Monday, June 06, 2011

Le retour du délit de blasphème




Par jean Robin

Le nouvel intégrisme religieux de la nouvelle extrême droite s’incarne également dans un retour du délit de blasphème, qu’on croyait ne jamais revoir en France après la période des Lumières. Que nenni.

Le front cette fois est très large puisque ce sont à la fois au nom des Juifs et au nom des musulmans qu’on réclame ce délit de blasphème. Ainsi en 1990 une loi, la loi Fabius-Gayssot, a érigé en véritable religion moderne la Shoah, qu’il devenait interdit de nier sous peine d’encourir les foudres de l’Inquisition, pardon des Tribunaux. En 1996 l’écrivain Michel Tournier résuma mieux que personne ce retour du délit de blasphème : « Lisez les journaux, les livres, ils ne parlent que de Dieu. On va vers un siècle religieux, Malraux avait totalement raison. Vous n'avez qu'à voir ce qui se passe avec la loi Gayssot, qui vous punit de prison si dans vos écrits vous mettez en doute les crimes commis contre l'humanité par les nazis. C'est le retour du blasphème, ce qui était absolument impensable voilà un siècle. C'est Salman Rushdie. L'Iran a Salman Rushdie, la France a Roger Garaudy. Je suis ni pour ni contre mais je constate le phénomène, on entre vraiment dans une ère religieuse. »

Il y avait les hérétiques, il y a désormais les négationnistes (ou révisionnistes, c’est selon). Réviser l’histoire en fonction des découvertes nouvelles, ce qui est à la base de la recherche historique et scientifique, était par là même interdit.

Autre exemple : les caricatures iraniennes de la Shoah. Pour répondre aux caricatures de Mahomet faites par l’Occident, le président iranien décidait d’organiser un concours pour défier le blasphème occidental de la contestation de la Shoah. Des dessinateurs venus du monde entier s’en donnèrent à coeur joie pour dessiner des chambres à gaz qui n’existaient pas, entre autres choses. Pari réussi : aucun média français n’osa publier ces caricatures. Seul l’auteur de ces lignes proposa au responsable de ces caricatures d’en faire un livre, mais celui-ci refusa, ce qui permet de dire aujourd’hui qu’elles n’ont pas été censurées en France. Ouf, l’honneur du pays est sauvé par un petit éditeur de rien du tout.

Ce concours de caricatures était donc une réaction à la déferlante qui suivit en Europe et dans le monde la publication de caricatures du prophète musulman Mahomet. Des émeutes,Idem quand nous mangeons, il faut absolument faire attention au gras, aux AJR, au cholestérol, aux acides gras saturés, au taux de sucre, au taux de sel, à l’amidon, et aux fruits et légumes que les publicitaires nous recommandent, forcés qu’ils le sont par la loi, de manger 5 unités par jour tout en n’oubliant jamais de faire du sport… Les femmes que peignaient Rembrandt étaient belles parce qu’elles avaient de l’embonpoint, nos femmes perdent des bons points quand elles ne ressemblent pas à une brindille anorexique !

La culpabilisation est permanente, et nous rend d’autant plus schizophrène qu’on nous pousse dans le même temps à toujours plus consommer. Les créatifs ont donc imaginé pour nous de nouveaux concepts permettant de pratiquer ce grand écart sans la moindre souplesse ni fatigue, tels que light (allégé en français), bio (pour biologique, comme si les autres produits étaient artificiels), ou encore 0 % (ajoutez au choix « de matière grasse », « de cholestérol », « de goût »…). Nous avons importé cette mode des USA, en même temps que le politiquement correct (je vous renvoie au chapitre correspondant), ce qui est loin d’être une coïncidence. La France, pays historique du bien vivre et des bons vivants, du foie gras et du paradoxe français, se plie au diktat de ce nouvel ordre moral. « C’est pour notre bien » n’a-t-on de cesse de nous répéter, alors nous y croyons comme les enfants croient au Père Noël.

