Saturday, January 15, 2011

Sohrawardî & la philosophie illuminative



Sohrawardî, né en 1155, au nord-ouest de l’Iran, dans l’ancien pays des Mèdes, est appelé le cheikh al-Ishrâq ou Sâhid al-Ishrâq (Maître de la philosophie illuminative).


Sohrawardî considère que la philosophie est indispensable au mystique, de même qu’un philosophe ne peut pas se passer de la mystique ; ces deux voies se complètent et ont besoin l’une de l’autre. Tout d’abord, par une trilogie d’ouvrages nommés « Kitâb at-Talwîhât al-lawhîyah wa-l’arshîya », « Kitâb al-Muqâwamât » et Kitâb al-Mashâri’ wa-l-Mutârahât », il prépare les disciples à une formation philosophique. Celle-ci se fonde sur l’héritage des néoplatoniciens, ou plutôt sur une mise au point personnelle de Sohrawardî qu’il appelle la philosophie des « Anciens Péripatéticiens ». C’est un entraînement dialectique destiné à celui qui veut suivre de près le contenu de ses philosophèmes exposés dans son « Hikmat al-Ishrâq », « la philosophie de l’Orient » qui est « une philosophie illuminative ».


Le philosophe gnostique à la rencontre de l’Ange


Qui est l’Ange personnel ?

« Le thème du soi impliqué comme « réalité objective » dans la connaissance de soi, dans l’acte du sujet se connaissant soi-même, a trouvé sa résolution finale (au sens musical du mot) dans la rencontre de l’Ange au Sinaï mystique. Plus exactement dit, le soi nous apparaît dès lors, en tant que notre moi essentiel et authentique, comme moi à la seconde personne, alter ego, si réel que le moi terrestre qui en est le reflet, l’image exilée, entre en dialogue avec lui. Qu’il soit l’archétype éternel du gnostique, qu’il lui révèle son origine, ce qu’il était avant d’être manifesté, projeté et exilé en ce monde-ci, que pour le retrouver, se conjoindre de nouveau à lui, il faille au gnostique cette quête de la connaissance de soi dont le récit de Sohrawardî vient de nous figurer les étapes jusqu’au passage par la Source de la Vie, c’est ce qu’attestent les déclarations de l’Ange au gnostique qui est son « enfant », de même que l’Ange est lui-même l’« enfant » de l’Ange qui le précède. Les termes les plus caractéristiques qui le désignent dans la gnose islamique en général, sont les équivalents des termes usités pour l’Ange dans la gnose tout court : l’homme essentiel, réel (al-insâm al-haqîqî = ho ontôs anthrôpos), l’homme parfait (al-insân al-kâmil = anthrôpos teleios), Nature Parfaite, moi-lumière, homme de lumière (shakhs nûrânî) etc. » (Henry Corbin)


L’homme et son ange
Initiation à la chevalerie spirituelle


Dans ces récits d'initiation qui font suite au texte de Sohravardî traduit et présenté antérieurement par Henry Corbin sous le titre « L'Archange empourpré », ce qui nous est proposé est comme une aventure religieuse du Moi profond. Dans la doctrine sohravardienne de l'Ishrâq, l'« Ange » est en effet le double céleste de la psyché terrestre. Etre de lumière qui le fond dans sa réalité d'âme, l'« Ange » est le principe transcendant de son individualité. Le Destin de l'homme est unique et voué à l'Unique. Mais un Unique qui n'est tel que pour chacun. Le sens dernier de ce livre est que notre solitude au sein du monde n'est pas un destin sans issue mais une essentielle « dualitude ». Cette autre part de nous-même qu'est notre « Ange » peut nous soutenir dès ici-bas si nous savons entendre son appel transformant, au cœur de notre vie la plus singulière.








Illustration : Ange par William Blake

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