Thursday, May 06, 2010

L’air du temps


Hissa Hilal, « Le chaos des fatwas »

Hissa Hilal, une mère de famille saoudienne, a rencontré un franc succès en lisant son poème « Le chaos des fatwas » lors d’un concours de poésie diffusé sur Abu Dhabi TV. Elle a dénoncé publiquement les ordonnances religieuses (fatwas) promulguées par de prétendus maîtres spirituels.

Longtemps avant Hissa Hilal, Mahomet lui-même avait annoncé la décadence de l’Islam et mis en garde contre les maîtres spirituels incompétents : « Les gens prendront pour guides des ignorants qu’ils interrogeront et qui leur donneront des fatwas sans aucune autorité ; ils les égareront en s’égarant eux-mêmes ».

En Occident, la décadence religieuse est entrée dans sa phase ultime. Le catholicisme ne se relèvera pas du scandale des prêtres pédophiles. Quant au protestantisme, il génère de plus en plus de sectes dirigées par des pasteurs hurleurs et fanatiques. Les exégètes fantaisistes de ces gourous du Livre produisent des aberrations comme le mouvement charismatique ou l’Evangile de la prospérité.

Le bouddhisme et l’hindouisme n’échappent pas à la décadence et sont gangrenés par des maîtres spirituels autocrates, concupiscents et cupides.

La déliquescence des grandes religions permet à de nouveaux courants spiritualistes de s’épanouir « comme les fluorescences qui se manifestent lors de la décomposition d’un cadavre, disait Evola ». Ces courants spiritualistes sont imprégnés de nécromancie spirite, c’est le channeling invocatoire des prétendus maîtres ascensionnés de Shamballa.

Himanshu Kumar, le « gourou » des pauvres

« Activiste au Chhattisgarh depuis près de 20 ans, écrit Antoine Guinard, Himanshu Kumar connaît mieux que quiconque la situation des populations tribales de cet Etat pauvre de l’est de l’Inde, où a eu lieu l’attaque maoïste la plus meurtrière jamais perpétrée contre les forces de sécurité il y a un mois.

Gênant pour les autorités dont il dénonce les abus, il a récemment été contraint de fuir la région pour s'installer à New Delhi. Il n'a pas pour autant abandonné son combat, dans l'ombre de la version officielle de la lutte contre la "terreur rouge". »

Entretien :

Qu'est-ce qui vous a décidé à aller travailler au service des populations tribales au Chhattisgarh ?

Mon père a œuvré aux côtés de Gandhi et a vécu dans son ashram. Il a participé à sa campagne de redistribution des terres pour les paysans pauvres. Je pense que c'est venu de là, je voulais travailler en milieu rural et je me suis installé au Chhattisgarh en 1992 avec ma femme. Il y avait déjà les mêmes problèmes qu'aujourd'hui à l'époque.

Votre ashram dans le district de Dantewada, qui servait d'ONG, a été détruit par les autorités en mai 2009. Sous quel prétexte ?

Ils nous ont dit que l'ashram était construit sur des terres gouvernementales, ce qui est faux. Ce terrain appartient à la communauté, qui nous l'a donné. La vraie raison est que nous travaillions pour les tribaux et que l'ashram servait à leur donner des conseils juridiques. Les personnes qui étaient attaquées par l'Etat venaient à nous. On a enregistré près de 600 plaintes contre les forces de sécurité, la police et l'administration, accusés de viol, de meurtre, de pillage de destruction de propriétés...Le gouvernement a finalement décidé de mettre fin à nos activités.

Pensez-vous que les causes du mouvement naxalite, la situation des population tribales ont été passées sous silence ?

Oui, les naxalites ont le soutien des populations tribales locales, surtout après la mise en place des milices du Salwa Judum. Les tribaux ont été forcés de se battre pour survivre et cela a étendu et resseré leur liens avec la guérilla naxalite. Le problème c'est qu'à l'indépendance, le pouvoir politique a été monopolisé par les classes urbaines riches, les classes d'affaires, au détriment des populations rurales pauvres. En Inde, le pouvoir politique et économique est entre les mains d'une poignée de gens qui tentent de pousser la population hors de leur terres pour s'emparer de leurs ressources. Les Indiens urbains "mainstream" sont désormais prêts à exterminer les masses pour leurs ressources.

Condamnez-vous l'attaque maoïste qui a causé la mort de 76 membres des forces de sécurité il y a un mois dans le district de Dantewada au Chhattisgarh ?

Ces forces de sécurité sont créées pour protéger la population, or quand elles commencent, à attaquer les gens, à détruire leurs habitations, les représailles sont inévitables. Même si nous leur disons de ne pas riposter, ils n'écouteront pas.

On entend peu parler du Chhattisgarh si ce n'est par le prisme de la lutte contre les naxalites. Avez-vous un rôle de porte-parole auprès des pauvres de cet Etat ?

J'essaye d'attirer l'attention de la société civile, qui est dans le noir complet en ce qui concerne la situation au Chhattisgarh. Les gens pensent que c'est simplement un problème de maintien de l'ordre et que c'est à la police de le régler.

Le Chhattisgarh est-il devenu un Etat policier ?

Je pense que l'Inde en général va dans ce sens. Partout dans le pays les gens tentent de s'accrocher à leur terres, à leurs ressources. Cette situation est créée par les gens qui vivent dans les villes, qui n'ont aucune considération pour ces populations et s'imaginent que la police va régler les problèmes de l'Inde.

L'opération "chasse verte" contre la guérilla maoïste peut-elle réussir ?

Ce sera un échec, mais c'est également une manière de faire taire ceux qui s'opposent à l'installation de grandes multinationales sur leurs terres. Toute personne qui ne fait pas parti du Salwa Judum encourt le risque d'être étiqueté "maoïste" et donc de se faire tuer à Dantewada.

Les naxalites sont eux aussi accusé de violences... est-il possible de rester neutre au Chhattisgarh où il semble que des abus sont commis dans les deux camps ?

C'est tout à fait possible, mais j'ai l'impression que la neutralité n'est pas appliquée par l'Etat . Nous avons reçu des objections de la part des naxalites mais on a discuté avec eux et nos différends ont été résolus. Les naxalites sont plus concernés par la population que ne l'est l'Etat. De nombreux jeunes tribaux ont rejoint la guérilla, car ils veulent se débarrasser des forces de sécurité.

Les naxalites sont souvent accusés d'être anti-développement dans les zones tribales...

Nous nous sommes servis du Right to Information Act (loi qui donne l'autorisation à tout citoyen indien d'accéder aux statistiques et aux dossiers administratifs, n.d.l.r.) pour demander au gouvernement combien de travailleurs sociaux, d'enseignants avaient été tués par les naxalites au Chhattisgarh et la réponse était "zéro". Les écoles qui sont détruites le sont par les tribaux eux-mêmes, afin d'empêcher les forces de sécurité d'y établir leurs quartiers généraux et de maltraiter la population locale.

Etant donné les inégalités sociales qui persistent en Inde, la montée d'un mouvement comme les naxalites était-il inévitable ?

Oui, c'est la preuve que les fruits de la liberté et de l'indépendance n'ont pas profité à l'Inde rurale.

Source :

« Là-bas si j’y suis », l’émission de Daniel Mermet, a consacré un reportage à Himanshu Kumar :


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