Tout comme nous croyons que les radars placés sur nos routes et nos autoroutes servent à nous protéger. En réalité, ils sont surtout placés là où les accidents n’arrivent pas, mais là où les lignes droites dégagées se trouvent ! Comme l’a démontré le journaliste Jean-Luc Nobleaux dans son livre Radars : le grand mensonge, ils servent surtout à nous ficher, à nous fliquer et à nous racketter : « Certains se battent pour le droit d'aller et venir sans être observé, mais le problème est plus large : le droit d'aller et venir lui-même est menacé. Sur le terrain, le citoyen est de plus en plus spolié, sommé de choisir entre sécurité et liberté. Problème : notre liberté se réduit comme peau de chagrin pendant que la sécurité promise se perd en route. Sous prétexte d’écologie, de solidarité, de délinquance, de sécurité routière, que sais-je, l’Etat contraint, surveille et taxe toujours plus le citoyen lambda, puis communique sur des améliorations souvent factices grâce à des chiffres et conclusions plus ou moins bidonnés. »

Répression et hygiénisme sont les deux mamelles du nouvel ordre moral que nous subissons tous quotidiennement, sans même nous en apercevoir le plus souvent tant nous l’avons intériorisé au fin fond de nous-mêmes, « pour notre bien ». Rien n’est plus faux.

Encore plus récemment, nos énarques et autres oligarques nous ont pondu un projet de loi pour taxer l’air ! Cela nous pendait au nez depuis longtemps, mais on se demandait encore comment ils trouveraient le moyen de nous faire avaler cette pilule-là. Avouez qu’il faut se lever de bonne heure. Eh bien c’est simple, prenez un ancien Premier Ministre, des raisons écologiques, faites saisir le tout au plein milieu de l’été et vous obtenez le projet de la « taxe carbone. » Par exemple on annonce une augmentation de 7 cents par litre d’essence, alors que c’est déjà le plus taxé au monde. Formidable, on en redemande !

Prenons comme dernier exemple l’antiracisme, déjà abordé dans un autre chapitre mais qui a tout à fait sa place dans celui-ci aussi. Les moralisateurs sont au pouvoir aujourd'hui. Les antiracistes traquent le racisme en soi et chez les autres comme le chrétien chassait le péché en lui-même et chez les hérétiques. Mais l'aspect principal est surtout la volonté d'être fréquentable, c’est-à-dire compatible avec certaines valeurs morales. Les médias sont d'ailleurs friands de cette idée, reprochant au moindre homme politique ses fréquentations d'hommes « peu fréquentables ». Cette idée de fréquentabilité concorde avec celle d'une certaine droite bourgeoise du 19ème siècle, dont le but était avant tout de ne pas faire de vagues. Une droite bourgeoise incarnée, en quelque sorte, par l'Ordre moral de Mac-Mahon... Ce procédé n’est pas sans rappeler un ouvrage qui se trouvait dans la bibliothèque des familles catholiques bienpensantes des années 1930 : Romans à lire, Romans à proscrire, essai de classification au point de vue moral des principaux romans et romanciers depuis l’an 1500, d’un certain abbé Louis Bethleem. Les membres de la nouvelle extrême-droite sont devenus les abbés Bethleem de notre temps. La morale dominante aujourd'hui n'est rien d'autre qu'une forme d'hérésie judéo-chrétienne. Cet ordre moral a ses petits flics (Gérard Miller, BHL, Noël Mamère, Caroline Fourest, etc.), et sa police politique (Act Up, SOS Racisme, Greenpeace, RESF, etc. qui vivent principalement de subventions publiques). Et les moutons sont bien gardés.

Il serait difficile de dater précisément cette interdiction des débats, puisqu’elle fut progressive, régulière et sournoise. La censure des régimes totalitaires est devenue chez nous une auto-censure, d’autant plus difficile à identifier et donc à combattre qu’elle a lieu dans les têtes.

Il est essentiel de citer à ce sujet l’excellent et éminent sociologue Raymond Boudon dont l’analyse est particulièrement pertinente :

« Dans les régimes dits "libéraux", le conformisme, si marqué soit-il, est d'une toute autre nature. Il ne renvoie pas à une doctrine officielle appuyée sur un bras séculier ; il est insinuant et diffus. Ce conformisme constitue, lui aussi, une censure ; mais cette censure ne ferme pas les journaux, ne condamne pas les "dissidents" à la prison, à l'exil ou à l'hôpital psychiatrique. Marcuse a parlé à ce propos de "tolérance répressive".

