Wednesday, May 25, 2011

La spiritualité des sixties



Une effervescence désordonnée

La croyance en un progrès matériel indéfini, le matérialisme athée devenu une foi, puis la faillite des Églises et la chute des idéologies ne pouvaient qu'engendrer une profonde crise morale, qui, pour certains, ne trouva d'issue que dans une quête spirituelle, vitale mais incohérente.

Des mouvements divers nés de cette demande, on ne peut dresser aujourd'hui qu'un inventaire provisoire, sans pouvoir tirer des conclusions qui seraient prématurées.

Retour aux sources

Ce « réveil » avait été préparé indirectement par les travaux des ethnologues qui avaient révélé aux Occidentaux les spiritualités archaïques encore vivantes. Quelques-uns d'entre eux en reçurent même les enseignements et les publièrent, à la suite du Dieu d'eau (1943), de M. Griaule. L'enquête, qui s'étendit de l'Afrique noire à l'Océanie et à l'Australie, eut, entre autres, pour conséquence la revalorisation de l'héritage traditionnel des Amérindiens dès 1932, avec la publication du témoignage d'un chef sioux visionnaire, Élan noir parle. En France, les multiples témoignages recueillis par la suite furent l'objet de la collection «Terre humaine », fondée en 1955 par Jean Malaurie et inaugurée par la publication de Tristes Tropiques de C. Lévi-Strauss. En outre, les travaux de synthèse des comparatistes religieux démontraient que le sens du sacré était un élément constant et irréductible de la conscience humaine. L'histoire comparée des religions fut particulièrement illustrée par le Roumain Mircea Eliade (1907-1986), qui enseigna à Paris, puis à Chicago de 1958 à sa mort. Ayant pratiqué le yoga dans l'Himalaya avec Shivânanda, il publia sur ce sujet en 1936 une étude qui eut un grand retentissement, comme celle qu'en 1951 il consacra au chamanisme.

Mystique et contestation

L'absurdité de l'interminable seconde guerre du Viêt Nam, qui mobilisa une grande partie de la jeunesse américaine, entraîna chez celle-ci une réaction qui, à partir de 1966, prit la forme d'un raz de marée. Le mouvement hippie naquit dans les communautés qui se formèrent en Californie et devint une révolte contre l'« american way of life ». Les hippies entendaient mener une vie simple, dépouillée, en contact étroit avec la nature, une vie, en somme, édénique, ce que proclamait l'un de leurs slogans : Paradise now. Bientôt les hippies eurent leurs inspirateurs, les poètes de la Beat Generation, comme Jack Kerouak et Allen Ginsberg, leurs gourous, les universitaires Allan Watts, Timothy Leary et Richard Alpert, et leurs grandes fêtes collectives, dont la plus importante, à Woodstock en 1969, rassembla 400 000 participants. On a pu parler d'une mystique hippie qui se recommandait de Jésus «superstar», mais surtout du bouddhisme zen et tantrique, de Gandhi et de Sri Aurobindo. Mais les moyens employés pour «voir Dieu en face» étaient les drogues dites d'« expansion de la conscience » expérimentées par Leary et Alpert, qui s'en firent les propagandistes. De leur démarche devait s'inspirer plus tard Carlos Castañeda, dont les nombreux ouvrages relatent son expérience du peyotl guidée par un mystérieux sorcier yaqui. La révolte de la jeunesse américaine contre la société de consommation eut son écho dans tout l'Occident, en particulier lors de la crise de mai 68, qui, en Europe, prit très vite un aspect politique. Mais une des conséquences de ce mouvement fut l'afflux des jeunes allant en pèlerinage à la recherche de gourous, en Asie et particulièrement en Inde. Richard Alpert leur avait montré l'exemple. Professeur à l'université Harvard, il partit pour l'Inde en 1967, y rencontra un maître et revint aux États-Unis, où, sous le nom de Ram Dass (serviteur de Dieu), il fonda la Seva (« service », en sanskrit) Foundation, qui apporte une aide désintéressée à tous ceux qui en ont besoin dans le monde entier.

