Monday, July 25, 2011

L'intériorité à notre époque





En ces temps de bouleversements culturels et religieux, le message d'intériorité de l’Inde est plus urgent que jamais. Les vieux mythes sont tous bousculés et tout autant les systèmes de pensée qui prétendirent en prendre la relève. Une atmosphère de relativisme généralisé a envahi les esprits ; l'homme a été arraché de ses bases traditionnelles et il ne sait plus où reprendre pied.

L'Eveil

L'état de veille sans aucun doute est bien supérieur aux états de sommeil avec rêve, et de sommeil profond, - ces trois états de conscience de l'homme sur lesquels les Voyants upanishadiques aimaient tant faire méditer leurs disciples. Cependant cet état de veille lui-même est loin d'être un état idéal et une unique source de plaisirs, de plénitude et de satisfaction pour l'homme. Il est sujet à d'innombrables liens et limitations c'est-à-dire à la condition du samsâra - être dans le monde et dépendre de lui - condition absolument insupportable pour quiconque aspire à la liberté et la libération dans la tradition bouddhiste ou hindoue.

Dans l'état de veille, ma conscience d'être moi-même est évidemment liée - donc aussi limitée - aux actions de mon esprit et de mon corps par l'intermédiaire desquelles je prends conscience d'être, d'être moi-même. Ma paix, mon bonheur sont conditionnés par ces « événements » de ma vie ; tant par ce qui arrive au-dehors et qui est reçu par mes sens que par tout ce qui se passe au-dedans de moi-même ainsi que par les activités inconscientes de la psyché qui nous ont été révélées par la psychologie moderne. S'il fait beau, je suis heureux, si j'ai mal aux dents je souffre. Si je reçois de bonnes nouvelles, je suis excité, si j'en reçois de mauvaises, je suis abattu. D'où cette peur qui sous-tend toute mon existence : bhayam l'un des mots-clefs des Upanishads, quelque chose comme l'« Angst », (angoisse) de l'existentialisme, finalement la peur de la mort et de tout le processus de dépérissement/vieillesse qui culmine en elle, le sarvam dukham : tout est souffrance du Bouddhisme.

Pour surmonter cette peur et cette insécurité fondamentale de la condition humaine, l'homme s'est engagé sur différentes voies au cours de son histoire et dont les trois principales sont les suivantes :

Il y a d’abord la voie religieuse avec toutes ses ramifications depuis le culte le plus primitif des forces cosmiques personnifiées et des esprits jusqu’aux hauteurs spirituelles du Christianisme avec sa foi en la résurrection et la vie éternelle.

Il y a ensuite la voie philosophique. Le philosophe considère comme de purs mythes toutes les consolations de la religion et, l'espoir d'un au-delà, d'une éternité où toutes choses seraient rétribuées et compensées équitablement. Il considère la joie, la souffrance, tous les événements de la vie comme étant des « idées » et les contrecarre par d'autres idées, - nous pouvons songer ici aux Stoïciens par exemple, Tout est matière à penser, et affaire de volonté. Si nous devenons les maîtres de nos pensées et de nos décisions nous nous rendrons maîtres de notre destinée.

Enfin il y a le sage - après ou au-delà du saint, de l’homme religieux et du philosophe. Le sage considère que les consolations de la philosophie sont tout aussi extérieures que celles de la religion, qu'elles n'atteignent pas le cœur du problème car il a réalisé et non pas seulement imaginé ou pensé qu’il y a un niveau de l'Être, du Vrai, du Soi, en lequel lui-même est au-delà de tous les dvandvas - les paires de contraires - de sécurité/ insécurité (abhayam/bhayam), mort/vie (mrityu/amritam) etc.

Trois grandes Traditions sont témoins de cette intuition, les Traditions upanishadique, bouddhiste et taoïste. Leurs formulations peuvent être différentes, toute formulation étant inévitablement conditionnée par l’environnement culturel et linguistique, mais leur expérience fondamentale est identique.