En fait, le conformisme dans les régimes "libéraux", qui ne saurait être confondu avec le conformisme totalitaire, se caractérise par trois traits. Il s'en tient à l'implicite et préfère présenter ses dogmes comme des évidences "scientifiques", comme on le voit par l'exemple des diverses idéologies qui ont cours dans l'ordre pédagogique ou économique. En deuxième lieu, la défense du conformisme n'est pas directement assumée par l'Etat. Les "listes noires", l'étouffement par le silence remplacent le camp de concentration. En troisième lieu, la censure du point de vue cognitif constitue moins un mécanisme de répression qu'un mécanisme d'inhibition. Elle appauvrit le champ des possibles parmi lesquels notre esprit pourrait exercer sa capacité d'élection. Elle ne nous interdit pas telle pensée, elle nous détourne de nous y arrêter. Elle surveille plus qu'elle ne punit. Comme elle n'est pas strictement centralisée, elle procède par addition de biais cumulatifs, qui produisent un consensus sur des "croyances négatives" plutôt que sur des "croyances dogmatiques". »

Il existe ainsi quantité de débats qui sont devenus interdits, soit parce qu’on n’a pas le droit de mentionner une thèse, soit parce qu’on n’a pas le droit de mentionner le sujet. Le domaine de l’écologie est particulièrement riche en sujets du premier genre par exemple. Sur le réchauffement climatique, le développement durable, le commerce équitable, la corrida, les OGM ou encore les éoliennes, une seule version est possible, l’autre étant diabolisée. Vous niez le réchauffement climatique, même scientifiquement ? Vous êtes négationniste. Vous êtes contre le développement durable ? Vous êtes un irresponsable. Vous pensez que le commerce équitable ne l’est pas pour tout le monde ? Vous pensez mal. La corrida est importante à vos yeux, en ce qu’elle incarne une tradition et un symbole pour le combat de l’homme contre la nature ? Vous êtes un être cruel. Les OGM peuvent sauver des milliards de personnes de la famine dites-vous ? C’est utopique, en fait vous voulez affamer la planète en donnant les clés de l’agriculture mondiale à une poignée de multinationales semencières. Vous êtes contre les éoliennes ? Mais vous n’avez donc aucun coeur, ni aucun esprit pour penser une bêtise pareille ?

Ce n’est pas un hasard si les écologistes ont su empêcher tout débat serein sur les questions d’écologie. Bien que théoriquement descendants spirituels de Gandhi, ils ont déplacé la violence physique dans la violence verbale. Si vous n’êtes pas d’accord avec eux, vous incarnez le mal. Aucune discussion, aucun débat n’est nécessaire de ce point de vue, puisqu’ils ont raison, et les autres ont tort. A quoi bon débattre ? Pourtant le consensus est loin d’exister parmi les scientifiques sur le réchauffement climatique ou les OGM. Le commerce dit équitable est loin de l’être pour les paysans français qui voient des produits étrangers remplacer les leurs sur les étagères des grandes surfaces. Quant aux éoliennes, bien des faits semblent démontrer, quand on ose en prendre connaissance, que cette énergie alternative est non seulement polluante, tant du point de vue du paysage que des matériaux employés, mais aussi coûteuse et génératrice de très peu d’électricité.

Hélas, l’écologie n’est pas le seul domaine à voir les débats se fermer les uns après les autres, sans d’autre raison que la prise de pouvoir du politiquement correct. Tous les thèmes qui touchent à la morale deviennent interdits sous prétexte qu’en en défendant une version plutôt qu’une autre, on serait réactionnaire, intégriste voire, l’expression est de circonstance, d’extrême-droite. Que ce soit la peine de mort, l’avortement, et de plus en plus l’euthanasie, il est devenu obligatoire d’être du bon côté de la barrière, car il n’y a plus de débat. Il faut être contre la peine de mort, pour l’avortement et pour l’euthanasie. Inversez un seul de ces « pour » et de ce « contre », et vous êtes dans le mauvais camp, le camp du mal, le camp honni.

