Friday, August 26, 2011

Le Petit Livre Noir




"Le Petit Livre Noir" est un recueil de citations d'un proscrit de la culture officielle : Julius Évola. Gianfranco De Turris, préfacier du livre, écrit :

La pensée traditionnelle reste une boussole possible dans le chaos contemporain, elle qui avait annoncé en son temps ce qu'il allait advenir et qui avait proposé alternatives et remèdes. Comme on le sait, René Guénon et Julius Évola ont incarné deux voies, celle de la contemplation et celle de l'action, brahman et kshatryia.

Selon Évola, la voie de l'action (désintéressée et spirituelle) doit être conseillée pour deux raisons : d'abord parce qu'elle s'accorde mieux à la manière d'être occidentale ; ensuite, parce qu'ayant à vivre dans le Kali yuga, l'âge ultime de beaucoup de traditions non seulement orientales mais aussi occidentales, l'unique philosophie qu'on peut prescrire est celle des Tantra, celle qu'on appelle aussi la Voie de la main gauche.

Julius Évola (1898-1974) est un penseur complexe et multiforme, au sens où, au cours d'un demi-siècle d'une activité intellectuelle intense, il s'est intéressé, au niveau théorique et pratique, à de multiples questions, orientations de l'esprit, activités : il a été peintre et philosophe, poète et hermétiste, morphologue de l'histoire et politologue, critique des coutumes et sexologue, orientaliste et mythologue, spécialiste des religions et de la Tradition. Mais il a été aussi un alpiniste de valeur et un conférencier universitaire. Ceci devrait permettre, à ceux qui sont intéressés, de choisir un aspect particulier de sa pensée : souvent, pourtant, les thèmes multiples s'entremêlent et pourraient produire une certaine confusion. Il est donc devenu nécessaire, comme guide des idées évoliennes, d'établir une espèce de synthèse qui permette, d'un côté d'avoir un coup d'œil général de sa pensée, de l'autre d'effectuer un choix. Ceci, surtout pour les plus jeunes lecteurs.

En 1971, au plus fort des mouvements de contestation, j'avais formulé une idée de ce genre, afin de fournir une orientation aux générations prises dans ce bouillonnement qui, trente ans plus tard, devait accoucher de notre société. J'eus alors recours à un spécialiste, Giovanni Conti, qui avait élaboré à son usage personnel un choix de pensées évoliennes. C'est ainsi que Giovanni Volpe, fils du fameux historien Gioacchino Volpe, édita un petit volume d'extraits tirés des œuvres (livres, essais, articles et interviews) d'Évola et qui fut intitulé : Citazioni, il s'agissait d'une référence clairement provocatrice aux Citations des œuvres de Mao qui, à l'époque, circulaient parmi les jeunes en révolte sous le nom usuel de « Petit livre rouge ». Malgré l'inégalité de diffusion, les idées d'Évola furent méthodiquement opposées à celles qui symbolisaient alors la subversion. Indépendamment de ce qui se passa à l'époque,on peut dire que si plus personne, aujourd'hui, ne s'intéresse à la pensée du dirigeant chinois, les idées d'Évola continuent, elles, d'avoir toujours plus d'écho et de diffusion, non seulement en Italie mais également en France et ailleurs (Évola a été traduit aux États-Unis, en Roumanie, en Hongrie et en Turquie). L'édition française que nous présentons ici s'inspire du choix de citations qui avait été fait en 1972 et sort parallèlement à la nouvelle édition italienne qu'on a intitulée L'Évola portatif. Les deux éditions s'adressent aux nouveaux lecteurs d'Évola comme aux plus accomplis, en cherchant à leur offrir une synthèse acceptable de la pensée évolienne de façon à les guider dans leur choix. Julius Évola s'est toujours battu pour une révolution intérieure, une révolution spirituelle, cherchant à concilier le concept métaphysique de tradition avec le concept idéologique de la droite, et même d'une droite spirituelle comme il l'a souvent décrite. Évola resta paralysé à la suite d'un bombardement à Vienne en 1945.

