Friday, April 01, 2011

Après la mort



Les activités des traqueurs de fantômes (Ghost Hunters), évoquées à la suite du post « Les clubs du Feu de l'Enfer », ne datent pas d'aujourd'hui. L'éminent astronome Camille Flammarion (1842-1925) était persuadé de la réalité des apparitions, des transmissions télépathiques, des fantômes, des manifestations des mourants. Dans l'introduction de son livre Après la mort, il écrit :

« Notre premier volume, La mort et son mystère, a donné à ses lecteurs la certitude des fantômes de vivants, des apparitions et des manifestations de mourants, se produisant à toutes les distances, transmissions télépathiques irrécusables, et se termine par cette interrogation : « Obtiendrons-nous les mêmes preuves d'authenticité, la même certitude, sur l'existence réelle des morts? »

« Cecy est un livre de bonne foy », disait Montaigne dans ses inoubliables Essais : la même affirmation doit être donnée pour cet ouvrage.

Nous arrivons ici à la porte du temple fermé. Mais déjà cette porte a paru s'entrouvrir dans nos excursions à la frontière des deux mondes. Ce deuxième volume a pour but d'établir la survivance sur des faits d 'observation, par la même méthode expérimentale, en dehors de toutes croyances religieuses. »

Les adeptes du bouddhisme tibétain professent la doctrine de la renaissance après un séjour de 49 jours dans les Bardo. Selon le Bardo Thödol (Livre des morts tibétain), le processus de la mort et de la renaissance se déroule en trois phases. Durant le Bardo de l'instant de la mort apparaît une aveuglante lumière ; durant le Bardo de la Réalité suprême se manifestent des phénomènes lumineux de cinq couleurs en forme de mandala ; durant le Bardo du devenir apparaissent des phénomènes lumineux à l'éclat voilé qui correspondent aux six conditions de renaissance.

Camille Flammarion, qui analyse les phénomènes de survie avec tous les scrupules et l'objectivité d'un scientifique, ne mentionne jamais un séjour dans le monde intermédiaire (Bardo) limité à 49 jours. Ses observations montrent que des manifestations posthumes peuvent avoir lieu très longtemps après la mort. Il écrit : « Nous arrivons ici à des distances considérables, de cinq, dix, quinze, vingt, trente, quarante, soixante ans et davantage. La place me manque pour les mettre toutes sous les yeux du lecteur. [...]


Voici une apparition répétée et vue, non seulement par deux personnes, mais par plusieurs, et perçue par un chien. Elle présente un intérêt tout spécial. Je l'extrais de l'ouvrage de Myers, Human Personality (t. II, p. 21). Elle a été exposée par un magistrat russe, M. Mamtchitch, dans les relations suivantes :

Saint-Pétersbourg, 29 avril 1891

« Palladia était la fille d'un riche propriétaire russe mort un mois avant sa naissance. Sa mère, désespérée, voua son futur enfant au couvent. De là son nom, usité parmi les religieuses. Deux ans après, sa mère mourut, et l'orpheline, jusqu'à l'âge de quatorze ans, fut élevée dans un couvent de Moscou par sa tante, qui en était la supérieure.

En 1870, étant encore étudiant à l'Université de Moscou, je fis la connaissance du frère de Palladia, étudiant comme moi, il fut souvent question entre nous de rendre à la société la nonne malgré elle ; mais ce plan ne fut réalisé qu'en 1872. J'étais venu en été à Moscou, pour voir l'exposition, et j'y
rencontrai par hasard le frère de Palladia. J'appris qu'il se disposait à l'envoyer en Crimée pour cause de santé et je le secondai de mon mieux.. C'est alors que je vis Palladia pour la première fois. Elle avait quatorze ans ; quoique de haute taille, elle était fort chétive et déjà poitrinaire. A la prière de son frère, j'accompagnai Palladia et sa sœur en Crimée où elles restèrent pour passer l'hiver.

