Wednesday, June 22, 2011

Le Black Bloc & le néo-féodalisme



Le Black Bloc, exception ou fantasme ?

Ce terme a été inventé pour désigner des individus masqués, habillés en noir qui, comme les autonomes allemands des années 1970, se livrent à des destructions de biens et harcèlements de la police au cours des manifestations antimondialisation. Fantasme, le Black Bloc (parfois écrit « black block ») l'est très certainement si l'on pense à une organisation structurée ayant une stratégie violente concertée visant à un but déterminé. Plus sûrement, il faut y voir des petits groupes variés, qui ne se connaissent généralement pas (ou pas tous) entre eux, constitués d'individus de nationalité variée (française notamment) aux liens amicaux antérieurs (sur le principe des « groupes affinitaires ») et partageant une sensibilité anarchiste qui les amène à justifier le recours à la violence contre les biens à l'occasion de mobilisations. Ils visent de façon privilégiée les « symboles du capitalisme » d'aujourd'hui : banques et surtout enseignes de multinationales (Nike, Levi's, MacDonald's, Planet Hollywood, etc.), l'objectif étant à la fois de causer des dommages matériels coûteux pour les entreprises en question et de s'attaquer à leur image.

Le pillage des magasins est principalement justifié comme relevant de la « réappropriation sur le vol capitaliste » suivant une rhétorique déjà rencontrée. Le désordre de rue, voire la destruction du matériel urbain, le sont comme « libération » d'un territoire, transformation en « zone autonomes temporaires ». Plus généralement, la violence est pour eux une réponse légitime à une violence bien supérieure inhérente au système capitaliste. ( Source : « La France rebelle ».)

Le néo-féodalisme

La violence capitaliste est sans commune mesure avec celle des Black Blocs. En effet, selon le sociologue suisse Jean Ziegler, l'ordre meurtrier du monde tue de faim et d'épidémie 100.000 personnes par jour.

Dans la nuit du 4 août 1789, écrit Jean Ziegler les députés composant l'Assemblée nationale ont aboli le système féodal en France. Or, aujourd'hui, nous vivons la reféodalisation du monde. Les seigneurs despotiques sont de retour. Les nouvelles féodalités capitalistes détiennent désormais un pouvoir qu'aucun empereur, aucun roi, aucun pape n'a possédé avant elles.

Les cinq cents plus puissantes sociétés capitalistes privées transcontinentales du monde - dans l'industrie, le commerce, les services, la banque - contrôlaient, en 2004, 52 % du produit mondial brut : en clair, plus de la moitié de toutes les richesses produites en une année sur notre planète.

Oui, la faim, la misère, l'écrasement des pauvres sont plus effroyables que jamais.

Les attentats du 11 septembre 2001 à New York, Washington et en Pennsylvanie ont provoqué une accélération dramatique du processus de reféodalisation. Ils ont été l'occasion pour les nouveaux despotes de s'approprier le monde. De s'emparer sans partage des ressources nécessaires au bonheur de l'humanité. De détruire la démocratie. Les derniers barrages de la civilisation menacent de céder. Le droit international est à l'agonie. L’Organisation des Nations unies et son secrétaire général sont mis à mal et diffamés. La barbarie cosmocrate (le contraire de démocrate) progresse à pas de géant. C'est de cette réalité nouvelle qu'est né « L'empire de la honte ».

 L'empire de la honte


Nous assistons aujourd'hui à un formidable mouvement de reféodalisation du monde. C'est que le 11 septembre n'a pas seulement été l'occasion pour George W. Bush d'étendre l'emprise des Etats-Unis sur le monde, l'événement a frappé les trois coups de la mise en coupe réglée des peuples de l'hémisphère Sud par les grandes sociétés transcontinentales. Pour parvenir à imposer ce régime inédit de soumission des peuples aux intérêts des grandes compagnies privées, il est deux armes de destruction massive dont les maîtres de l'empire de la honte savent admirablement jouer : la dette et la faim. Par l'endettement, les Etats abdiquent leur souveraineté ; par la faim qui en découle, les peuples agonisent et renoncent à la liberté. Cette formidable machine à broyer et à soumettre ne supporte plus aucune des limitations que le droit international prétendait traditionnellement imposer aux rapport entre les États et entre les peuples. Du coup, c'est le régime de la violence structurelle et permanente qui, partout, gagne du terrain au Sud, tandis que le droit international agonise. Mais qui sont donc ces cosmocrates qui, peu à peu, privatisent jusqu'à l'eau que les peuples doivent désormais leur acheter ? Ce livre traque leurs méthodes les plus sournoises : ici on brevète le vivant, là on casse les résistances syndicales, ailleurs on impose la culture des OGM par la force. Oui, c'est bien l'empire de la honte qui s'est mis subrepticement en place sur la planète. Mais c'est précisément sur la honte qu'est fondé le ressort révolutionnaire, comme nous l'ont appris les insurgés de 1789. Cette révolution, elle est en marche : insurrections des consciences ici, insurrections de la faim là-bas. Elle seule peut conduire à la refondation du droit à la recherche du bonheur, cette vieille affaire du XVIIIe siècle. Jean Ziegler, qui témoigne ici d'une connaissance exceptionnelle du terrain, y appelle sans réserve en conclusion.


La France rebelle

De la tourmente du 21 avril au succès du 29 mai, des émeutes urbaines de novembre 2005 aux manifestations contre le CPE : les temps sont riches pour le scrutateur de la France rebelle, éprouvants pour la société. En cette année cruciale politiquement, alors que le pays semble suspendu à l'échéance présidentielle de 2007 - ou à l'attente d'une explosion sociale supérieure à celles que nous venons de connaître -, la cartographie des foyers et des acteurs de la rébellion est dense et notre choix celui de l'ouverture pour rendre compte de la pluralité et de la diversité des mouvements d'opposition. Des groupes conservateurs, voire réactionnaires, trouvent ici leur place aux côtés d'autres, de sensibilité et de projets diamétralement opposés, non pas dans un objectif d'amalgame ou de dénonciation, mais suivant le constat, dépourvu de tout jugement moral, de traits communs par-delà leur opposition de nature. Les uns comme les autres sont contestataires de règles du jeu communément admises et d'un ordre, au sens le plus large qui soit. Les mouvements utilisant la lutte armée, comme les nationalistes corses, figurent avec ceux qui privilégient les modes festifs. Grave ou légère, sombre ou souriante, majeure ou mineure, évidente ou limite, la rébellion est tout cela à la fois. Un outil précis, un ouvrage rédigé par une équipe de 27 chercheurs, une plongée dans les arcanes de la contestation pour penser la rébellion et son corollaire le politique.


Xavier Crettiez est professeur de science politique à Versailles Saint-Quentin. Isabelle Sommier dirige le Centre de recherches politiques de la Sorbonne (CRPS-CNRS) et enseigne à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne.

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