Thursday, September 22, 2011

Le New Age, piège ou promesse ?





La nature même du New Age, holistique et syncrétiste, appelle inévitablement bien des débordements, spécialement en matière de spiritualité. Aussi certains ont-ils pu le qualifier de « fast-food de la religion » ou de « bricolage religieux pour temps de disette ». De fait, la quête mystique de certains newagers ressemble davantage à l'attitude du client faisant ses emplettes au supermarché du religieux en comparant prix et étiquettes, qu'à celle du disciple acceptant la rigueur d'une voie spirituelle. Et les amalgames de religieux flottant que l'on présente parfois sous l'estampille « New Age » relèvent de ce que des Maîtres orientaux appellent un « matérialisme spirituel ». [...]

L'optimisme un peu naïf qui veut guérir l'homme et la terre des maladies générées par la société moderne, et faire advenir l'âge d'Or de la fraternité universelle fondé sur la reconnaissance du primat de l'Esprit, peut prêter à sourire. Mais le besoin demeure d'un « supplément d’âme » dans un monde anxiogène, d'une vue positive de l'homme dans un contexte religieux marqué parfois par le moralisme et la culpabilisation, d'un « enthousiasme » (« Dieu en nous ») à proposer aux générations à venir en contrepoint de la morosité ambiante.

Les Mouvements de Développement du Potentiel humain, fer de lance du New Age, ont souvent engendré une profusion anarchique de techniques où l'on bricole pêle-mêle avec la psychanalyse, les spiritualités orientales, le chamanisme, l'énergie des couleurs et le pouvoir des cristaux. Mais l'attente demeure chez beaucoup d'une Voie spirituelle qui apprenne à dépasser l’ego et le mental, à transformer le soi individuel en soi cosmique, à redécouvrir l'unité intérieure par-delà les séparations, et à articuler la spiritualité sur le quotidien de l'existence.

Bien des tenants du New Age, mouvement polymorphe qui a été parfois récupéré par des courants marginaux et occultes, utilisent pour imposer leurs produits sur le marché le prurit actuel pour l'irrationnel : voyance, magie, lecture des auras. Le jargon de la tribu semble même cultiver l'obscur et le confus plus que le symbolique et le poétique, l'allusif et le vague plus que le clair et le rationnel : « vibrations », « éthérique », « planétaire », « astral ». Mais ce vieux fonds d'irrationnel ne fait-il pas partie de l'homme de toujours et son retour aujourd’hui ne traduit-il pas une réaction viscérale contre un désenchantement de la « Nature qui l'a coupée de l’homme et livrée à une exploitation anarchique de sa part ? La protestation du New Age contre le dictat de la raison et contre le matérialisme dialectique ou technicien ne représente-t-il pas une des données nouvelles et incontournables de la conscience occidentale contemporaine ?

Ce bouillonnement spirituel est enfin marqué par une étonnante confusion, quand on identifie sans plus physique quantique et mystique orientale, ou quand on picore à toutes les spiritualités sans aucune rigueur. Et le rejet parfois péremptoire des religions instituées d'Occident confond souvent les formes adventices qui s'y sont surajoutées au long des temps, avec la Vérité de leur Tradition originelle. Mais le désir d'authenticité qu'exprime cette quête parfois maladroite est aussi à prendre en compte. Car au cœur même de cette effervescence confuse une certaine lumière cherche à faire son chemin. Il n'y a d'ombre dans le New Age que parce qu’il y a quelque part une lumière.

Bref, même si le New Age n'est qu’une étiquette facile et au goût du jour pour qualifier la coagulation passagère de multiples éléments de religieux flottant, ce religieux ne va pas disparaître pour autant quand la mode aura passé. Car l’homme en son fond est un animal religieux. Si on ne tient pas compte de cette dimension de son être, on le mutile. Et alors elle revient au galop, parfois en jaillissements authentiques, parfois en regrettables parodies. C’est là que se situe la responsabilité de chacun. Pour que l'âge du Verseau ne soit pas piège, mais promesse.

Jean Vernette

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