Dans l'été de 1873, je rencontrai par hasard Palladia et sa sœur à Odessa, où elles étaient venues pour consulter des médecins. Le 27 août, pendant que je faisais la lecture aux deux sœurs, Palladia mourut subitement d'un anévrisme. Elle avait quinze ans.

Deux ans après, en 1875, me trouvant à Kieff, il m'arriva, par une soirée du mois de décembre, d'assister pour la première fois à une séance de spiritisme; j°entendis des coups dans la table : cela ne m'étonna nullement, car j'étais sûr que c'était une plaisanterie. De retour chez moi, je voulus voir si les coups se produiraient ; je me mis dans la même pose, les mains sur la table. Bientôt des coups se firent entendre. Imitant le procédé dont j'avais été témoin, je commençai à réciter l'alphabet : le nom de Palladia fut dicté. Je fus étonné, presque effrayé; ne pouvant me tranquilliser, je me mis de nouveau à la table, et je demandai à Palladia ce qu'el1e avait à me dire. La réponse fut : « Replacez l'ange : il tombe. » Je ne compris pas de quoi il s'agissait.

Elle est enterrée à Kieff, et j'avais entendu qu'on voulait mettre un monument sur sa tombe, mais je n'y avais jamais été, et je ne savais pas de quel genre était le monument.

Après cette réponse, je ne me couchai plus, et dès que le jour parut, je me rendis au cimetière. Non sans peine, avec l'aide du gardien, je découvris la tombe enfouie sous la neige. Je m'arrêtai stupéfié : la statue en marbre de l'ange, avec une croix, penchait tout à fait de côté.

Je conclus de cette constatation qu'il y a un autre monde avec lequel nous pouvons entrer en rapport.

En octobre 1876, j'étais en train de m'installer dans un nouveau logement (rue Drorésnaya) avec mon camarade de service au ministère de la Justice, Potolof. J'étais de fort bonne humeur, et je jouais d'un pianino ; il était à peu près 8 heures du soir. A côté se trouvait mon cabinet de travail, éclairé aussi par une lampe. Mon camarade était occupé à sa table, à l'autre bout de ces chambres en enfilade. Toutes les portes étaient ouvertes, et de sa place il pouvait voir très bien le cabinet de la salle où je jouais. Tout à coup, j'aperçus Palladia! Elle se tenait au milieu de la porte,un peu de côté, le visage tourné vers moi, me regardant tranquillement. Elle avait la même robe foncée qu'elle portait ; lorsqu'elle mourut en ma présence. Sa main droite pendait librement. Je voyais distinctement ses épaules et sa taille. Tout le temps je la regardai dans les yeux, et chose singulière, sans penser que j'avais devant moi une personne morte. Elle était éclairée des deux côtés, et j'ai la vue très bonne. Mais j'avoue qu'aussitôt je sentis un frisson dans le dos, et fus comme pétrifié! Ce n'était pas de la frayeur, c'était quelque chose d'autre, comme la sensation que j'éprouve quand je regarde en bas d'une grande hauteur; je sens alors une terrible anxiété de vertige. Combien de temps Palladia resta-t-elle devant moi, je ne saurais le dire, mais je me rappelle qu'elle fit un mouvement à droite cet disparut derrière la porte du cabinet de travail. Je me précipitai vers elle. Alors seulement,
je me rappelai qu'elle était morte.

Dans ce moment, mon camarade vint à moi et me demanda ce que j'avais. Je lui dis ce qui venait de se passer ; alors nous entrâmes au cabinet, où nous ne trouvâmes personne. Mon camarade, ayant entendu la brusque interruption de mon jeu, avait levé la tête et, autant que je m'en souviens, disait avoir vu aussi quelqu'un passer devant la porte; à cause de mon excitation, il me dit, pour me tranquilliser, que probablement, c'était mon domestique, qui était venu arranger la lampe. Or, il était en bas, dans la cuisine. Voilà comment je vis Palladia pour la première fois, trois ans après sa mort.