Il fut ensuite accusé, lors d'un procès à Rome en 1951, d'avoir été le mentor d'un groupe de jeunes arrêtés pour «reconstitution du parti fasciste » et actes violents. Lors de sa défense, il revendiqua son appartenance à la Tradition, son adhésion au fascisme dans la mesure où celui-ci pouvait coïncider avec la Tradition, et son combat pour une révolution spirituelle plutôt qu'une révolution faite d'actes violents ou d'actions armées. Voilà pourquoi la pensée de Julius Évola est importante : d'un côté, sa Révolte contre le monde moderne est totale et il nous donne les causes de la crise de l'Occident ; de l'autre, il fournit des contre-mesures individuelles : pour sortir indemnes, spirituellement indemnes, de la crise générale ; pour affronter et vaincre le mal dont succombe l'Europe, le nihilisme ; pour ne pas se laisser entraîner dans cette perversion du sacré opérée par le néo-spiritualisme qui, aujourd'hui, a pris le nom de New Age ; pour ne pas se laisser conditionner par les faits et les idées de la dictature américano-centrée, de l'unanimisme progressiste, de la globalisation des marchés, de la standardisation des goûts et de la mode, en résumé de cette Société de la pleurnicherie, comme l'a décrite le critique anglais Richard Hugues, et dont le vrai visage est une pensée monolithique qui élimine les contradicteurs et rétablit dans certains pays européens le délit d'opinion afin de faire taire à tout prix ceux qui refusent de se conformer. Une fois tombées les dictatures communistes à l'Est, il semble que l'Ouest libéral-démocratique ait trouvé nécessaire d'adopter certaines de leurs méthodes afin de consolider les régimes démocratiques en place.Un tel panorama suffit à définir le bon combat, tel qu'il doit être pratiqué, c'est-à-dire indépendamment de ses résultats effectifs. De plus, il y a le côté positif et réaffirmatif : Évola ne s'adresse pas à celui qui se réfugie dans une tour d'ivoire, mais à celui qui, même à un niveau personnel, aime donner un témoignage, un témoignage de cohérence. Les attitudes extraverties ne sont pas nécessaires : il faut simplement, comme Évola l'a souvent écrit, faire ce qui doit être fait, selon l'ancienne maxime sanscrite ; le faire selon sa propre équation personnelle qui, évidemment, n'est pas la même pour tous. C'est en pensant justement à la diversité de ses lecteurs que le philosophe traditionaliste a écrit ses livres. Il l'a rappelé explicitement en différentes occasions : pour celui qui veut suivre la voie occidentale, il y a La Tradition hermétique et Le Mystère du Graal ; pour qui veut suivre la voie orientale, il y a La Doctrine de l'Éveil et Le Yoga de la puissance ; pour qui veut suivre une voie existentielle et intérieure, Chevaucher le tigre ; pour qui veut suivre une voie politique et extérieure, Les Hommes au milieu des ruines. Il ne peut y avoir d'équivoque dans les propos d'Évola. Même dans la synthèse que constitue ce bréviaire, il n'y en a pas. Aussi, nous espérons qu'il puisse constituer un guide agile et efficace le long des parcours variés de la pensée évolienne. Un bréviaire pour se soustraire aux méandres du chaos, pour échapper au labyrinthe du monde moderne.

Gianfranco De Turris, Président de la Fondation Julius Évola.



Le Petit Livre Noir 







Extraits :

L'Europe a créé un monde qui, dans toutes ses composantes, constitue l'antithèse irrémédiable et complète du monde traditionnel. Il n'y a pas de compromis ou de conciliation possible, les deux conceptions étant séparées par un abysse au-dessus duquel tout pont serait illusoire.
Impérialisme payen (1928)

Nous nous trouvons devant la loi qui domine toute la culture et toute la société d'aujourd'hui : au plan inférieur, l'orgasme industriel, les moyens qui se transforment en fins, la mécanisation, le système des déterminismes économiques et matérialistes, rythmés par la science - lié à l'arrivisme, à la course au succès des hommes qui ne vivent pas, mais sont vécus - et, à la limite, les nouveaux mythes évoqués d'un progrès indéfini, sur la base du service social et du travail comme but en soi et devoir universel ; au plan supérieur, l'ensemble des doctrines faustiennes, adventistes, bergsoniennes... Il ne s'agit pas d'action, mais de fièvre d'action. C'est la course vertigineuse de ceux qui ont été éjectés de l'axe de la roue et dont la course est de plus en plus folle à mesure qu'elle s'écarte du centre.
Impérialisme payen (1928)

