Monday, February 07, 2011

Le complot mondial



Le conspirationnisme, très en vogue sur Internet, véhicule souvent des idées réactionnaires, nationalistes, xénophobes… Tout ce qui divise les populations et favorise la domination des possédants est exploité par des officines spécialisées.  


Les services secrets sont les experts de la manipulation. Les « révélations » d’agents de la CIA ou de prétendus initiés de sociétés secrètes, qui ne cessent de se multiplier sur le web, doivent nous inciter à la méfiance. La dictature de l’argent, à l’instar de l’ancienne autocratie russe, tente de freiner sa chute par tous les moyens ; et le web est l’outil de désinformation par excellence… 


L’Okhrana et les Centuries noires « inventent » le complot mondial


« Pour lutter contre les groupes terroristes clandestins qui menacent la Russie, le pouvoir tsariste va employer les mêmes armes que ses ennemis en se dotant d’une police secrète redoutable et particulièrement efficace.


Le 13 mars 1881, le tsar Alexandre II traverse les rues de Saint-Pétersbourg dans son fiacre quand une bombe explose, blessant les cocher et l’attelage. Miraculeusement indemne, le souverain parvient à s’extraire du carrosse. A cet instant, un homme sort de la foule et lance à son tour une bombe aux pieds du tsar. La violence de l’explosion est telle que ses jambes sont soufflées sous le choc ; il meurt alors qu’on tente de le ramener au palais d’Hiver… Après une enquête menée tambour battant, les assassins sont démasqués : il s’agit des membres d’une association terroriste secrète : la « Volonté du peuple ». Aussitôt jugés et reconnus coupables, ils sont pendus dans les mois qui suivent l’attentat. C’est dans ce contexte dramatique que le nouveau tsar, Alexandre III, décide de réorganiser l’ensemble des services de renseignement russes qui, jusque là, dépendaient de la troisième section du ministère de l’Intérieur. Il leur substitue une police spéciale, secrète, l’Okhrana.


Des techniques nouvelles


Cette police innove en adoptant un parti pris de scientificité. Ses membres sont recrutés avec le plus grand soin, et il leur faut maîtriser tant les disciplines de combat que le ski, mais aussi l’art du déminage. On fiche méticuleusement leurs aptitudes physiques et intellectuelles afin de pouvoir les employer de la manière la plus efficace en fonction des missions qu’il leur faudra accomplir. En outre, tous les membres de l’Okhrana sont astreints à un enseignement rigoureux au cours duquel ils se familiarisent avec les « sciences » politiques. Pas un groupe, pas un réseau, pas un courant d’idées qui ne leur soient bientôt familiers. Le risque terroriste nécessitant de nouvelles méthodes de lutte, ils travaillent à partir des photos de membres présumés de ces groupes, constituent un fichier méthodique, analysent chacun des attentats… L’Okhrana va surtout se distinguer par le recours redoutablement efficace aux agents doubles, seul moyen pour cette police secrète de déjouer les intrigues des groupes clandestins. L’un des meilleurs agents de l’Okhrana s’appelle Roman Malinovski. Il parvient à se glisser dans les rangs du syndicalisme et à se faire élire député à l’Assemblée, la Douma, en 1912. Il côtoie Lénine, défend publiquement les idées bolcheviques alors qu’en sous-main, il alimente les services de renseignements d’une foule de rapports concernant les agissements des groupes révolutionnaires qu’il a infiltrés. Des appointements importants permettent de s’assurer la fidélité de ces agents. Au fil des années toutefois, l’organisation tend à devenir un Etat dans l’Etat qui use des moyens de ses ennemis. Ainsi, indisposée par les réformes jugées trop libérales du Premier ministre Stolypine, elle commandite son assassinat en 1911…


L’invention du « complot mondial »


C’est également au sein de l’Okhrana qu’est sorti le faux le plus tristement célèbre du 20ème siècle : « Les Protocoles des Sages de Sion ». Le document est édité en Russie en 1903 mais il provient de l’antenne française de l’organisation, dirigée par Pierre Ivanovitch Ratchkovsky. Ce dernier est, par ailleurs, membre d’une autre organisation secrète, réactionnaire, xénophobe et antisémite : les Centuries noires. Celle-ci s’est donné pour but de défendre l’Empire russe contre toute évolution libérale. Depuis l’assassinat d’Alexandre II, des vague de pogroms ont déferlé dans l’Empire ; les Juifs sont des boucs émissaires commodes car ils n’ont aucun moyen de se défendre. L’Okhrana et les Centuries noires cherchent à justifier cet antisémitisme en diffusant le texte des Protocoles. Ce document, censé avoir appartenu à un haut dignitaire maçonnique, affirme qu’un complot fomenté par un groupe secret composé de Juifs s’apprête à dominer le monde en infiltrant tous les organes de pouvoir. Il se serait mêlé à la franc-maçonnerie pour mieux passer inaperçu. Bien que le livre ne soit qu’un tissu de mensonges et d’élucubrations, il connaît vite un énorme succès. La thèse du complot judéo-maçonnique s’installe pour longtemps dans les esprits européens. Et bien que ni l’Okhrana ni les Centuries noires ne survivent à la tourmente de 1917, elles auront légué le fantasme criminel d’une société secrète imaginaire. »
Les sociétés secrètes





No comments:

Post a Comment

Les commentaires sont momentanément désactivés.

Note: Only a member of this blog may post a comment.