Pourtant, avant l’abolition de la peine de mort par Robert Badinter, celui-ci était invité sur tous les plateaux de télévision pour en débattre, justement. Il avait face à lui un père de famille dont un enfant avait été assassiné par un multi-récidiviste, et qui expliquait qu’être pour la peine de mort était la moindre des légitimités. Aujourd’hui ce père de famille n’oserait plus dire cela devant une caméra de télévision, de peur d’être traité de tous les noms par la suite, c’est pourquoi il n’oserait même plus penser qu’il est encore possible d’être pour la peine de mort. Badinter lui-même l’a déclaré solennellement : être pour la peine de mort, c’est être contre les droits de l’homme. Fermez le ban.

D’autres thématiques sont désormais interdites de débat, cela va de l’évolutionnisme non darwinien à la pédophilie en passant par les complots, l’Islam, les Juifs, la publicité, la

critique des médias, le nucléaire et tant d’autres. Un panorama bien plus exhaustif se trouvera dans le dictionnaire des débats interdits à paraître aux éditions Tatamis, pour ceux que cela intéresse dans le détail. Vous y trouverez les modalités de l’interdiction, l’historique, les arguments prohibés et bien d’autres choses encore sur les débats interdits en France. En voici un extrait particulièrement parlant :

« Des scientifiques défendant le point de vue que le réchauffement climatique n’est pas ou très peu dû à l’activité humaine se sont vus traiter de « négateur » :

« Timothy Ball, ancien professeur en climatologie à l'Université de Winnipeg au Canada, a reçu cinq menaces de mort par courriels après avoir relevé des soucis sur le degré d'influence de l'homme sur le changement climatique. L'un des courriels l'avertissait que, s'il continuait à oser prendre la parole, il ne vivrait pas plus avant pour voir le réchauffement global. « Les gouvernements occidentaux ont tari des milliards de dollars pour les carrières [scientifiques] et les instituts et ils se sentent menacés, » a dit le professeur.

« Je puis tolérer être qualifié de sceptique parce que tous les scientifiques devraient être des sceptiques, mais ensuite ils ont commencé à nous traiter de négateurs, avec toutes les connotations à l'Holocauste. C'est une obscénité. C'est vraiment moche et personnel. »

Plus récemment, en France, c’est Noël Mamère qui employait ce terme à son tour : « On voit bien que le réchauffement climatique qui est à l’oeuvre, quoi que dise Allègre et quelques autres négationnistes… »

Et encore plus récemment, le botaniste David Bellamy, auteur de 35 livres et présentateur d’émissions sur la nature pendant 10 ans à la BBC, a été viré pour avoir déclaré ne pas croire à la responsabilité de l’homme dans les phénomènes de réchauffement ou de refroidissement climatique. Cerise sur le gâteau, il avoue dans une interview du Sunday Express avoir été accusé d’être un « Holocaust denier », négationniste en français. »

Un débat est beaucoup plus facile à fermer qu’à ouvrir. Argumenter est un travail, mais calomnier relève d’une paresse et d’une facilité infinies. Les partisans de la nouvelle extrême-droite usent et abusent de l’anathème et de l’invective pour éviter et/ou clore le débat. Ils traitent leurs contradicteurs de nazis, d’extrême-droite, d’antisémite, de négationniste, de propos nauséabonds, etc. pour éviter d’avoir à répondre à leurs arguments dérangeants. Quand Thierry Ardisson me traite d’antisémite sur l’antenne d’Europe 1, c’est pour ne pas avoir à répondre de l’accusation grave que je lui lance publiquement : avoir plagié 60 pages et non 6, dans 6 livres et non dans un seul comme il le prétend. Alors qu’il ignore que je suis d’origine juive et que j’ai vu une partie de ma famille partir en fumée lors de la Shoah, Ardisson s’en tire haut la main puisqu’il a fait diversion tout en se retrouvant dans la position confortable de l’accusateur. De même, Bernard Kouchner accuse Pierre Péan de verser dans l’antisémitisme alors que celui-ci vient de révéler des agissements pour le moins compromettants pour le ministre des affaires étrangères, mais le tort de Péan serait d’avoir employé le terme « cosmopolitisme ». Dernier exemple, Claude Ribbe accuse Dieudonné d’être antisémite et d’alimenter une hiérarchie des souffrances. Pourtant le livre de Ribbe, Le Crime de Napoléon, compare la Shoah à l’esclavage, Napoléon à Hitler et les gaz dans les bateaux de négriers aux chambres à gaz. Pire encore, il est le nègre littéraire du général Aussaresses, tortionnaire en Algérie. Plus on a de choses à cacher, plus on a la gâchette rhétorique facile.

