Monday, May 30, 2011

Existe-t-il plusieurs races ?




Quand j'étais jeune étudiant, j'ai appris consciencieusement, comme beaucoup d'autres, et sans trop y croire, les classifications des « races humaines ». Elles étaient encore au programme, alors que le développement de la biologie au niveau microscopique en faisait déjà des catégories totalement caduques. On ne peut pas taxer de racistes toutes les tentatives de classification anciennes, au sens où, en science, c'est la différence qui fait l'information : on compare et on range en « paquets » distincts, chaque fois, qu'on peut le faire. En un siècle de découvertes, on a tout simplement vu se dessiner d'autres frontières au sein de l'humanité. Si l'on reprend le sens zoologique du mot (deux sous-espèces d'une même espèce se distinguent l'une de l'autre, mais demeurent inter-fécondes, contrairement à deux espèces), il n'y a aujourd'hui, à la surface de la Terre, qu'une « race » humaine celle de l'Homo sapiens sapiens.

Ce que la recherche paléontologique et son prolongement anthropologique essaient d'établir, entre autres, ce sont les filiations, les liens de parenté qui unissent cette humanité.

L'homme moderne est apparu dès 500 000 ans avant notre ère. Avec, déjà, des différenciations régionales : par exemple, entre des squelettes de Chinois vieux de 400 000 ans, de 200 000 ans et contemporains, on retrouve des caractères communs. Mais s'ils ont une fréquence plus grande chez les Chinois, on les retrouve aussi partout ailleurs éparpillés. Il y a continuité du peuplement, mais à l'intérieur de ce que j'appelle des « provinces bio-géographiques »?

A la surface de la Terre, il, n'y a qu'une « race » humaine connue, celle de l'Homo sapiens sapiens

En revanche, deux « races » ont parfois pu coexister dans la préhistoire. L'homme a commencé à se diversifier très tôt, voilà au moins 2,5 millions d'années, dès qu'il a bougé d'Afrique orientale, où il est né. Il s'est répandu à travers tout l'Ancien Monde : Afrique, Europe et Asie. Or, il y a 2 millions d'années, les glaciations ont fabriqué deux isolats géographiques : l'Europe, dont le nord fut entièrement recouvert de glaciers, et l'Indonésie qui, liée au continent asiatique, s'en trouva coupée à chaque période interglaciaire. Ces deux isolements ont entraîné des « dérives génétiques », et façonné deux humanités, le pithécanthrope en Indonésie, l'homme de Neandertal en Europe, très différents anatomiquement de notre ancêtre, l'homme moderne, qui vivait déjà ailleurs. Il y a 50 000 ans, celui-ci a repoussé ses frontières de tous les côtés, lors d'une deuxième vague de peuplement : en Europe, en Indonésie, en Australie, en Amérique. Neandertal et notre ancêtre l'homme moderne (Cro-Magnon) ont au moins constitué en Europe deux races distinctes. « Au moins », parce que l'on ne sait pas, aujourd'hui, si ces populations pouvaient être inter-fécondes (donc, si elles furent de la même espèce) ni si l'homme de Neandertal, comme le pithécanthrope indonésien disparu il y a environ 30 000 ans, s'est fondu dans la population des Homo sapiens sapiens ou s'il s'est éteint. C'est peut-être la seule question sur les traces humaines que la science puisse désormais se poser.

Yves COPPENS, paléontologue, professeur au Collège de France, directeur du laboratoire d'anthropologie, Muséum national d' histoire naturelle, Paris.


Une étude publiée dans la revue Science montre qu'une infime partie du génome humain provient de celui des Néandertaliens. L'auteur, Richard E. Green (Université de Californie) travaille actuellement au Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology (Leipzig, Allemagne) dans le cadre du projet de déchiffrage du génome de Neandertal dirigé par Svante Pääbo... Lire la suite :

No comments:

Post a Comment

Note: Only a member of this blog may post a comment.