Tuesday, June 09, 2009

Ce qui reste, cet Un, Shiva, le Délivré, Je le suis



"Je suis tombé par terre, c'est la faute à Voltaire,
le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Rousseau", chante le Gavroche de Victor Hugo fauché par une balle des contre-révolutionnaires.

Des sites Internet accusent et harcèlent des personnalités au pouvoir avec une telle hargne que de nombreuses crapules passent pour des victimes. Cette traque devient totalement contre-productive. Les campagnes de haine lassent l’opinion et finissent par décerner l’auréole de martyr à la canaille. Pour preuve, les électeurs européens viennent de renouveler leur confiance aux partis de droite responsables en grande partie de la crise du capitalisme. Cherchons l’erreur !

Que pouvons-nous espérer de sempiternels dénonciations des fautes des puissants et des institutions ? Il n’est pas interdit de faire un petit effort pour être un peu plus conscients de nos propres fautes. Est-il normal qu’un humain accepte de se laisser traiter comme une sorte d’esclave alors qu'il n’a pas d'autres chaînes que ses peurs ? Nous sommes devenus des pleutres et des geignards. Nous ne pouvons pas vivre sans patrons, leaders politiques, gourous, divinité... Les dogmes religieux anciens et le néo-spiritualisme moderne exploitent aussi nos peurs.

La divinité populaire n’est qu’une caricature de principes métaphysiques. Au 17ème siècle, le grand advaitin bengali Madhusûdana Sarasvatî rappelle le sens profond d’une divinité comme Shiva et nous ramène à notre propre vérité sans fables ni intermédiaire religieux :

Ni la terre ni l’eau ni le feu ni l’air ni l’espace ni les organes des sens ni l’agrégat de tout ceci : toutes ces choses sont incertaines. Ce qui demeure présent dans l’état de sommeil profond, ce qui reste, cet Un, Shiva, le Délivré, Je le suis (tadeko vashistah shiva kevalo ham).

Les castes, les observances, les devoirs attachés au système des castes et aux diverses phases de l’existence ne sont pas faits pour moi, ni la concentration d’esprit, la méditation ou le yoga. La surimposition du je et du mien établie sur le non-être a été abolie. Ce qui reste, cet Un, Shiva, le Délivré, Je le suis.

Ni en haut ni en bas ni au-dehors ni au-dedans ni au centre ni au travers ni à l’est ni à l’ouest. Pénétrant toutes choses comme l’espace dépourvu de parties, Ce qui reste, cet Un, Shiva, le Délivré, Je le suis.

Ni blanc ni noir ni rouge ni jaune ni bossu ni gras ni court ni long, sans forme comme la lumière, Ce qui reste, cet Un, Shiva, le Délivré, Je le suis.

Ni maître ni enseignement ni disciple ni étude ni toi ni moi ni cet univers. La conscience de la réelle nature du Soi n’admet pas de différenciation. Ce qui reste, cet Un, Shiva, le Délivré, Je le suis.

Pour moi, point d’état d’éveil, de rêve ou de sommeil profond. Ces trois états faisant partie de l’inscience, je suis le quatrième (turîya). Ce qui reste, cet Un, Shiva, le Délivré, Je le suis.

Parce que le Soi est considéré comme le bien suprême, parce qu’il est établi par lui-même, qu’il ne dépend de rien, tout cet univers est insignifiant. Ce qui reste, cet Un, Shiva, le Délivré, Je le suis.

Il n’est pas le premier. Comment peut-il y avoir un second qui soit autre ? Il n’est pas plus isolé que non-isolé, pas plus le vide que le non-vide, car il est sans dualité. Comment puis-je décrire Cela qui est démontré dans toutes les Upanishad ? …

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