Monday, August 15, 2011

Une société secrète gouverne la Syrie




Les dirigeants syriens combattent la contestation populaire avec cette férocité qui caractérise les sectateurs parvenus au pouvoir.

Cachés pendant de longs siècles, parfois tolérés, souvent persécutés, les Alaouites dirigent la Syrie depuis 1970, date de la prise de pouvoir d'Hafez el-Assad, un général Alaouite. Les Alaouites constituent l'exemple rarissime d'une société secrète religieuse parvenue au sommet de l'Etat.

Les montagnes syriennes sont depuis près de mille ans le refuge de communautés rebelles en quête de discrétion ou de refuge. Il en a été ainsi au XXIIe siècle de la confrérie des Assassins qui, derrière les murailles de leurs forteresses perchées, organisent des meurtres contre leurs ennemis d'alors. Deux autres sectes ont également trouvé asile dans les hauts massifs syriens : les Druzes et les Nusayrites qu'on appelle également « Alaouites ». L'origine de cette communauté mystérieuse est controversée. Certains pensent qu'ils sont les représentants d'un ancien culte idolâtre qui aurait intégré des éléments des monothéismes présents au Proche-Orient. Une autre thèse, plus vraisemblable, les lie à Muhammad ben Nusayr, un chiite irakien du IXe siècle, proche du onzième imam, qui proclama la nature divine d'Ali et des imams qui lui ont succédé à la tête du mouvement chiite depuis ses origines. Les partisans de ben Nusayr formèrent les premières communautés nusayrites qui, sous la conduite de personnages illustres adoptèrent lentement les rites et les pratiques ésotériques qui allaient les caractériser mais aussi les couper de l'islam. D’ailleurs, ils durent rapidement migrer en Syrie du nord afin d'échapper aux premières persécutions religieuses dont ils étaient victimes. Là, durant des siècles, les Nusayrites, à l'instar des Druzes, pratiquèrent la taqiya ou « dissimulation » ; ils professaient officiellement la religion sunnite dominante mais pratiquaient en réalité leur culte en secret.

À la santé de Ams

La religion des Alaouites se présente comme un culte ésotérique réservé à une infime minorité d'initiés. Il faut avoir au moins 18 ans pour se présenter à la cérémonie d'affiliation. Ce jour-là, le jeune homme est reçu par une assemblée de sages qui lui ordonne de reconnaître l'un d'entre eux comme maître-parrain, ce qu'il fait en se posant sur la tête la chaussure de celui qu'il a choisi. Après quoi il lui est demandé de boire un verre de vin à la santé de « Ams », une formule qu'il ne peut comprendre sur le moment. Il doit également jurer de garder le secret sur ce qu’il va apprendre ; on le prévient qu'il ne pourra être enterré dignement s'il vient à rompre ce serment. Enfin, chaque membre de l'assemblée se lève et porte un toast en honneur du nouvel arrivant. Désormais initié, il est guidé par son parrain qui lui apprend les premiers rudiments, les prières en particulier. Toutefois, il dépend avant tout du cheikh, qui est le chef spirituel de la communauté locale, à qui revient la tâche d’éduquer les initiés.

Une religion composite

La doctrine alaouite est un syncrétisme d'éléments musulmans, chrétiens, juifs mais aussi iraniens. Elle repose sur la foi en une trinité qui se compose de Ali, le premier imam, de Mahomet le Prophète et de Salman al-Farisi, un proche compagnon de ce dernier. Les trois initiales de leurs noms forme le mot « Ams » que les initiés invoquent sans cesse dans leurs rites. On leur apprend en outre que le nusayrisme existait avant même la création du monde. Les Nusayrites vivaient alors dans la proximité de Dieu sous forme de lumières. Mais parce qu'ils se crurent parfaits, ils furent déchus et envoyés dans le monde de la matière où ils sont destinés à se réincarner de vie en vie. Toutefois, leur espoir est de parvenir, grâce à l'initiation et à une vie pieuse, à sortir de ce cycle qui les emprisonne. Les Alaouites pratiquent un grand nombre de fêtes empruntées tant à l'islam qu'au christianisme (Noël et Épiphanie) ou encore à la religion perse (son Nouvel An). À ces occasions, ils se réunissent dans la demeure de l'un d'entre eux et, sous la conduite du cheikh, lisent ensemble des textes tirés de leur liturgie. Puis ils sacrifient des animaux qu'ils mangent lors d'un banquet en invoquant Dieu. En dehors de ces festivités, les Alaouites célèbrent régulièrement une messe durant laquelle ils sanctifient le vin qu’ils boivent en l’honneur des doyens de leur communauté.

Les sociétés secrètes.






Photo :
Hommage à Hafez el-Assad dans son mausolée à Kardaha.

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