Une infinité d'hommes sur une terre sans lumière, réduits à une pure quantité – et seulement à une quantité - rendus égaux par l'identité matérielle des parties dépendantes d'un mécanisme laissé à lui-même, tournant à vide et sans contrôle possible voilà la perspective qui est au bout de la voie économico-industrielle vers laquelle converge tout l'Occident. Et celui qui sent là poindre la mort de toute vie, l'avènement de la loi brute de la matière et le triomphe d'un fait d'autant plus effrayant qu'il ne repose sur personne, celui-là sent qu'il ne peut y avoir qu'un remède : rompre le joug de l'or, dépasser le fétiche social et la loi d'interdépendance, restaurer les valeurs aristocratiques, ces valeurs de qualité, de différence, d'héroïsme, ce sens de la réalité métaphysique contre lequel, aujourd'hui, tout se rebelle.
Impérialisme payen (1928)

La révolte peut être légitime quand elle agit sur une culture dans laquelle on ne trouve plus la moindre justification supérieure, une culture vide et absurde, mécanisée et standardisée, tendant elle-même vers le sub-personnel, vers le monde amorphe de la quantité. Mais quand il s'agit de « rebelles sans drapeau », quand la révolte n'a, pour ainsi dire, d'autre but qu'elle-même, le reste n'étant que prétexte, quand elle s'accompagne de formes de déchaînement, de primitivisme, d'abandon à un état élémentaire et inférieur (sexe, ébriété, violence gratuite et souvent criminelle, exaltation complaisante du vulgaire et de l'anarchique), alors il n'est pas hasardeux d'établir un lien entre ces phénomènes et ceux qui, à un plan différent, relèvent des forces du chaos qui émanent des crevasses toujours plus visibles de l'ordre subsistant.
 « Il Conciliatore » (15 novembre 1967)

La véritable raison de la décadence de l'idée politique dans l'Occident contemporain tient au fait que les valeurs spirituelles qui pénétraient l'ordonnancement social se sont évanouies sans qu'on ait rien pu leur substituer.
 Impérialisme payen (1928)

L'homme traditionnel chercha à découvrir dans la divinité elle-même le secret et l'essence du sexe. Pour lui, avant d'exister physiquement, les sexes existaient comme des forces supra-individuelles et comme des principes transcendants ; avant d'apparaître dans la nature, ils existaient dans la sphère du sacré, du cosmique, du spirituel. Et dans la variété multiple des figures divines différenciées comme dieux et comme déesses, on chercha à recueillir, justement, l'essence de l'éternel masculin et de l'éternel féminin, dont la sexualité opposée des êtres humains est seulement une manifestation particulière et un reflet.
 Métaphysique du sexe (1958)

Nous disons que la philosophie en général culmine avec l'idéalisme transcendantal, lequel se conclue inévitablement par l'idéalisme magique. Au-delà de ça, il n'y a rien à explorer dans la philosophie. S'il on doit penser à un développement ultérieur au-delà de l'idéalisme magique, il ne peut s'agir de philosophie mais d'une forme d'action, se référant à une autoréalisation selon la puissance.
Teoria de l'Individuo assoluto (1927)

Si un jour l'humanité revenait à des conditions plus normales, peu de cultures lui sembleront aussi singulières que l'actuelle, dans laquelle on a couru après toute forme de pouvoir et de domination de la matière, négligeant cependant la domination de l'esprit, des émotions et de la vie psychique en général. C'est ainsi que beaucoup de nos contemporains – les soi-disant hommes d'action en première ligne – ressemblent à ces crustacés qui sont si durs et pleins d'excroissances scabreuses sur la carapace et si mous et invertébrés à l'intérieur.
La Doctrine de l'Éveil (1965)

S'il devait être question d'une réaction de fond contre le système, ce qui revient à dire contre les structures de la société et du monde moderne en général, selon moi, il y a peu de perspectives [...] Il ne s'agirait pas de contester ou de polémiquer mais de tout faire sauter : ce qui, à ce jour, est évidemment de l'ordre de la fantaisie ou de l'utopie, en laissant une bonne place à l'anarchisme sporadique. La chose possible et importante est l'action de défense intérieure individuelle, pour laquelle la formule adaptée est : « Fais en sorte que ce sur quoi tu n'as pas prise, ne puisse avoir de prise sur toi ».
Interview à Gianfranco de Turris « Il Conciliatore » (15 janvier 1970)





