Sunday, July 12, 2009

Lamaïsme et « contre-initiation »


Tant que faire se peut, il est souhaitable de respecter toutes les croyances religieuses.

Le bouddhisme tibétain, qui est au confluent de pratiques archaïques, de plusieurs courants ésotériques et philosophiques ainsi que d’une idéologie politique, peut-il être considéré comme une croyance uniquement préoccupée de l’éveil spirituel de l'humanité ?

Le bouddhisme tibétain avait séduit des auteurs de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle au regard de l’idée de l’unicité des traditions authentiques. Les doctrines du Mahayana, codifiées au 2ème siècle de notre ère au Cachemire, véhiculent des éléments empruntés au shivaïsme qui serait enraciné dans la Tradition primordiale. Plus tard, vers le milieu du premier millénaire, ces éléments reprennent une nouvelle vigueur dans le Vajrayana.

En théorie, le bouddhisme tibétain se présente comme une école de Libération réunissant plusieurs voies graduelles et directes, non-dualistes (Madhyamaka, Mahamoudra, Dzogchen). Mais dans la réalité, le Tibet était soumis à une impitoyable dictature religieuse. Des hiérarques du Vajrayana étaient plus soucieux de pouvoir temporel que de libération spirituelle. Le Tibet était sous la férule de religieux insensibles aux souffrances du peuple réduit à la misère et au servage (plus de 90 % de la population). Les belles théories du Vajrayana étaient mises à mal par les rivalités incessantes entre les différentes écoles et les complots internes de prétendus initiés et de hiérarques avides de pouvoir.

Le renversement des influences spirituelles est probablement à l’origine de nombreuses anomalies qui marquaient le despotisme des lamas. Ces anomalies se retrouvent dans la diaspora tibétaine où un véritable centre, capable d’harmoniser et de concilier les diverses tendances du lamaïsme, fait défaut.

Les Occidentaux constatent la dysharmonie qui règne entre les partisans des deux karmapa. La proscription du culte de Dorjé Shougden illustre la vieille intolérance des prélats tibétains. Une vidéo montre que le dalaï-lama est particulièrement intraitable à l’égard des fidèles de cette pratique considérés comme des hérétiques :





Le comportement scandaleux de certains lamas a été dénoncé en 1994, par le Gyalwang Drukpa lui-même. Le hiérarque répond à la question de Thierry Truillet de la Revue 'Sangha' :

Comment voyez-vous le bouddhisme en Europe en l'an 2000 ?

« Je ne sais pas ! Des améliorations devraient survenir, surtout un perfectionnement intérieur très profond des pratiquants. Mais cela dépend totalement de l'environnement et surtout des maîtres, des lamas résidant en Occident, ceux qui sont venus du Bouthan, du Tibet, de l'Inde, ceux qui prétendent être réellement des maîtres. Aucune importance s'ils sont qualifiés où non, ils sont ici pour être lama. Ils ont à accomplir les actions justes, montrer le vrai chemin, dire les paroles justes, sans aucune altération. J'ai écouté des enregistrements de certains enseignements qui sont de simples lectures de livres. Ils ne tiennent pas vraiment compte de ce que les pratiquants occidentaux ont besoin. Imaginons, par exemple, que je suis un médecin, que vous êtes malade et que je ne tiens pas compte de votre maladie, ni de ses symptômes, mais que je vous donne simplement de bons médicaments très coûteux. Quel que soit ce que vous avez, je vous dit de les consommer et de suivre mes prescriptions. Ce n'est pas suffisant, bien que je sois un médecin compétent et que je vous prescrive de bons médicaments. Ce n'est pas une bonne chose parce que je ne tiens pas compte de ce dont vous avez besoin. Je fais mon travail, mais incomplètement. Certains maîtres agissent ainsi. De plus, certains maîtres dont j'ai entendu les enregistrements ou dont j'ai lu les livres font encore pire : ils donnent de mauvais conseils et enseignent avec une volonté de manipulation afin de s'assurer une réputation ... lucrative. Ils programment de grandes initiations, proposent des activités alléchantes et font beaucoup de publicité afin d'obtenir de l'argent, d'être célèbres, d'acquérir du pouvoir. Tout cela est très superficiel et très négatif. Les meilleurs sont ceux qui donnent de bons médicaments. Si vous êtes un bon étudiant, un bon patient, vous devez vérifier, avec les indications des médicaments, ceux dont vous avez réellement besoin. Les pires sont ceux qui cherchent à manipuler, ils vous détruisent et vous privent de toute votre énergie simplement par amour propre. Les Européens ont vraiment besoin de maîtres authentiques. Bien sûr, il y en a beaucoup. Malheureusement, des Occidentaux, mais aussi des Orientaux, je ne sais pas pourquoi, se sont engagés dans une mauvaise direction. Montrer un mauvais chemin incite beaucoup de gens à s'y engager. C'est un comportement que je ne comprends pas et c'est vraiment dommage. Peut-être est-ce le signe de notre époque sombre. On peut le vérifier aux USA. Montrer le chemin authentique n'attire personne mais se mettre en valeur ou exagérer un peu, essayer de manipuler, font se précipiter les foules. »


Les scandales, les rivalités et les conflits observés dans le lamaïsme révèlent une dissolution qui est la marque de la « contre-initiation ».

La collusion du lamaïsme « contre-initiatique » avec l’empire « contre-traditionnel » anglo-américain est lourd de menaces pour la civilisation chinoise, la plus ancienne dépositaire de la Tradition primordiale, et aussi pour l’Islam, dernier détenteur de cette Tradition grâce à ses confréries soufis. Ce qui se passe actuellement en Asie centrale indique qu’une phase importante d’un plan impérialiste et aussi « contre-traditionnel » est en cours.

L’Europe est indéniablement soumise à l’empire anglo-américain. Les médias européens participent d’une seule voix à une colossale désinformation. Heureusement, quelques sites proposent un autre son de cloche.

Le site Tibetdoc a mis en ligne un article intitulé « La province du Xinjiang et l’Asie centrale » http://www.tibetdoc.eu/spip/spip.php?article132

3 comments:

  1. Merci pour cet intéressant reportage.

    La question que je me pose est celle de savoir pourquoi Dorjé Shugden, une émanation de Manjushri, présenterait une menace pour l'indépendance du Tibet, alors que le Dalai Lama s'est toujours défendu de demander autre chose qu'une plus grande autonomie (et une liberté de culte qui existe déjà en Chine - mais apparemment pas dans la communauté tibétaine en exil).

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  2. Comment reconnaitre une doctrine bouddhiste encore "pure"? Moi qui m'interesse au Shingon, je me pose des questions.

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  3. Selon le Kalama sutta, le Bouddha aurait dit :

    « Ne vous contentez ni des rumeurs, ni de la tradition, ni de coutumes immémoriales, ni de l’autorité de textes sacrés, ni d’une supposition, ni d’une déduction logique, ni d’une preuve sûre, ni d’une inclination naturelle pour telle ou telle idée après y avoir réfléchi, ni des compétences d’autrui, ni de la pensée « le moine est notre maître ». Quand vous savez en vous-mêmes que « ces choses sont saines, irréprochables, conseillées par celui qui est sage, et qu’une fois adoptées et mises en pratique, elles procurent bien-être et bonheur ", alors vous devriez les pratiquer et vous y tenir… »

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