Thursday, April 28, 2011

La transformation de transfert de P'ou-houa




P'ou-houa, écrit Paul Demiéville, un moine aux comportement extravagant qui secoua Lin-tsi lorsque celui-ci vint s'installer dans le Nord-Est. […] Il passe pour avoir appartenu à la lignée de Tao-yi dit Ma-tsou, de même que Lin-tsi. Son nom signifie « conversion universelle » et lui aurait été donné parce qu'il agitait sa clochette pour tout le monde, sans distinction de rang haut ou bas. […] Sans cesse P'ou-houa, dans les marchés des rues, agitait une clochette en disant :

« Pour qui vient dans l'obscurité, je la bats dans l'obscurité ; pour qui vient dans la clarté, je la bats dans la clarté. Pour qui vient des dix directions et des huit côtés, je la bats en trombe ; pour qui vient du vide et de l'espace, je la bats en fléau à faisceau. »

Les circonstances miraculeuses de la mort de P'ou-houa

Un jour, au marché de la rue, P'ou-houa mendiait aux gens un vêtement cousu d'un seul tenant. Tout le monde lui en donnait, mais il n'en voulut aucun. Le maître dit à l'administrateur du monastère de lui acheter un cercueil. Lorsque P'ou-houa s'en revint, le maître dit :

« Je t'ai fait faire un vêtement cousu d'un seul tenant. »
Alors P'ou-houa le chargea sur son épaule et fit le tour du marché de la rue, criant :

« Lin-tsi m'a fait faire un vêtement cousu d'un seul tenant. Je m'en vais à la porte de l'Est pour ma transformation de transfert. » Les gens du marché le suivirent à l'envi, pour regarder. P'ou-houa dit :

« Ce n'est pas encore pour aujourd'hui. Demain j'irai à la porte du Sud pour ma transformation de transfert. »

Et ainsi pendant trois jours. Le quatrième jour, sans personne pour le suivre et regarder, il sortit tout seul hors des murs et entra lui-même dans le cercueil, requérant un passant pour le clouer. Aussitôt la nouvelle se répandit, et les gens du marché allèrent à l'envi ouvrir le cercueil. Ils virent qu'il avait disparu en se dépouillant de son corps intact, et ils n'entendirent qu'un bruit de clochette, dans les airs, qui s'en allait obscurément.

Notes de Paul Demiéville :

Un vêtement cousu d'un seul tenant : bâti d'une seule pièce. Apparemment un linceul - mais Lin-tsi comprend l'allusion : il lui offre un cercueil.

Transformation de transfert : ts'ien-houa, la mort en terminologie taoïste (et aussi confucianiste). Les bouddhistes ont emprunté ce terme et ont même voulu interpréter le mot houa au sens de conversion ! l'œuvre de conversion se prolongeant dans l'autre monde après la mort...

En se dépouillant de son corps intact : comme la cigale qui se transforme en abandonnant sa dépouille. C'est ainsi que meurent les immortels taoïstes, qui montent au ciel en laissant leur dépouille. Mais celle-ci, dans le taoïsme, n'est en général qu'un objet leur ayant appartenu, une épée, une canne, des sandales (dans le cercueil de Bodhidharma, on trouva une seule sandale), non pas le corps lui-même qui est immortalisé au ciel. Le cas de P'ou-houa rappelle celui du thaumaturge, mi-bouddhiste mi-taoïste, Chan Tao-k'ai qui, sous les Tsin Orientaux, en 359, mourut « en se dépouillant comme une cigale » sur le mont Lo-feou, près de Canton, où l'on trouva son corps intact auquel on rendit un culte comme à une momie.

Le mot t'o, « se dépouiller ››, a été emprunté par les bouddhistes pour rendre la notion de délivrance (vimoksha).

Photo :
Boîte de laque (fin du XVIIIe siècle) représentant les Huit Immortels, chacun tenant son attribut distinctif. 

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Monter au ciel en plein jour

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Trois lamas du temple Kagyu Ling sur le banc des accusés


Une femme de 56 ans accuse trois lamas du temple Kagyu Ling d’avoir abusé de sa vulnérabilité psychologique. Des manipulations qui pourraient être d’ordre financier... LIRE LA SUITE :

http://www.lejsl.com/fr/permalien/article/5001796/Sur-le-banc-des-accuses.html?





Les Trois lamas incriminés dans cette affaire appartiennent à l'école de Kalou Rinpoché. Kalou était un important hiérarque du lamaïsme qui n'hésitait pas à recourir à la manipulation pour assouvir ses pulsions sexuelles.



Kalou Rinpoché & June Campbell


"June Campbell « a raconté son histoire dans un très beau livre paru en 1996 (relié) et réédité en 2002 (broché) sous le titre Traveller in Space: Gender, Identity and Tibetan Buddhism [Voyageur de l’espace : sexe, identité et bouddhisme tibétain], Athlone Press.

Elle était l'interprète du très regretté Kalou Rinpoché. Ce moine est sans doute l'un des plus vénérés du tantrisme bouddhique. Étant directement à son service, elle ne souffrait pas de la pression des échelons intermédiaires souvent très perceptible et dérangeante dans ces écoles. Elle était donc dans des conditions parfaites pour faire un beau voyage spirituel au service de ce très digne moine. Cependant, il lui fallut, raconte-t-elle dans son livre paru en anglais, accepter les relations sexuelles que le maître exigea d'elle (il était un "chaste" moine portant la robe et visiblement astreint à leurs vœux), puis les relations sexuelles avec l'un de ses proches, un parent à lui, c'est à dire sans doute une forme simple de la polyandrie répandue dans les cultures himalayennes. Enfin une deuxième maîtresse beaucoup plus jeune fut introduite dans cette intimité des deux hommes et June dut accepter la nouvelle venue (qui mourut d'ailleurs prématurément). A l'issue de l'expérience, c'est à dire après la mort du vénérable, June mit je crois près de quatorze années avant de pouvoir se résoudre à raconter son histoire. Et ce n'est pas un merveilleux voyage qu'elle raconte, mais l'histoire d'un douloureux secret. Les deux hommes ayant exigé d'elle l'absolu secret sur ces relations qui auraient terni l'image du maître si elles étaient venues à la connaissance des disciples, June se sentit selon ses mots "abused", abusée, et mit longtemps pour se reconstruire."

Marc BOSCHE


Traveller in Space: Gender,

Identity and Tibetan Buddhism


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