Saturday, July 12, 2008

Brahma




"Et si on laissait tout le bagage emmagasiné, notre "culture" ? Notre structure ? La sottise hypnotique d’une identification nous ferait-elle naître et mourir ? Où va ce qui n’est pas venu ?

"S’il y a quelque chose à obtenir par la culture, cela relève de l’acte, qui fait naître et mourir" (Lin Tsi). La culture, "bhâvanâ", est l’imagination, la pensée, la recherche, l’observation. Ceux qui "observent", "recherchent", "Cela", ne l’obtiendront jamais. Cela n’est pas un objet de recherche – Cela n’est – na veda, veda ca (Ke. Up. II,2) – ni ce qui est ignoré, ni ce qui est connu – il n’est aucun quod, ni aucun qui. En "recherchant", en "cultivant", on prépare une couche pour la naissance, un cercueil pour la mort. Les Bouddhas et les Patriarches sont "gens sans affaire", continue Lin Tsi. Ils ne recherchent rien. Ils ne font pas. Ils ne relèvent pas de l’acte, de la culture.

La culture, voilà le faire, qui lie au samsâra, à l’illusion (moha) phénoménale, des morts et des naissances. "L’histoire de la pensée humaine" - what a mess ! Mais la non pensée n’a pas d’histoire. Bodhidharma n’avait pas de nom. La pensée n’est que sous le signe de Mâyâ – toutes les actions sont filles de Diti, la limitation, la mère des Daitya, des monstres et des démons. Les "sages", dhirah, ayant connu (réalisé Cela) dans tous les êtres (bhûtesu bhûtesu), s’étant détourné (pretya – qui signifie précisément, "étant parti après la mort dans l’autre monde") de ce monde (asmât lokât) deviennent (bhavanti) immortels (amrta).

Ils ont connu Cela en toutes choses, mais ils se sont détournés de toutes choses – Brahman en toutes choses est ne-pas-faire, ce monde, celui de Mâyâ, est celui du faire. La seule différence, entre Brahman et Mâyâ, c’est que dans le premier monde, on ne-fait-pas, tandis que le second est celui de la souffrance, de l’action, des fins et des commencements, des identifications – le monde de Mâyâ est le monde historique. Mais Brahman est "sans second". Les dhirah, viprah, ont "connu" le monde-tel-qu’il-est, dans sa vacuité – ils ont "éteint" la surimposition, ils ont cessé de voir le serpent à la place de la corde. Ne-Pas-Faire est l’extinction (nirvâna) du faire, Brahman est l’extinction de la douleur (duhka), due à l’ignorance (avidya). Sans Affaire, les sages, les Bouddhas, les viprah, les dhirah, les yogî, ne sont plus touchés par la mort – car ils ne sont plus touchés par la vie."

Bernard Dubant "Ne-Pas-Faire, le pouvoir du Non-Agir et Lokatîstava de Nâgârjuna", éditions Guy Trédaniel.



Présentation de l'éditeur :


Être ou ne pas être, ancienne question... Les concepts sont les mâchoires de l'illusion. La Libération est le pourquoi de toute Voie Sacrée. Se fondant sur la tradition de Sanatana dharma et du Buddha dharma, du Non-Agir, du taoïsme et du chamanisme, l'auteur montre que les voies authentiquement "initiatiques" ne sont pas des voies d'acquisition : elles consistent avant tout à se "libérer" des notions d'égo et d'action, conditions de la prodigieuse ignorance savante qui lie l'entité humaine à l'illusion, à la souffrance et à la mort.
Pour illustrer cela est ajouté un texte de Nagarjuna, le grand maître de la voie Madhyamaka. Traduit du sanskrit et commenté par l'auteur, Lokatitastava exprime l'essence de la voie du Bouddha.



***


No comments:

Post a Comment

Note: Only a member of this blog may post a comment.