L'Arc et la Massue 

L'Arc et la Massue donne une image fidèle de la diversité des préoccupations de Julius Evola. La caractéristique essentielle de ce recueil d'essais. Réside dans un mélange des domaines étudiés. A partir du point de vue traditionnel, Evola est aussi bien capable d'aborder des problèmes métaphysiques très éloignés des inquiétudes contemporaines que d'analyser certaines questions relevant de la pathologie de notre civilisation moderne. Le titre ne laisse aucun doute à cet égard : l'arc permet d'atteindre des cibles élevées, avec une franchise et une rapidité (la flèche) foudroyantes ; la massue, arme plus lourde, d'un maniement plus ingrat, autorise les attaques les plus rudes, parfois avec brutalité, contre les points forts de la modernité.

Télécharger gratuitement L'Arc et la Massue :
http://www.thule-italia.net/fascismo/Libri/Francese/Evola%20-%20L_Arc%20et%20la%20massue.pdf











2 comments:

  1. Vous écrivez:
    "Selon Évola, la voie de l'action (désintéressée et spirituelle) doit être conseillée pour deux raisons : d'abord parce qu'elle s'accorde mieux à la manière d'être occidentale ; ensuite, parce qu'ayant à vivre dans le Kali yuga, l'âge ultime de beaucoup de traditions non seulement orientales mais aussi occidentales, l'unique philosophie qu'on peut prescrire est celle des Tantra, celle qu'on appelle aussi la Voie de la main gauche. "
    Cela aurait-il un rapport avec la "Left Hand Path" chère aux Satanistes Américains et Anglo-saxons?

    ReplyDelete
  2. Les satanistes américains et anglo-saxons ont certainement incorporé des méthodes de de la voie de la main gauche à leur risque et péril. En effet, « un texte dit que la kundalini produit la servitude chez l'ignorant et la libération chez le yogi » (Evola). De nos jours, beaucoup d'individus ne sont pas qualifiés pour pratiquer le yoga tantrique, leur nature, trop tamasique, serait un véritable obstacle. Ce yoga (avec partenaire) convient au type héroïque (prédominance de la qualité Rajas).

    Les voies de droite et de gauche :

    «Ce sont deux voies qui, tout en menant, sous certains aspects, au même but, conviennent cependant à des hommes diversement qualifiés et orientés, quant à leur nature la plus profonde. Selon la prédominance, chez ceux qui aspirent à dépasser les conditionnements humains, de la qualité sattva, c'est-à-dire du principe lumineux de l'«être», ou bien de la qualité rajas, qui désigne toute pulsion expansive, la passion, le transport, le feu (l'ardeur), on conseille la voie du Yoga qui exclut la femme ou bien celle des pratiques qui, au contraire, en usent et prennent appui sur elle. Les deux types humains sont aussi désignés, respectivement, comme le type spirituel («divin», dîvya) et le type héroïque (vîra) ; ils suivent tous deux la voie « çivaïque », se séparant ainsi de ceux qui se contentent de pratiquer le régime ritualiste de la religion traditionnelle.

    Quant à l'esprit du Yoga tantrique, il est très bien caractérisé par cette expression qu'on trouve dans un texte : «Quel besoin ai-je d'une femme extérieure ? J'ai une femme à l'intérieur de moi». Il est ainsi fait allusion au principe féminin qu'on porte au plus profond de soi et qui correspond à « notre Diane », à l’«Ève» ou «Hébé occulte» dont parle l'hermétisme occidental. Selon le tantrisme, il s’agit de la Déesse présente dans l'organisme humain sous la forme d’une énergie élémentaire qualifiée par l'expression « celle qui est enroulée » (tel est le sens du mot kundalim). Le Yoga en question examine donc un processus purement interne ; l'union du masculin et du féminin, par conséquent le dépassement de la Dyade, s'effectue dans le corps propre, sans qu’il faille recourir à un autre individu de sexe opposé en tant qu'incarnation et symbole vivant du principe antithétique. Entrent alors en jeu les connaissances d’une physiologie hyperphysique, qui indique des forces subtiles et des éléments à l'œuvre derrière la composition matérielle de l'organisme et sous le seuil de la conscience ordinaire de veille.» Evola

    ReplyDelete