume, sont "unis dans la célébration du rite" (savrate, etc.), seulement lorsque "Ta volonté est faite sur la Terre comme au Ciel" (ce qui suppose une mimesis des formes célestes), qu’existent le don et la réception, un don et une réception qui sont en réalité l’expression non d’une égalité mais d’une réciprocité authentique. La paix et la prospérité, la plénitude de la vie dans tous les sens du mot, sont le fruit du mariage du Pouvoir Temporel et de l’Autorité Spirituelle, comme elles doivent être celui du mariage de la femme et de l’homme, quel que soit le plan de référence. Car "en vérité, quand un accouplement se produit, alors chacun satisfait les désirs de l’autre" ; et, dans le cas de l’"accouplement divin" du Sacerdoce et de la Royauté, que cela se situe dans le domaine extérieur ou en nous, les désirs des deux partenaires sont dirigés vers le "bien", ici et dans la vie d’après la mort. Il faut satisfaire simultanément les besoins de l’âme et du corps.

Mais si le roi, en coopérant avec un pouvoir plus éminent, auquel il est assimilé, devient ainsi le Père de son peuple, il n’en reste pas moins vrai que les potentialités sataniques et mortelles sont inhérentes au Pouvoir Temporel ; quand la Royauté ne poursuit que ses seuls intérêts, quand la moitié féminine de l’Administration affirme son indépendance, quand le Pouvoir prétend régner sans tenir compte de la Justice, quand la "femme" réclame ses "droits", ces potentialités mortelles deviennent réalité ; comme la famille et la maison, le roi et le royaume sont détruits et le désordre (anrta) prévaut. Ce fut la revendication de son indépendance et de sa prétention à jouir de "droits égaux" qui valut à Lucifer (qu’il ne faut pas confondre avec Lux, comme il faut faire la distinction entre le disque solaire et la "Personne dans le Soleil") d’être précipité du Ciel en Enfer et de devenir Satan, l’Ennemi ; ce fut saisi du même délire paranoïaque qu’Indra, "rendu fou par l’orgueil que lui avaient donné ses pouvoirs héroïques" (svena viryena darpitah), devint l’oppresseur des dieux (devan badhitum arebhe), et seul le Pouvoir Spirituel, Saptagu-Brhaspati, put l’éveiller (atmanam Buddhvâ) de sa stupeur. Nous connaissons également le cas du roi Soma qui, après avoir opprimé Brhaspati, se réconcilia avec lui, et celui de Nahusa, que nous voyons dans les épopées prendre un instant la place d’Indra mais dont la carrière est ruinée par son arrogance ; cf. Satapatha Brahmana où nous lisons que si le roi se laisse griser (ud va ha madyet) par l’exaltation rituelle, "qu’il tombe la tête la première" (pra va patet). De la part de la Royauté, la présomption est à la fois destructrice et suicidaire.

Dans une société traditionnelle, l’oppresseur est excommunié et déposé légalement ; l’excommunication et la déposition peuvent être suivies d’une soumission et d’une apocatastase comme dans le cas d’Indra ou comme dans celui que réserve l’Islam pour Iblis, ou encore peuvent précéder l’installation d’un successeur plus conforme à l’idéal et dans lequel la royauté se voit renaître. Quand, dans une société non traditionnelle, l’oppresseur a été chassé par une révolution populaire, les opprimés se proposent de gouverner dans leur intérêt et deviennent les oppresseurs. La majorité opprime la minorité. L’apparition d’une ploutocratie mine ce qu’on appelle encore un gouvernement de la majorité. L’inefficacité et la corruption de la ploutocratie ouvrent la voie à la prise du pouvoir par un unique prolétaire qui devient un dictateur ou, plus techniquement, un tyran, qui ne rend même pas un semblant d’hommage à un pouvoir qui se situerait au-dessus de lui et qui, même si ses intentions sont bonnes, n’en reste pas moins dépourvu de "principes". Cette caricature de la monarchie conduit à un état de désordre (anrta) qu’il nous est facile de constater actuellement dans le monde. Il est, en fait, évident que "ce que nous appelons notre civilisation n’est qu’une machine meurtrière privée de conscience et d’idéaux" (G. La Piana dans le Harvard Divinity School Bulletin). Ce sont là les ultimes conséquences du divorce entre le Pouvoir Temporel et l’Autorité Spirituelle, la Puissance et le Droit, l’Action et la Contemplation.



Ananda K. Coomaraswamy, "Autorité spirituelle et pouvoir temporel dans la perspective indienne du gouvernement", éditions Archè.


Bhoutan, ce petit royaume bouddhiste développe son Bonheur National Brut sans ultra-libéralisme ni servage religieux.


La face cachée de l’Europe.
Il se murmure que l’oligarchie européenne prépare le "marché transatlantique sans entraves", une zone de libre-échange Etats-Unis - Union Européenne. L’Europe est bien le cheval de Troie du capitalisme étasunien.
Nous comprenons mieux l’entreprise de démolition des institutions solidaires comme la sécurité sociale. Sarkozy, qui incarne le dirigeant malin (lat. malignitas) selon les critères de Coomaraswamy, œuvre pour la commercialisation de la santé et de tous les secteurs de la société qui échappent encore à la marchandisation.
Il est urgent de constituer des îlots de résistance et d’autonomie sans pour autant tomber entre les griffes des sectes.

1 comment:

  1. En effet, Coomaraswamy nous donne la une belle description des "temps modernes"...

    Dieu merci ! le Silence est d'Or...
    KT

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