Souffrance, douleur et joie, vieillesse, naissance et mort, tout cela appartient au niveau du monde phénoménal, sans être pour autant de l'imagination ou de l'illusion ; toutes ces choses sont évidemment vraies, à leur propre niveau. Il y a en l'homme un autre niveau, celui de l’Absolu, du permanent ; toutefois ce niveau reste hors d’atteinte, tant pour les sens que pour l’entendement ; nul ne peut l’obtenir ou l’atteindre par quelque pratique que ce soit - rituelle, ascétique, ni par aucune acuité mentale, cela ne peut être que « réalisé ». Cela est, tout simplement.

Henri Le Saux, « Initiation à la spiritualité des Upanishads ».


Initiation à la spiritualité des Upanishads 


Henri Le Saux (1910-1973), moine bénédictin à l'abbaye de Kergonan (Bretagne), quitte son monastère avec l'autorisation de ses supérieurs pour vivre en Inde. Il y rencontrera des sages, tels Ramana Maharshi et Gnânânanda. Grâce à sa connaissance du sanscrit, il s'adonne à la lecture des Upanishads. Envisagées dans une perspective chrétienne, celles-ci deviennent pour lui une véritable révélation du Soi à travers le soi. Elles lui enseignent les étapes du total renoncement donnant accès à la voie de la libération conduisant à l'éveil.

Initiation à la spiritualité des Upanishads groupe différents textes dont des traductions et des commentaires des Upanishads, et un article consacré au monachisme hindou, l'état de sannyâsâ, composé quelques semaines avant sa mort. Henri Le Saux est déjà connu par de nombreuses publications. Celles-ci permettent de suivre sa démarche de chrétien vivant en Inde l'expérience de l'advaïta (non-dualité). Il semble qu'aucun de ses ouvrages n'ait auparavant atteint une telle profondeur. Cet itinéraire relate la traversée de l'abîme qui sépare le monde de l'âtman de celui du Braman, le passage sur l'autre rive : celle de l'éveil.

Dom Le Saux, moine chrétien et sannyâsî, fidèle à sa vocation bénédictine, apporte à l'Occident le message de l'Inde. Celui-ci présente la voie suivie par les sages, les rishis, les sannyâsîs, c'est-à-dire par des hommes enracinés dans le Mystère et qui n'ont d'autre but que de le vivre intensément dans le secret. En cela ils sont les frères des grands mystiques chrétiens, tels les rhénans.

Ce témoignage ne peut que séduire ceux qui sont à la recherche de l' "éveil" et qui pour y parvenir souhaitent connaître le chemin qui conduit à "l'Autre Rive", celle de l'illumination. A une époque où les guides spirituels deviennent de plus en plus rares, le témoignage d'Henri Le Saux répond à un appel et à une nécessité.





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Séjour dans la jungle de Periyar


Le père Emmanuel Vattakuzhy, prête indien du diocèse de Kothamangalam (Kerala) a soutenu une thèse à l'université pontificale grégorienne (Pontificia Università Gregoriana) de Rome sur le sannyâsa chrétien dans la vie et la vision du père Le Saux. Avec l’accord de son évêque, le père a fondé un petit ashram dans la jungle de Periyar où il s’est retiré, accueillant des hôtes en quête de spiritualité.


Adresse : Santhi Sadan Avolichal, Neriamangalam P.O. 686693, Kerala (Inde).



1 comment:

  1. Super heureux de retrouver le nom de ce pèlerin. J'avais regardé un documentaire d'auteur sur son parcours indien où sa foi chrétienne converge puis se dissout totalement dans l'écriture védique. Mais le plus beau reste la fin, car cet homme connaîtra l'éveil sur un sentier himalayien et le décrira, conformément aux témoignages des éveillés les plus crédibles, comme quelque chose d'infiniment simple et proche. Ce qui confirme la véracité de son éveil, c'est qu'on entendra plus jamais parler de lui, comme ces vrais humbles éveillés de l'Inde qui savent l'inutilité de se manifester à la foule

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