Il est si facile de créer des boucs émissaires, d’hurler avec les loups et de chasser en meute. Autrefois, les Juifs étaient les principaux boucs émissaires, ce qui aurait dû nous faire comprendre que cette méthode était à proscrire. Pourtant dans notre société actuelle, on cherche systématiquement un bouc émissaire au moindre dysfonctionnement, au lieu de formuler un raisonnement cohérent et argumenté, loin des personnes et proche des faits. Or le débat est impossible dans un système basé sur les boucs émissaires. Seule la violence est possible, physique et/ou verbale selon les cas. Et c’est normal : quand on ne débat plus, on en vient aux mains.

Même dans le cas où il y a violence, celle-ci n’est pas condamnée puisqu’elle s’exerce au nom du Bien contre le Mal, de la lumière contre les ténèbres, de la vérité contre le mensonge. Toujours ce même ressort psychologique permettant de tout justifier. Ainsi quand Jacques Chirac refusa de débattre avec Jean-Marie Le Pen entre les deux tours de 2002, personne ne lui en tint rigueur. Il n’allait pas donner à la bête immonde le moindre temps de parole, c’eût été jouer son jeu. La démocratie et ses règles ne comptaient plus, car au nom de la démocratie il fallait bafouer l’une de ses règles les plus importantes : le débat.

Ainsi les grands médias, presse, radio, télévision, organisent et assurent désormais la pauvreté des débats, en limitant la diversité des invités, en limitant les débats, en limitant les directs, en limitant la prise de parole du peuple. On invite quelqu’un à venir parler dans le poste non pas pour la qualité et/ou l’importance de ce qu’il a à dire, mais parce qu’il connaît bien le présentateur de l’émission, ou qu’il lui a rendu un service, ou qu’il lui en rendra un. On voit toujours les mêmes, ces invités qui ont leurs ronds de serviette dans les émissions les plus regardées, et généralement plus ils sont invités moins ils ont de choses importantes, intéressantes ou utiles à dire. La liste des intellectuels n’étant jamais passés à la télévision est longue, bien plus que la liste de ceux qui y passent une fois par semaine, par mois et par an réunis. Le sociologue Raymond Boudon, cité précédemment, n’est passé qu’une seule fois à la télévision française alors qu’il est un des sociologues français les plus connus et reconnus dans le monde. Qui plus est, lors de son passage télévisé, en 1985, il avait face à lui un certain Bernard-Henri Lévy, qui lui coupa sans arrêt la parole. Tout un symbole.

Serge Halimi l’avait bien fait remarquer dans son petit ouvrage Les nouveaux chiens de garde, même s’il faut bien dire que lui-même refuse les débats télévisuels au prétexte qu’il lui faudrait plus de temps de parole qu’à ses contradicteurs, vu le déficit de temps de parole qui existerait déjà au préalable. En raisonnant comme cela, on n’arrive pas à grand-chose. Pour qu’il y ait débat, encore faut-il qu’il y ait des débatteurs ! Justement, le problème de notre société libérale vient du fait qu’un consensus mou s’impose de lui-même sur tous les esprits, qui ne veulent plus s’opposer, mais vivre en paix. La politique n’est pourtant rien d’autre qu’une lutte d’intérêts, de pouvoirs et de visions contradictoires de la société ! Mais une société pacifiée fuit le débat parce qu’elle fuit le conflit.