Je l'ai souvent revue. Il arrive qu'elle m'apparaît trois fois par semaine ou deux fois le même jour, ou bien un mois se passe sans la voir.

Palladia apparaît toujours d'une façon inattendue, me prenant comme par surprise au moment où j'y pense le moins.

Jamais je ne la vois en rêve. Je la vois également quand je suis seul, ou en nombreuse compagnie.

Elle m'apparaît toujours avec la même expression sereine des yeux ; quelquefois avec un faible sourire.

Je la vois toujours dans la robe foncée qu'elle portait lorsqu'elle mourut sous mes yeux. Je vois distinctement son visage, sa tête, les épaules et les bras, mais je ne vois pas ses pieds, ou plutôt je ne pense pas à les examiner.

Chaque fois, en voyant Palladia inopinément, je perds la parole, je sens du froid dans le dos, je pâlis, je jette un faible cri et ma respiration s'arrête (c'est ce que me disent ceux qui par hasard m'ont observé à ces moments).

L'apparition de Palladia se prolonge une, deux, trois minutes puis, graduellement, elle s'efface et se dissout. »

Commentaire de Flammarion :

Ces aspects ressemblent beaucoup aux types d'hallucinations les mieux connus ; à l'exception, toutefois, de l'origine même, la révélation de la tombe du cimetière. Les observations que voici vont supprimer l'analogie.

« En 1879, à la fin de novembre, à Kieff, j'étais assis à mon bureau à écrire un acte d'accusation ; il était 8 heures du soir, la montre était devant moi sur la table. Je me hâtais de finir mon travail, car, à 9 heures, je devais me rendre à une soirée. Tout à coup, en face de moi, assise, sur un fauteuil, je vis Palladia ; elle avait le coude du bras droit sur une table et la tête appuyée sur la main. M'étant remis de mon saisissement, je regardai la montre et je suivis le mouvement de l'aiguille à secondes, puis je relevai les yeux sur Palladia ; je vis qu'elle n'avait pas changé de pose, et son coude se dessinait clairement sur la table. Ses yeux me regardaient avec joie et sérénité; alors pour la première fois, je me décidai à lui parler :

«Que sentez-vous à présent? » lui demandai-je. Son visage resta impassible, ses lèvres, autant qu'il m'en souvienne, restèrent immobiles, j'entendis distinctement sa voix prononcer le mot « Quiétude ». « Je comprends », lui répondis-je, et effectivement, en ce moment, je comprenais toute la signification qu'elle avait mise dans ce mot. Pour être plus sûr encore que je ne rêvais pas, je regardai de nouveau la montre et je suivis les mouvements de l'aiguille à secondes. Ayant reporté mon regard sur Palladia, je remarquai qu'elle commençait à s'effacer et à disparaître.

En 1885, je demeurais chez mes parents, à une campagne du gouvernement de Poltava. M'étant réveillé à l'aube, je vis Palladia, Elle se tenait devant moi, à cinq pas à peu près, et me regardait avec un sourire joyeux. S'étant approchée de moi, elle me dit deux mots : « J'ai été, j'ai vu », et, tout en souriant, disparut. Que voulaient dire ces mots ? Je ne pus le comprendre. Dans ma chambre, mon chien dormait auprès de moi. Dès que j'aperçus Palladia, le chien hérissa le poil et avec glapissement sauta sur mon lit, se pressant contre moi, et regardant dans la direction où je la voyais. Il n'aboya pas, tandis que, ordinairement, il ne laissait personne entrer dans la chambre sans aboyer et grogner. Toutes les fois que mon chien vit Palladia, il se pressa contre moi; comme cherchant un refuge ; Je ne parlai à personne de cet incident. Le soir du même jour, une jeune fille qui se trouvait chez nous me raconta qu'une chose étrange lui était arrivée ce matin-là : « M'étant réveillée de grand matin, me dit-elle, j'ai senti comme si quelqu'un se tenait au chevet de mon lit, et j'entendis distinctement une voix me disant : « Ne me crains pas, je suis bonne et aimante. » Je tournai la tête, mais je ne vis rien.

