Wednesday, April 22, 2009

Hiérarchie occulte


Il est agréable de lire l’Avadhûta Gîtâ. En effet, la strophe 31, par exemple, dit :

"L’Avadhût n’est pas concerné par les choses de ce monde, car sa béatitude naturelle de réalisation du Soi rend toute chose insignifiante. Mort et naissance n’ont pas de sens ; il ne médite pas, il n’adore rien."

Cette forme d’autisme transcendant ne manque pas d’attraits et convient aux sages indolents, une espèce d’hommes assez peu répandue, hélas.

Le commun des mortels entretient des relations avec le monde extérieur. Mais de nos jours la connaissance de ce monde est tronquée. Des dogmes modernes ont balayé d’antiques conceptions de la vie et des diverses intelligences qui peuplent le monde avec des corps plus ou moins visibles. Autrefois, la croyance en l’existence d’entités sans corps aussi dense que le notre était universelle. Il nous reste du savoir ancestral de nombreux contes et légendes. Le fond de vérité de ces vieux récits n’échappe pas aux investigateurs perspicaces.

La prudence était de rigueur avec les entités. Les Tibétains, experts en démonologie, n’omettaient jamais de créer une enceinte psychique protectrice avant la pratique rituelle et méditative. Une précaution inconnue des spiritualistes contemporains.

Une nouvelle religiosité a émergé après les excès du matérialisme et la quasi disparition du savoir traditionnel. Les médiums du spiritualisme moderne, notamment du channeling, autre nom pour désigner le spiritisme, se livrent avec beaucoup d’enthousiasme et peu de discernement au commerce avec de prétendus "guides de lumière".

L’écrivain et géobiologue Roger de Lafforest relate une anecdote au sujet d’un ami adepte du nouveau spiritualisme :

"Cet homme éminent, célibataire, d’une très haute spiritualité et d’une moralité parfaite, occupait un petit trois pièces dans une H.L.M. de la banlieue sud de Paris. C’était un érudit timide qui menait une vie effacée et discrète. Spécialiste en hydrologie, il s’était intéressé aux recherches que je faisais sur les nocivités crées à la surface du sol par le passage de cours d’eau souterrains. Nous avions vite sympathisé, et il m’avait bientôt fait des confidences sur sa vie spirituelle la plus intime. Il m’avait avoué, comme s’il se fût agi d’un péché, qu’il pratiquait une méditation mantrique tibétaine, qu’il se connaissait deux "guides", deux lamas du Potala, qui le dirigeaient dans les moindres actes de sa vie.

Quiconque fréquente un peu les ésotéristes de tout poil sait qu’il est courant de rencontrer chez eux des gens raisonnables qui donnent volontiers tous les détails (qu’on ne leur demande pas) sur le "guide" auquel ils obéissent perinde ac cadaver. Il s’agit presque toujours, d’ailleurs, d’un moine tibétain, ou d’un brahmane, ou d’un prêtre zen ou d’un gourou de haute secte ; jamais ce maître secret, qui se manifeste avec autorité dans le silence de la méditation, n’est un ancien gendarme de la Queue-lès-Yvelines ni un champion de catch prématurément décédé.

Donc, le "guide" de mon ami hydrologue était un lama tibétain qui le dirigeait dans les moindres actes de sa vie. C’était un protecteur dont les judicieux conseils lui avaient plusieurs fois sauvé la vie. Son visage ascétique et assez terrible apparaissait régulièrement soit la nuit, dans l'obscurité de la chambre, soit comme un parasite lumineux sur l’écran opaque de la méditation.

Où l’affaire devient incroyable et saugrenue, c’est que le sage guide persuada un jour le naïf professeur que, dorénavant, chaque matin en se levant, il devrait faire sa salutation au soleil à l’envers, c’est-à-dire le coccyx vers l’est, le front touchant le sol vers l’ouest. Pourquoi cette inversion ? pour "déboucher son chakra racine dont le blocage contrariait la progression ascensionnelle de la kundalini" !

Mon ami m’avait fait part de cette innovation imposée dans sa gymnastique ésotérique, mais il avait omis de me donner certaine précision sur la mise en scène exigée pour la nouvelle posture : il devait se mettre complètement nu, sortir sur son balcon, s’accroupir sur un tapis de prière, et présenter ses fesses au soleil levant pendant un quart d’heure, en répétant son mantra secret.

Or, dans ce genre d’immeuble, le balcon est commun pour tout l’étage et fait ceinture à tous les appartements, sans autre séparation qu’une plaque de verre translucide s’élevant à peine à hauteur d’homme.

Bien que la salutation au soleil se fasse à l’aube, il y a beaucoup de lève-tôt dans ces étables à travailleurs que sont les H.L.M. Le bruit se répandit rapidement dans le voisinage qu’un vieux fou, chaque matin, montrait ses fesses sur le balcon du troisième étage, et les voyeurs amusés devinrent de plus en plus nombreux. Malheureusement, parmi les spectateurs les plus proches se trouvait une vieille fille, fonctionnaire à la Sécurité sociale, qui faillit s’étrangler d’indignation. A ses protestations, qu’elle présenta aigrement, le professeur répondit, sur le conseil de son guide, par un geste obscène.

Ce qui devait arriver arriva : la vieille fille fit faire des constats par huissier, recueillit des témoignages et déposa plainte devant le procureur de la République en se constituant partie civile. L’enquête fut brève, il y avait flagrant délit chaque matin, et mon ami se retrouva bientôt devant le tribunal correctionnel qui le condamna pour attentat à la pudeur, en application de l’article 430 immortalisé par Courteline.»
(Roger de Lafforest, "Présence des invisibles".)

Des entités, en réalité des anges noirs, se tiennent silencieusement derrière la scène du monde. Ce sont eux qui sont à l’origine du nouveau spiritualisme et des actions malfaisantes des loges politico-occultes. Ces entités énigmatiques, incrustées dans les profondeurs de l’inconscient collectif, influencent les humains à leur insu et les vampirisent.

Des gourous du Nouvel Age invitent leurs disciples à honorer des entités, de soi-disant maîtres de sagesse de la fameuse "Grande Fraternité Banche". Maître Morya, Maître Koot-Hoo-Mi, Maître Djawhal Khool (le guide tibétain d’Alice Bailey) et de nombreuses autres entités caricaturent les figures de la spiritualité traditionnelle. Manu Vaïvashvata (le grand législateur de l’hindouisme) et Jésus sont aussi à l’affiche de cette immense parodie dont le premier rôle est attribué à Sanat Kumara, Sanat (éternel) et Kumâra (l’adolescent). Sanat Kumâra est une incarnation (avatara) de Vishnu mentionnée dans le Bhâgavata Purâna. Les prophètes du spiritualisme moderne affirment : "Sanat Kumara est le seigneur du monde". Cette déclaration fait frémir les derniers chrétiens. L’un d’eux a dit : «Il ne peut faire aucun doute que Sanat, le dirigeant suprême du Nouvel Age, qu'ils appellent « le Seigneur du Monde», n’est nul autre que Satan lui-même que Jésus appelle « le Prince du Monde ». Sanat est simplement et seulement une translocation du mot Satan.»

Le Nouvel âge, mouvance hétéroclite en constante mutation, concerne l’ensemble du spiritualisme moderne. Son influence parvient jusqu’au cœur des plus anciennes institutions religieuses au nom d’un l’œcuménisme ambigu. Selon toute vraisemblance, son objectif se rapporte à l’instauration d’une religion planétaire dont le culte sera l’ultime imposture de cette fin de cycle.

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