Wednesday, September 01, 2010

Ne-Pas-Faire


Le pouvoir du Non-Agir et Lokatîstava de Nâgârjuna

« Les hiérarchies qui contrôlent l’évolution terrestre ne sont concernées que par la survie des systèmes politiques, religieux et culturels. Elles les aménagent régulièrement afin d’en conserver le contrôle. Les maîtres du jeu maintiennent les choses en mouvement en alimentant un conflit perpétuel entre deux camps faussement opposés : les blancs et les noirs. La gauche la droite. Diviser pour régner. Rien n’arrive au hasard. Tout est politique. L’histoire est scellée par l’exigence de survie des puissances parasitaires qui dominent le monde. Survivre ! C’est le cri qui résonne de haut en bas des plans visibles et invisibles. Ces hiérarchie doivent se battre pour maintenir leur pouvoir. Or, cela ne leur coûte que notre sang et notre sueur. Et ils en disposent à volonté.

Aujourd’hui, c’est le nouvel ordre mondial qui les mobilise, et l’on entend le cri de ralliement des vautours de Babylone : « Paix et Sécurité ! Démocratie et Progrès ! » Ce sont les grenouilles de l’Apocalypse.

La situation sur notre Terre est une anomalie. Des milliards de cœurs aspirent à un bonheur toujours inaccessible. Les maîtres du jeu l’ont compris. C’est pourquoi l’organisation de la civilisation est orientée pour stimuler cette soif de bonheur mais sans jamais y parvenir, bien évidemment. » (Joël Labruyère)

Le marché du bonheur constitue la plus grande industrie de notre temps. Beaucoup de personnes sont séduites par l’art du bonheur du spiritualisme moderne et du néo-bouddhisme. Les méthodes qui prétendent apporter l’euphorie transcendantale et toutes les techniques qui agissent comme des stupéfiants spirituels sont en réalité des entraves. L‘homme, considéré comme le bétail des « dieux », ne doit pas s’évader du vortex créé par les hiérarchies rétrogrades. Il est emprisonné par des illusions matérialistes et spiritualistes.

Toutefois, quand on se débarrasse du désir d’obtenir la prétendue plénitude de l’être et la séduisante réalisation spirituelle les chaînes se brisent.

Se fondant sur la tradition du Sanatana dharma et du Buddha dharma, du Non-Agir, du taoïsme et du chamanisme, le livre de Bernard Dunant, « Ne-Pas-Faire », « montre que les voies authentiquement « initiatiques » ne sont pas des voies d’acquisition : elles consistent avant tout à se libérer des notions d’ego et d’action, conditions de la prodigieuse ignorance savante qui lie l’entité humaine à l’illusion, à la souffrance et à mort ».

Extrait :

L’homme sans situation

Celui qui ne-fait-pas n’a pas de nom. Il est le sânnyasin, celui qui a renoncé à prendre, à s’approprier, à prétendre – grah, saisir, et gras, consommer. La nature est libre – sa prison est l’appropriation, la saisie – le preneur (grahitâ) est ainsi prisonnier de sa prise (grâha). […]

La voie, le Tao, est Nivrtti, le Retour, l’Abstraction, la Révolution. « La Voie qui peut être exprimée par la parole n’est pas la Voie éternelle », dit Lao Tseu (Tao te King, 1). « Le Sans-Nom est l’origine du Ciel et de la Terre ». (Ibid.) Ce qui revient à dire que l’essence du Ciel et de la Terre est le Silence, et la Vacuité. « L’être et le non-être naissent l’un de l’autre », etc. – tous les éléments naissent de leur contraire – la vérité bruyante, la voie qui peut être dite est illusoire, et ne concerne qu’un monde de corrélations – cette voie est Pravrtti, la voie de l’être, du faire, et de l’avoir. « Aussi, dit Lao Tseu, « l’homme saint » fait son occupation du Non-Agir » (Wu Wei) – « le Sage s’adonne au Non-Agir et enseigne silencieusement » - l’upâya de Ramana Maharshi était aussi le silence, et cet upâya est anupâya, le non-moyen, celui qui correspond à la voie de Bhairava, Shâmbhvopâya (l’upâya de Shambhu), et à la Khecarî Mudrâ, la Mudrâ de se « mouvoir dans l’espace » - qui est, selon le Tantrasadbhâva, la plus haute forme de conscience, à laquelle on accède quand on « se meut dans tous les êtres ». C’est l’état akula - celui de l’abandon de kula, du corps, de la famille, de la multitude, qui est celui de Kundalini Shakti, quand elle « entre dans le Saharasrêra » [Saundarya Laharî, 9] le Lotus aux mille pétales du sommet dont le « sommet » est Nirvâna cakram. Que Kundalinî ne soit pas Kula, ne signifie pas qu’elle n’est plus Shakti – cela signifie simplement qu’elle a dissous, détruit, résorbé, nié les mondes qui ne sont que le jeu des cinq éléments, qu’elle a fini de jouer à défaire ce qu’elle avait fait, et qu’elle pratique maintenant le Ne-pas faire du ne-pas-faire.

« J’accède à tous les objets, mais en restant sans affaires où que je sois », dit Lin Tsi. Sukhaduhkayorbahirmanam – considérer la joie et la souffrance comme extérieurs (Shiva Sûtra, III, 33).

« Il n’y a pas de Bouddha qui puisse être cherché ; pas de voie à accomplir… » ; « le vrai Bouddha est sans figure, la vraie voie est sans corps, la vraie loi est sans marque ». Bouddha, Tao, Dharma, sont alaksana, sans marque, sans possession, sans prétention, sans forme - simplement Cela, tat. Le Bouddha est Tathâgata – « ainsi venu »., ou de « de telle qualité » - il est Lokatîta, il a dépassé le monde – il a révolu les êtres, les bhûta, qui ont toujours un fatal moment de « retard » sur la réalité (bhûta est passé, atîta) – c’est-à-dire qu’il a transcendé (atîta) nama-rûpa, le nom-forme. – « Je ne sais pas », répondit Bodhidharma au « souverain » qui lui demandait son nom.

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