Un an plus tard, je fus fiancé à cette jeune fille. Je dois ajouter que j'avais vu alors cette demoiselle pour la première fois et que je ne pensais pas du tout à un mariage futur.

Cinq ans après, en 1890, je me trouvais avec ma femme et mon fils, âgé de deux ans, chez mes anciens amis, les Strijewsky, à leur campagne du gouvernement de Woronèje. Un jour, vers les 7 heures du soir, rentrant de la chasse, je passai dans l'aile que nous habitions pour changer de toilette ; j'étais assis, dans une chambre éclairée par une grande lampe. La porte s'ouvrit, et mon fils Olég accourut près de mon fauteuil, quand Palladia apparut tout à coup devant moi. Je remarquai détachait-pas ses yeux d’elle ; se tournant vers moi et me la montrant du doigt, i1 dit ces deux mots : « la tante ». Je le pris sur mes genoux et jetai un regard sur Palladia, mais elle avait disparu. Le Visage d’Olég était tout a fait tranquille et joyeux ; il commençait seulement à parler, ce qui explique la dénomination qu’il donna a l'apparition. »

Commentaire de Flammarion :

Cette déclaration, très détaillée, comme on le voit, a été complétée par celle des autres témoins qui la confirment, ce qui est important, car la première explication qui nous vient e l’esprit est toujours celle d’une hallucination possible. Mme Mamtchitch écrit entre autre :

« Je me rappelle très bien que le 10 juillet 1885, lorsque nous étions en visite chez les parents de M. C. Mamtchitch, je m’étais réveillée à l'aube du jour, car il avait été convenu entre ma sœur et moi que nous irions faire une promenade matinale. M’étant soulevée-sur le lit, je vis que maman et ma  sœur dormaient et, en ce moment, je sentis comme si que1qu’un se tenait à mon chevet. M’étant tournée a demi, car j’avais pour ainsi dire peur de regarder, je ne vis personne; m’étant recouchée, j’entendis immédiatement, derrière et au-dessus de ma tête, une voix de femme me disant doucement, mais distinctement : « Ne me crains pas, je suis bonne et aimante », et encore toute une phrase que j’oubliai à l’instant même. Immédiatement après, je m’habillai et j’allai me promener. C’est étrange que je n’aie été aucunement effrayée. Je n’en dis rien a ma mère ni à ma sœur, car elles n’aimaient pas de telles choses et n’y croyaient pas ; mais le soir du même jour, comme la conversation était engagée sur ces problèmes de l’Inconnu, je racontai à M. Mamtchitch ce qui m’était arrive le matin. »

Conclusion de Flammarion :

Telle est la relation de cette curieuse manifestation psychique. S’obstiner a ne voir le qu’une hallucination serait évidemment une erreur, car il faudrait admettre que : 1° le narrateur ; 2° sa femme (qui lui était alors étrangère) ; 3° son enfant de deux ans ; 4° son chien, aient été victimes
d’autant d’hallucinations concomitantes. Il resterait encore à expliquer le premier avertissement relatif au cimetière. Tout nous porte ici à conclure en faveur de manifestations réelles de la morte Palladia, décédée à l'âge de quinze ans, en 1873, dans les années l875, 1876, 1879, 1885 et 1890, C'est-à-dire deux, trois, six, douze et dix-sept ans après sa mort. Le seul moyen de sortir de cette conséquence serait d'accuser que le narrateur d'avoir inventé toute une série de mensonges. C'est là une accusation assez grave. Et l'auteur a un répondant de son honneur : Aksakof.






Camille Flammarion, serviteur de Belzébuth ou savant indigne ?




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