Monday, June 28, 2010

Super Dupont contre les Pieds Nickelés


La société française ne serait pas totalement apathique. Les Canadiens perçoivent les signes d’un soubresaut national devant les dérives d’un régime corrompu et l’avidité d’un patronat sans conscience. La colère populaire pourrait faire revenir à la réalité les Pieds Nickelés qui font suer le béret.

France : le passage à l’acte ?

On se plaint beaucoup au Québec, mais la situation est bien plus volatile en France. Regardons bien ce qui s’y passe, car c’est peut-être le modèle de ce qui va se passer chez nous quand la situation se sera encore détériorée.

Ceux qui suivent de près les états d’âme de la population française ne peuvent qu’avoir constaté le détérioration brutale du climat politique, surtout depuis l’élimination de l’Équipe de France au Mondial. Petite cause, grand effet, car il semble qu’en donnant à Quidam Lambda cette lourde taloche à son amour propre, on l’ait sorti de sa torpeur et qu’il ait tout à coup compris toute l’ampleur du désastre .

Il prend conscience de l’insolvabilité prochaine de la France au sein d’une Europe qui le sera aussi, d’un marché du travail qui s’effiloche dans une structure de production que le libre-échange a sabotée, d’une solidarité nationale rongée par les communautarismes et, surtout, de la trahison de ses élites qui, tous partis confondus, apparaissent toutes corrompues, sans un idéal et sans même un projet.

Quidam Lambda comprend que lui couper ses retraites et privatiser le patrimoine national ne sont pas des gestes amicaux. Il comprend qu’on ne le gouverne plus, mais qu’on l’exploite comme un cheptel. Le mépris général de la population française pour ses élites est devenu tangible. En l’absence de médias crédibles – ils sont tous aux ordres de ces élites politiques, économiques et même culturelles qui sont devenues ses ennemies - c’est le ton des articles sur le Net qui se durcit… et celui des commentaires de la population générale encore bien davantage.

On entend donc depuis quelques jours sur le Net français un langage subversif, insurrectionnel et qui se voudrait révolutionnaire. Un discours qui reste encore bien velléitaire, cependant, puisqu’il n’existe pas une alternative réaliste a la gouvernance de ces élites : dans la société complexe qui s’est créée, le peuple n’a pas la compétence de proposer quoi que ce soit.

Mais le peuple ne veut plus faire aveuglément confiance à une caste élitiste qui semble s’être liguée contre lui. Il cherche une issue. Il veut manifester son mécontentement. Comment peut-on prévoir qu’il le fera ?

Le plus probable, si la révolte passe à l’acte, est que ce sera par une désobéissance civile spontanée et individuelle. Un grève générale non déclarée, sans consignes de qui que ce soit … et sans donc que quiconque puisse être persuadé d’y mettre fin par des promesses ou des menaces. Un nouveau Mai 1968, dont le premier n’aura alors été que la répétition générale.

Cette désobéissance qui se voudra populaire ne ciblera pas les citoyens, mais la structure de l’État et du système de production. Elle pourrait s’accompagner d’actes de sabotage. Ainsi, le personnel du réseau de la santé ne cessera pas de traiter, mais tout le volet administratif et comptable pourra devenir inopérant. De même le système de transport en commun, où c’est la perception des titres de transport qui pourrait être seule perturbée.

Perturbé aussi – c’est un euphémisme – le transport des marchandises dont la logistique fragile peut ne plus produire qu’un chaos indescriptible. Perturbé un système d’éducation où ce qui est enseigné ne correspond plus aux programmes et où personne n’échoue plus un examen… les possibilités de saboter le système sont infinies, imparables et à la portée de chaque individu mécontent.

Ceux qui profitent vraiment du système ont intérêt à ce qu’il n’y ait pas trop de mécontents. Si personne n’a autorité pour le dire formellement, mais que tout le monde sait, que ce que le peuple veut est la démission de la gouvernance actuelle – Exécutif et Législatif – et son remplacement par autre chose, ceux qui sont les véritables maîtres de la société et ne veulent pas que le peuple soit mécontent ne tarderont pas à obtenir cette démission…

Démission de la gouvernance actuelle, puis quoi ?… On pourrait penser à la mise en place, pour 6 mois ou un an, d’une structure de transition, dont l’objectif serait d’abord de redonner confiance aux Français, en créant un consensus large et en menant une action exemplaire contre la corruption.

Cette structure pourrait aussi mettre en place des mesures d’urgence pour juguler la crise, puis proposer et faire adopter par référendum une nouvelle constitution. Son mandat s’achèverait par l’élection, selon les principes et procédures de cette nouvelle constitution, d’un nouveau gouvernement dont ce sont ces futures élections qui détermineraient les orientations.

Comment constituer cette structure de transition ? Ne pouvant compter que sur les ressources politiques dont elle dispose et ayant comme premier objectif que cette structure soit consensuelle, les Français devraient exiger que se forme un gouvernement d’Union Nationale ratissant très large, de Mélenchon à Le Pen. Il ne faut exclure personne qui accepte le principe d’une gouvernance démocratique. On saura que Quidam Lambda est content quand les roues recommenceront à tourner correctement.

Le peuple peut désormais choisir cette voie proactive, parce que la complémentarité, dans une société complexe, rend tant de gens indispensables qu’on ne peut simplement pas gouverner sans un large consensus. Si on tente d’ignorer cette exigence, toutefois, le mécontentement de la population conduira à un changement plus conventionnel : la prise du pouvoir par un homme providentiel qui, ne devant rien à personne, pourra nettoyer tout ce réseau de favoritisme et de copinage qui étouffe la France.

Le peuple n’a pas le pouvoir de le faire apparaître un tel homme, mais il a celui de l’accueillir. D’autant plus facilement que, dans une société complexe, la complémentarité fait de la démocratie le régime par défaut et que celle-ci reviendrait d’elle-même le nettoyage complété. Il va être passionnant de voir le chemin que prendra la France.

Pierre JC Allard

1 comment:

  1. En ce qui me concerne, cet article est purement et simplement anti-lutte de classe. Il propose pour noyer l'exaspération des français de noyer leur colère dans un "truc" qui n'est pas nommé, mais qui serait ni plus ni moins qu'une nouvelle assemblée constituante. La recherche du consensus nationale me fait bien rire "de Mélenchon à Lepen". Magnifique consensus !
    La personne ayant écris cet article semble avant tout vouloir mettre au centre de l'exaspération des français un certain nombre d'individus mais non la principale cause de ces dérives : le système capitaliste.
    Si les travailleurs français ne sont effectivement probablement pas préparé à créé autre chose, ce n'est pas pour autant qu'on ne doit pas commencer les taches à la préparation de la Révolution. A savoir aider à l'auto-organisation des travailleurs pour entrer en lutte concrètement, à commencer notamment par les retraites. Ce sont les victoires contre les gouvernements qui permettent aux travailleurs de prendre confiance en eux, de se sentir en tant que classe pour-soi et donc à un moment X de décider de renverser la donne et le système concrètement en ayant compris qu'ils avaient les moyens de mener un tel combat.

    ReplyDelete

Note: Only a member of this blog may post a comment.