L’unanimité doit régner, et celui qui brise cette unanimité est montré du doigt comme étant extrémiste, marginal, anormal ou violent. C’est donc le contraire de la diversité prônée à longueur de temps.

Nous avons vu que ceux qui dénoncent le plus l’extrême-droite sont eux-mêmes le plus d’extrême-droite, de même, ceux qui dénoncent le plus la pensée unique sont ceux qui cherchent le plus à l’imposer et à la maintenir en place. « Pensée unique » est une expression parfaite pour tous les manipulateurs en herbe, car elle peut vouloir dire tout et n’importe quoi. Tout le monde est d’accord pour critiquer la pensée unique, mais personne ne veut voir cette pensée unique de la critique de la pensée unique.

Nous baignons dans un monde orwellien sans même nous en rendre compte, ce qui démontre la réussite de l’entreprise et la vision de l’écrivain de 1984. Le nazisme révolte tout le monde car il était une hygiène du corps, par contre notre système ne révolte personne alors qu’il est une hygiène de l’esprit. Les pensées étant la mère des actes, il ne devrait pourtant pas être plus grave de liquider des corps que de liquider des idées. Ce que les anglo-saxons nomment le « brainstorming », littéralement la tempête des cerveaux, et qui signifie qu’on peut dire toutes les idées qui nous passent par la tête, s’est transformé en « brainwashing », littéralement le lavage de cerveaux. Et tant qu’il a du pain et des jeux, le peuple s’en contente, comme jadis à Rome. Gare à la chute…

Extrait de l'ouvrage de Jean Robin « La nouvelle extrême-droite » offert par les Editions Tatamis http://www.tatamis.fr/ , dont il est le gérant.

Lisez-le, téléchargez-le, envoyez-le, offrez-le, faites-le lire, il est en version numérique pour qu’un maximum de personnes puissent le lire et le faire lire. 50 pages, en 1h ou 2 vous l’aurez terminé, et en 3 minutes vous l’aurez imprimé si vous préférez lire sur papier (choisissez l’option impression rapide pour économiser de l’encre).

Télécharger gratuitement « La nouvelle extrême-droite »
http://www.r-i-f.org/pages/lanouvelle.pdf


Thierry Ardisson & Jean Robin 





La nouvelle extrême-droite 

L'expression « extrême-droite » a été, sans doute, l'accusation la plus employée ces 30 dernières années en France pour exclure du cercle dit républicain tout un pan de la population et des idées qu'elle défendait. Pourtant les langues commencent enfin à se délier, sur ce qui pourrait s'avérer être une des principales manipulations de l'opinion contemporaine. Un ancien Premier ministre a même déclaré publiquement en 2007 que cette lutte antifasciste « n'était que du théâtre » (alors qu'il y avait lui-même largement participé). Mais alors à quoi et à qui pouvait bien servir ce théâtre ?

Ce livre démontre que plus les mouvances qu'on qualifie d extrême-droite devenaient républicaines, plus les partis du cercle dit républicain devenaient d'extrême-droite. D'où l importance d'accuser l'autre de ce qu'on est, pour mieux cacher qu'on l'est.

L'extrême-droite classique ayant quasiment disparu du paysage politique français, c'est une nouvelle extrême-droite qui la remplace, mais elle est bien plus puissante et dangereuse, puisque pratiquée au nom du Bien contre le Mal, donc en ayant enrôlé bon nombre d'esprits bien intentionnés croyant être dans le bon camp. Ce fut déjà le cas de tous les totalitarismes.

Les proportions qu'a prises cette nouvelle extrême-droite ne doivent pas nous décourager de lutter contre elle, de toutes nos forces, et cela commence par comprendre en quoi il s agit d'une nouvelle extrême-droite. On ne saurait lutter efficacement contre ce qu'on ignore.
Biographie de l'auteur :

Jean Robin, né en 1978, est le fondateur des éditions Tatamis. Il est notamment l'auteur de La position du missionnaire, Alain Finkielkraut décrypté, de La Judéomanie et du Petit dictionnaire des débats interdits (mais légaux). Il anime le site enquete-debat.fr.






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