Wednesday, June 22, 2011

Les libertins (Chine, Islam)




Le libertinage n'est pas un phénomène exclusivement européen, français et anglais notamment. C'est une tendance de l'esprit humain qu'on retrouve peu ou prou sous toutes les latitudes. Nous donnerons, à titre d'illustrations, l'exemple de la Chine et celui de l'Islam.

Les libertins de l'Empire du milieu

À la fin du IIIe siècle, en Chine, l'administration impériale des Han tombe en décrépitude, le meurtre et le banditisme entrent dans les mœurs. Des libres-penseurs avant la lettre se regroupent, par exemple dans la société des « Sept sages de la forêt ».

L'un des membres de cette société, Liu Ling (vers 225-vers 280), reste célèbre dans les mémoires pour avoir écrit un poème et un seul, l'Éloge du vin. Il recevait ses visiteurs tout nu en leur disant : « Le ciel et la terre sont ma maison, cette chambre ma culotte. Qui vous a permis d'entrer dans ma culotte ? » Xi Kang (vers 220-260) fut mis à mort pour avoir fait le procès des coutumes chinoises et du confucianisme.

Bao Jingyan, lui, est un véritable anarchiste. « Ni dieu ni maître » semble être son slogan. Et Wang Yan et ses compagnons, tous des grands seigneurs qui vivent en nudistes, dénigrent l'organisation sociale et passent leur temps à méditer sur le vide. Un signe de reconnaissance pour la société qu'ils forment : essuyer sur son vêtement la poussière du monde. Wang Yan feignait d'être fou pour échapper à ses devoirs, et il fut assassiné. Ses manières ne mettaient-elles pas l'ordre établi en danger ?

En terre d'Islam

L'Islam n'est pas un bloc, comme on a trop tendance à le croire. Quelle que fût, et quelle que soit, la prégnance de la théocratie musulmane, elle suscita un mouvement d'opposition. À peine Mahomet était-il mort que quelques-uns de ses adeptes s'interrogèrent pour savoir si le moment n'était pas venu de laisser là son œuvre religieuse et ne se préoccuper que de son œuvre politique. Candeur ? Cynisme ? L'Europe n'a pas connu l'équivalent d'un tel réalisme.

À Bassora, au Xe siècle, les « Frères de la pureté » composent des traités encyclopédiques tout en se réclamant d'Aristote et de Platon et en affirmant qu'aucune religion ne détient la vérité. Al Ashari et son disciple Al Baquillani vont jusqu'à penser que le Coran, loin de constituer une immuable perfection, aurait pu être meilleur si Dieu l'avait voulu.

Al Farabi, lui, n'a pas besoin de l'idée de Providence pour donner cohérence à son système : la raison suffit, à son avis, pour humaniser l'homme et le monde.

Le poète Abu el-Ala Al Maari, enfin, s'oppose aux oulémas. Il apparaît comme un rationaliste, et il déclare qu'il est possible de réaliser son salut dans n'importe quelle religion pourvu qu'on l'ait sincèrement choisie. Il nie la mission des prophètes et des Livres saints. Ce poète introduit un « doute méthodique » et des commentateurs ont vu en lui un précurseur des Lumières.

André Nataf



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