Wednesday, July 28, 2010

Le projet luciférien


Par Jean Louis Bernard

Lucifer, du latin « Lux, lucis », lumière, et « ferre », porter. Dans les commencements de l’Eglise, l’épithète de « porte-lumière » s’appliqua au Christ cosmique (sous l’influence de la gnose), puis au Christ humanisé. Par une inexplicable confusion, voulue peut-être par la contre-initiation, on l’appliqua ensuite au grand révolté de la légende rabbinique, « prince des démons » et le « plus beau des anges »…

Le mythe rapporte que ce révolté avait été d’abord le porte-lumière parmi les anges, c’est-à-dire le plus irradiant, et que cette position même lui inspira l’orgueil. Foudroyé et maudit, Lucifer devint l’anti-Christ cosmique, soleil noir par rapport au soleil d’or, Mammon par rapport à Ammon. Très curieusement, ce mythe semble avoir été quasi universel, à quelques variantes près. On en trouve l’écho tant chez les Hourrites de Cilicie (Asie mineure), que chez les Mayas, et chez les Grecs. Le Koumarbi des Hourrites, le Gukup’Cakix des Mayas et le Phaéton des Grecs expriment tous trois le même mythe du révolté céleste. Bien sûr, le terme « Lucifer » ne convient plus à ce diable du cosmos ; mais un usage bi-millénaire l’a ainsi consacré, et maintes sectes spéculèrent sur un retour de Lucifer à la pure lumière ; d’autres le confondent avec Shiva. L’observation démontre pourtant que le terme demeure maléficiant, même pour ceux qui, de bonne foi, lui donnent sa valeur d’avant la révolte : ils ont un destin péjorativement luciférien…

Dès l’Antiquité, Lucifer-Mammon a été confondu avec Satan par les rabbins. Confusion grave ! Lucifer, diable du cosmos, inspire les fausses religions cosmiques ; Satan, daïmon planétaire du cœur du globe, règne sur la sorcellerie. Comme l’expliquait Raymond Abellio, le diable est double… De nos jours, l’ésotérisme et l’astrologie expriment le mythe de Lucifer en un langage somme toute moderne. Le mythe serait l’écho d’un drame cosmique fort ancien : celui d’une étoile ou d’un soleil éclaté ! La Gnose donne Lucifer comme « fils de l’Aurore », indiquant ainsi que le drame fut celui de nos commencements. Lucifer serait donc l’élément mental d’une étoile foudroyée, n’ayant plus ni corps (l’astre), ni l’esprit. Et Lucifer, quoique de nature mentale, serait devenu le fantôme errant du cosmos, son soleil noir (sans lumière), mobile, invisible… Bien sûr, cette vision suppose une conception non matérialiste de l’astronomie : chaque luminaire serait spirituellement vivant (la croyance antique) : il posséderait aussi l’intelligence, une âme (ses radiations) et un corps – encore que le cosmos contienne des astres invisibles, perceptibles seulement par leurs radiations, donc sans corps. Lucifer éclaté, il se peut que Vénus ait pris sa place, du moins dans une certaine mesure. Là aussi, chemine la confusion : certains veulent que « Lucifer » et « Vénus » désignent le même astre. Comme la lune moribonde, Lucifer se caractériserait par son âme morte ou presque, aux radiations négatives, c’est-à-dire vampiriques.

En magie, Lucifer correspond à une énorme force mentale, mais sans l’intuition, donc à tendance mécanistique : un robot, un ordinateur céleste, tout cela à la puissance X… C’est l’imposture parfaite, la folie à l’échelle cosmique, sous masque intellectuel. Des traditions de sociétés ésotériques racontent que Lucifer, déchu du cosmos, aurait jeté son dévolu sur notre planète, en tant que corps de substitution, subjuguant à maintes reprises le daïmon Satan – et toujours à la fin des grands cycles de civilisation, quand l’humanité, affaiblie biologiquement, perd le contact avec les centres-Dieu (1) du cosmos. Alors les deux diables se confondent un temps – jusqu’à l’Apocalypse ! et Lucifer se substitue aux arcanes des religions et des sciences par ses anges noirs. C’est lui qui domine en tout cas la civilisation de religion scientiste, la nôtre actuellement. Lucifer tendrait à rythmer les cerveaux de l’élite scientifique selon son propre rythme d’ordinateur céleste. Implanté dans la science d’avant-garde dont l’arcane est bien la folie, non la sagesse, il pousse les faux mages à détruire la nature, à stériliser le globe, puis à lui faire subir le sort de l’antique soleil Lucifer : la désintégration. Par imitation mécanistique. D’un autre côté, Lucifer ne saurait se survivre en spectre du cosmos qu’en vampirisant la nature, donc en l’épuisant. Sa mainmise s’est manifestement accélérée à la fin de la guerre de 1939, quand Hiroshima a élevé les USA au rang de « peuple élu » de Lucifer !

Etant un dieu tronqué, Lucifer ne peut que tronquer l’homme et la civilisation. Deux éléments manquent toujours à l’homme luciférien : l’intuition et la vitalité, ce qui est logique puisqu’il évolue à l’image de son faux dieu. Par déséquilibre en chaîne, il se surintellectualise, mais devient insensiblement robot ou mort vivant, sa sève vitale se desséchant… Pour ralentir ce processus, il a recours au « sabbat des lucifériens ». Selon un certain ésotérisme politique, Lucifer aurait un plan grandiose et absurde : faire régir l’humanité par une « synarchie » d’homme robotisés et faire du globe le centre d’une immense mécanique planétaire. Il va de soi que la conquête de l’espace est luciférienne… Le même ésotérisme chuchote que Lucifer règne sur ses « mages », tous plus ou moins robots humains, par de très antiques robots invisibles, fruits vénéneux des anciennes civilisations et qui sont des marouts (2)… Contre le plan luciférien de domination du système solaire, les OVNI – souci des USA – ajoute encore cet ésotérisme politique.


(1) Le cosmos, « corps de Dieu », renfermerait des épicentres de forces comparables aux chakras du corps humain. Chaque centre-Dieu servirait de relais à l’énergie originelle émise par l’absolu.

(2) Marout = être à l’âme morte.

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