Saturday, April 04, 2009

Salades prâniques


La crise économique actuelle se produit durant la dernière phase d’un long cycle de décadence. En Occident, la tradition orphico-pythagoricienne et le platonisme parlaient de la chute des âmes qui étaient tombées du lieu où elles contemplaient la vérité pour devenir les esclaves du corps. L’homme moderne s’enferme dans l’idolâtrie de son ego et de son corps. Le matérialisme a sapé toutes les traditions spirituelles authentiques. Les religions répandent des croyances fondées sur la recherche des plaisirs célestes plus ou moins calqués sur les plaisirs terrestres. De leur côté, les partisans de la réincarnation capitalisent des actes méritoires pour renaître riches et en bonne santé.

Les religions de notre époque sont matérialistes (matérialisme spirituel). Les fidèles les plus idéalistes aspirent aux délices du paradis de Jéhovah ou de la terre pure du bouddha Amitabha… Les autres, plus pragmatiques, sont persuadés que les rites, les mantras, les bénédictions les protégeront et les rendront heureux dans cette vie. Les pratiquants ne négligent jamais l’augmentation de leur pouvoir d’achat, leitmotiv de l’existence humaine. Dans ce contexte, la crise suscite des réactions surprenantes.

Le temps où les spiritualistes confiaient leur destin à la sainte providence est révolu. De nos jours, les stratégies de survie se multiplient face à une crise qui est perçue comme les prémices du règne de l’Antéchrist. Des prédicateurs religieux organisent la résistance et s’en remettent aux réserves alimentaires et aux armes plutôt qu’à l’Eveil.

Certaines personnes pensent qu’une technique spirituelle peut tout régler. Le prânâyâma, littéralement "maîtrise du prâna", consiste dans l’exécution d’exercices respiratoires. Cette technique se répand dans le monde sous le nom de "respirianisme", en anglais "breatharianism". Les adeptes du respirianisme croient qu’il est possible de vivre de prâna-lumière et de s’abstenir totalement de nourriture. Les respirianistes sont persuadés qu’un jour ils deviendront des virtuoses du prâna et n’auront plus besoin de s’alimenter. Ils réaliseront alors des économies considérables.

Le Prânâyâma n’est pas dénué de dangers.

"Si quelqu’un fait des expériences de respiration, écrit Gurdjieff, il est préférable qu’il s’arrête pendant qu’il est encore temps.
En Europe, les gens ont complètement perdu la tête à ce sujet. Pendant quatre ou cinq ans, j’ai gagné ma vie à soigner des malheureux qui avaient détérioré leur santé avec de telles méthodes. On écrit beaucoup de livres là-dessus. Chacun voudrait enseigner l’autre :
"Plus vous respirez, disent-ils, plus fort est l’apport d’oxygène", etc. Et le résultat final est qu’ils viennent me voir. Je suis très reconnaissant aux auteurs de ces ouvrages, fondateurs d’écoles et autres."

Rudolf Steiner est plus inquiétant quand il écrit :

"Lucifer est lié à tout ce qui n’a pas encore atteint la pleine clarté des différents sens, à ce qui assaille l’homme d’une manière vague et indistincte. En d’autres termes, Lucifer est lié à la respiration, à l’expérience de l’inspiration et de l’expiration. La respiration de l’homme est quelque chose qui doit être réglé d’une façon très précise par rapport à l’ensemble de son organisme. Dès l’instant que le processus respiratoire est tant soit peu troublé, la respiration qui normalement est un phénomène inconscient auquel nous n’avons pas besoin de faire attention, se mue en un processus conscient, un processus de rêve plus ou moins conscient. Et quand – nous pouvons exprimer cela d’une façon tout à fait terre à terre - le processus respiratoire devient trop énergique, quand il exige de l’organisme un effort trop important, alors la possibilité de pénétrer avec le souffle dans l’organisme humain est donné à Lucifer – sinon à lui, du moins à ses légions, à ceux qui sont des siens." (L’homme entre Lucifer et Ahriman, éditions Triade.)

Les chroniques religieuses mentionnent des cas de jeûne prodigieux. De grands mystiques étaient capables de vivre sans manger durant des années. Toutefois, la véritable inédie, le jeûne des saints, n’est pas le résultat d’un procédé précis. Ce phénomène apparaît parfois chez des contemplatifs de grande envergure. Leur réalisation spirituelle n’est pas le fruit d’un enseignement religieux ou philosophique. Le savoir ne peut conduire à la "vision" de l’Ultime.

Les techniques d’éveil de l’énergie prânique sont dangereuses sans l’unification intérieure, l’expérience unitive. Or cette unification libère des angoisses existentielles et n’entretient plus de projets fumeux : éveiller la kundalini, se sustenter de prâna, devenir un jîvanmukti, un libéré… L’Ashtâkra-gîtâ dit : "Si l’ignorant n’atteint pas Brahman, c’est justement parce qu’il veut le devenir. Sans le vouloir aucunement, celui qui a l’esprit stable jouit de l’essence du Brahman Suprême".

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