Les sectes

Cette impulsion, en soi féconde, vers la spiritualité donna naissance à un marché, celui d'un soi-disant ésotérisme initiatique, alimenté par la crédulité, sous-produit de la croyance, qui fut très vite exploité. On vit reparaître le vieux fonds occultiste, dûment modernisé, qui mêlait allègrement extra-terrestres et pouvoirs supranormaux aux « secrets » des Templiers ou de la Rose-Croix. Cela eût été sans conséquence grave s'il n'y avait eu les sectes, qui, inspirées du même esprit, se mirent à proliférer. Le mot « secte », qui vient du latin sequi « suivre », mais contaminé par sectio, de secare, «couper », n'a pris que récemment le sens de société secrète se réclamant d'une pensée religieuse ou mystique, étrangère aux grandes religions constituées, et exerçant sur ses adeptes une pression psychologique irrésistible. En vue de se protéger contre les intrusions des autorités, les sectes se donnent comme des mouvements religieux minoritaires et persécutés. Bien qu'elles semblent aujourd'hui déjà sur le déclin - par suite du choc provoqué par les informations concernant les suicides ou meurtres collectifs -, on en compterait actuellement en France 172, avec quelque 300 000 adeptes. Certaines sectes n'eurent qu'une existence éphémère, ainsi l'ashram fondé à Poona par Bhagwan Shree Rajneesh (1931-1990), qui attira des milliers d'Occidentaux. Mais, épris de puissance et devenu colossalement riche, Rajneesh fonda en 1981 en Oregon Rajneeshpuram (la ville de Rajneesh), et son insatiable ambition entraîna sa perte. Mais d'autres, véritables « multinationales », en place depuis longtemps, sont très puissantes, même sur le plan financier. Fondée aux États-Unis par Ron Hubbard, l’Église de la scientologie s'étendrait sur 107 pays et compterait de 8 à 11 millions d'adhérents. Presque aussi riche et aussi puissante est l’Église de l'unification du Coréen Sun Myung Moon. Certaines, d'ailleurs moins dangereuses, se présentent comme un rappel des traditions oubliées, ainsi l'Association internationale pour la conscience de Krishna, de Swâmi Prabhuna, ou modernisées, comme la Méditation transcendantale, répandue dès 1957 en Occident par Mahârishi Mahêsh Yogi. On n'en finirait plus de citer les sectes placées « sous haute surveillance » qui se proclament «ordre souverain », comme autrefois les Templiers et aujourd'hui le respectable ordre de Malte : ordre rénové du Temple, ordre du Temple solaire, ordre du Temple initiatique, Chevaliers du Lotus d'or (le Mandarum)... En principe surveillées, en tous cas repérées, celles-ci sont moins dangereuses que celles qui prolifèrent à l'ombre et qui ne se révèlent que lorsque le scandale éclate. On peut cependant considérer que ce ne sont là que les dérives d'un courant de recherche active qui redécouvre la spiritualité à travers les œuvres des grands mystiques, aujourd'hui republiées, mais aussi grâce à des maîtres spirituels dûment investis et appartenant à des traditions toujours intactes après avoir traversé les siècles.

Jacques Brosse

Les maîtres spirituels

Des religions antiques à l'enseignement bouddhiste, de la naissance de l'islam au monachisme chrétien, des mystiques hindous aux penseurs indépendants comme Boulgakov, Gurdjieff et Simone Weil, Jacques Brosse présente ici la grande fresque de l'aventure spirituelle de l'humanité à travers ses maîtres et ses écoles. L'auteur, dont l'œuvre a été couronnée par le Grand Prix de l'Académie française en 1987, est à la fois philosophe, maître zen, naturaliste et spécialiste des traditions spirituelles d'Orient et d'Occident. II offre au public la quintessence de son savoir dans ces cent vingt-cinq chapitres allant à l'essentiel, Mystiques et " accoucheurs d'âmes " de tous lieux et de toutes époques sont réunis dans cette synthèse encyclopédique.





Télécharger gratuitement DIEU D'EAU, entretiens avec Ogotemmêli, de Marcel Griaule :



Source :

La collection "Les classiques des sciences sociales" dirigée et fondée par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.





DIEU D'EAU

Entretiens avec Ogotemmêli

T A B L E  D E S  M A T I È R E S



Ogotemmêli.
La première parole et la jupe de fibres.
La seconde parole et le tissage.
La troisième parole et le grenier de terre pure.
La troisième parole et le classement des choses.
La troisième parole, la descente du grenier de terre pure et la mort.
La troisième parole et le vomisse­ment du système du monde.
La troisième parole et les travaux de rédemption.
La troisième parole et les tambours.
Le verbe et le métier à tisser.
Le verbe et les travaux des champs.
Le verbe, la parure et l’amour.
La Forge. La Poterie.
La grande maison de famille.
Le Sanctuaire.
Le Sanctuaire et les peintures de façade.
Le Sanctuaire et les peintures de façade (suite).
Le culte du Lébé.
Le culte des Binou.
Le Sacrifice.
La parole fécondante.
Le sang des femmes.
Le sang des femmes et le bat­tage de Digitaria.
La double âme et la circonci­sion.
Les autels personnels.
Invention de la mort.
Le culte des morts, les boissons fermentées. 
Les morts vivants.
La danse.
Le culte du feu.
Les jumeaux et le commerce.
Les jumeaux et le commerce (suite).
Les signes du Zodiaque.
Adieu à Ogotemmêli.

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