Sunday, July 10, 2011

L’État Naturel




« L’esprit a la substance de l'espace. Il peut tout contenir, mais il n’est pas ce qu’il contient. Comme l’espace, il est dépourvu de toute particularité. Réaliser la nature de l’esprit par le samâdhi est donc saisir, dans un bond fulgurant de l’intuition, que l’espace est notre substance même, et en faire l'expérience immédiate. C’est dans ce sens que lien et libération sont des fictions produites par l’ego car l’esprit fondamentalement n’a jamais été lié. Il n’y a rien d’autre à réaliser et c’est la tâche la plus ardue parce que trop simple. »
Daniel Odier


Le retour à la Nature

Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché ;
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres ! »
(Gérard de Nerval, Vers Dorés)


« Son esprit doit être comme un vajra (éclair) capable de pénétrer tous les dharma. Son esprit doit être comme une montagne : imperturbable dans toutes les situations".
(Nâgârjuna, Bodhisambhâra, 117)

"L’Esprit Universel pénètre tout dans l’Univers, mais il n’est pas aussi reconnaissable dans les objets inanimés qu’il ne l’est dans les choses animées. Seul un être réalisé peut voir avec sa vision spirituelle, l'esprit omnipénétrant dans les rochers, les minéraux. Il sait précisément que le monde des êtres sensibles et des êtres insensibles, n'existe pas en dehors de l'illusion des ignorants, qui prennent l'Esprit Suprême pour le monde irréel." (Bhagavan Nityananda).

« yastu sarvâni bhûtânyâtmanyevânupashyati sarvabhûtesu câ smânam tato na vijugupsate »
(Ishâvâsyôpanisad, Yajur Veda blanc)

Celui qui voit (pashyati) toutes choses (sarva bhûta) dans l’Atman seul (eva), et l'Atman en toutes choses ne méprise pas (jugupsanam, blâme, censure, dégoût).
Comment voir le Quatrième État (Atman = Turiya) dans visvam, l'état de veille ? Notamment, par la Bhairavî Mudrâ, qui "éveille" du samâdhi sans "rompre" le samâdhi ; il s'agit de fixer une chose, en ayant l'attention absorbée dans le crépuscule de la veille et du sommeil ; la chose est "vue" et non plus regardée ; elle est translatée du monde extérieur (bahis : bahu signifie multiple, nombreux : l'extérieur est associé à la multiplicité) au monde "intérieur", (amtar, qui est amta, fin et mort) – de visvam, ou jagrat, à taijasa, ou svapna - pour être "annihilée" dans Turiya, le non-état. La chose est ainsi dépouillée de sa réité, et le monde est aboli, parce que l'état de veille est résorbé, ou aboli. Le monde aboli, signifie que la surimposition seule, le "discours", est aboli. Le monde ôté du monde, "reste" le monde tel qu'en lui-même la vacuité ne le change pas. Cette "non-perception" est aussi l'abolition du "dialogue intérieur" facteur d'ahamkâra, de "moi". L'état naturel est un état "ante natum", et "ante ego" - "pré", c'est-à-dire purva, ancien. La nature est "avant" tout commencement, parce qu'il n’y a pas de commencement - A ne peut être l'initium, car il doit être précédé d’un autre "moment". C’est aussi l'"état" préperceptif, car la perception est une affaire de "nom" (nâman), mais elle n’a aucune "réalité. Pour qu’il y ait perception, il faudrait qu’il y ait concomitance du percevant, de la perception, et du perçu (vijnâna apparaît en dépendance d’un objet de perception, vyneya, et le sujet de conscience, vijnatr, est ainsi aussi codépendant ; comme les trois temps, les trois éléments de la perception sont vides, c’est-à-dire mutuellement dépendants, anyonyâshraya, et ainsi en inexistence mutuelle, anyonyâbhâvah). La perception "extérieure" ou "objective" de l’état de veille, et "intérieure" ou "subjective" de l'état de rêve, n’est qu’un mirage, car perception, percevant et perçu n’ont aucune nature propre, aucune existence.

« Sarvam ca ujyate tâsyâ shûnyatâ yasya yujyate », qui est en connexion avec la vacuité est en connexion avec tout, dit Nâgârjuna.

Ceux qui croient en la substantialité de la "conscience" (vijnâna), du "mental" (citta) ne sont pas "partout" - ils ne sont que dans leur minable petite sphère "humaine", qui n'est qu’une surimposition. Ressortissant au mental, ils ont peur de la nature, de leur nature, car ils ne "contemplent"  que leur condition. Ils ont ainsi édifié une "société" (samgah) "humaniste", c'est-a-dire retranchée de la nature, donc de l'esprit - ainsi, "surimposée". Ils ne voient pas que les dharma, les "choses", les "phénomènes" (ce qui apparaît), n’ont aucune réalité en soi, ni pour soi, etc ; que la nature des trois natures (parikalpita, illusoire, n'ayant pas de "fundamentum in re" ; paratantra, relative, mondaine, conventionnelle - Samvrtti Satya, Vyavahara Satya ; parinispana, suprême, "absolue"- paramârtha satya) est la vacuité - asvabhavatva, la non-substantialité, la non-entité, la non-identité, la non-différence, l'inexistence du tout et de la partie, l'inexistence de l'inexistence. Ils confondent la surimposition mentale avec le "fond sans fond". L'espace n’a pas de base, le temps n’a pas de base, ces deux données sont contradictoires, "conventionnelles", et sont les récipients vides d’un univers (idam) dépendant de la connaissance, laquelle dépend de l'univers. Ils ne voient pas que la nature "de citta, du mental, est Mâyâsvabhava, illusoire. Fixés à un monde, englués dans l'être et le non-être, ils prennent leur discours pour la réalité. Mais la réalité n'a pas de discours.
Bernard Dubant, « L’État Naturel ».



L'État Naturel


L'essence de l'hindouisme, du Sanatana Dharma, n'est pas une connaissance spéculative ; c'est « l’État Naturel », le « Quatrième État », auquel les trois états d'ignorance – veille, rêve, sommeil – se surimposent.





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