Wednesday, September 15, 2010

Mystique


De la nouvelle glaciation, provoquée par la fin du Gulf Stream, à la guerre mondiale, débutant avec l’attaque contre l’Iran, en passant par la venue de l’Antéchrist, les nombreux scénarios de l’Apocalypse déchaînent partout le même fanatisme religieux. Mais contrairement aux exaltés, qui vouent à la damnation éternelle tous ceux qui n’adhèrent pas à la même doctrine eschatologique qu’eux, les mystiques ne sont pas affectés par le catastrophisme ambiant.

Dans sa préface de l’Encyclopédie des mystiques, Marie-Madeleine Davy écrit :
Le mot « mystique », souvent utilisé d’une façon arbitraire, peut sembler chargé d’ambiguïté et prêter à confusion. Dans son sens authentique il s’apparente au mystère. La mystique est un « au-delà » comme le mystère lui-même. En parler exigerait d’en avoir l’expérience.

Dans ses différentes manifestations reliées à des religions particulières, la dimension mystique tient compte du processus historico-religieux, mais elle intériorise l’histoire sans pour autant la nier, car elle appartient à la métahistoire ; elle comporte l’insertion dans un présent qui s’apparente à l’éternité : la grâce se présente comme une « irruption de l’éternel dans le temps ».

Toute religion subie du dehors et non réalisée intérieurement, lorsqu’elle n’inclut aucun engagement personnel, aucune modification de l’existence, peut devenir source de bonne conscience, de torpeur et d’aliénation. Seule une religion authentique vécue dans la foi et l’amour est source de libération : elle enseigne à l’homme la liberté. Kierkegaard a montré comment l’éthique vise le général tandis que la foi concerne la vocation personnelle. En assumant le temps historique sans être prisonnier de lui, la liberté mystique se place au-delà de toute décision éthique. Possédant en elle-même ses propres fondements, la mystique confère aux religions leur forme la plus élevée. Indépendante des phénomènes collectifs et de tout fait social, elle se présente comme « un voyage secret » accompli dans l’intériorité à la recherche du Deus absconditus. […]

L’histoire nous apprend combien les mystiques ont été parfois considérés comme des dangers pour les Etats et les Eglises. Il est difficile aux collectivités d’accepter des recherches solitaires et des itinéraires situés en marge de la conscience commune. Les mystiques n’apparaissent jamais des personnages rassurants. Durant leur existence ils sont parfois bafoués, humiliés, réduits au silence. Après leur mort, on les offre volontiers en exemple à la dévotion des fidèles. […]

Est mystique celui en qui « l’Esprit a fait sa brèche ». Or l’Esprit est révolutionnaire, toute conscience supérieure brise les « vieilles outres ». L’homme intérieur éclairé par l’Esprit et devenu vivant possède une fonction démiurgique qui fait éclater les cadres et les limites dans lesquels la majorité des hommes trouvent un refuge et une sécurité.

Encyclopédie des mystiques :

Tome I, chamanisme, Grecs, Juifs, gnose, christianisme primitif. Des moines du mont Athos aux chamans sibériens, de Maître Eckhart et des alchimistes du Moyen Age aux Rose-croix et aux Francs-maçons du 18ème siècle, des kabbalistes juifs aux soufis persans, quelques hommes fous d’aventure mystique ont cherché à franchir les frontières de la condition humaine.

Tome II, christianisme occidental, ésotérisme, protestantisme, islam. Des moines byzantins du début du christianisme aux mystiques hippies, en passant par les mouvements francs-maçons, rosicruciens, l’alchimie, l’ésotérisme et la poésie mystique, une même « démarche vers le fond de l’âme » a conduit quelques hommes à pénétrer dans le domaine de l’aventure intérieure.

Tome III, Egypte, Mésopotamie, Iran, hindouisme, bouddhisme indien. « L’Orient et l’Occident sont complémentaires. L’originalité des traditions orientales et leur efficacité paraissent résider dans le caractère concret des mesures qu’elles proposent.
Ils ne s’agit pas de discours, de jeux de concepts, d’abstractions […] ; il existe une mise en œuvre, un travail sur soi-même, qui ne connaît aucun repos. »

Tome IV, bouddhisme tibétain, chinois, japonais, yi king, tch’an, zen. « En Orient, le délivré vivant, mystique par excellence, n’est pas un personnage suspect […] : on vient chercher auprès de lui sa propre délivrance. »


Illustration : Pearls Of Wisdom, Larry Poncho Brown

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