Thursday, September 01, 2011

L'inquiétante influence de l'Opus Dei





Introduite en bonne place dans les arcanes du Vatican, l'« Œuvre » entretient des relations sulfureuse avec le monde politique et celui de l'argent, et elle n'aurait pas toujours démérité de son surnom de « sainte mafia ».

L'organisation, née à la fin des années 1920, a grandi dans l'ombre du franquisme, même si son fondateur, Josémaria Escrivá de Balaguer (1902-1975) n'a jamais été le confesseur de Franco comme on l'a parfois soutenu. Il n'en demeure pas moins que la victoire du Caudillo sur les forces de gauche, violemment anticléricales, a été accueillie avec soulagement par nombre de catholiques espagnols, dont Escrivá lui-même.

Dans les années 1930, Franco et, partant, le fascisme, apparaissent comme les meilleurs remparts contre l'expansion du communisme, athée par définition. D'ailleurs, un ancien membre de l’Opus Dei, Vladimir Felzmann, rapporte avoir un jour évoqué cette question avec Balaguer qui lui avait confié : « Hitler contre les Juifs, Hitler contre les Slaves, c'était Hitler contre le communisme. » Au-delà de ces sympathies liées au contexte de la guerre, il apparaît que le régime franquiste a puisé largement dans le vivier de l'Opus Dei, bien que l'ordre se déclare apolitique et que certains de ses membres aient été des opposants farouches au régime. Dans les années 1950, trois ministres en sont membres et trois autres sont sympathisants ; ils sont rejoints bientôt par d'autres membres encore. Or, en 1969 éclate un scandale financier de grande ampleur, l'affaire Matesa, qui touche l'un des ministres affilié à l'Œuvre. Le retentissement de l'affaire est tel que la presse publie la composition du gouvernement : sur un total de dix-neuf ministres, sept sont membres notoires de l'Opus et dix autres en sont sympathisants. Mais ce n'est qu'en 1973, à la mort du Premier ministre, que Franco se séparera d'eux.

Charité bien ordonnée...

On reproche fréquemment à l'organisation la discrétion, sinon le secret, dont s'entourent ses membres et qui leur permettrait de contourner facilement les limites de la légalité pour le profit de l'ordre. Malheureusement, certaines affaires sont venues étayer cette thèse. Ainsi, en 1982, José Maria Ruiz Mateos, dirigeant d'un grand consortium international, est inculpé pour fraude fiscale. L'enquête révèle qu'il finançait l’Opus Dei avec une partie de cet argent ! C'est que les liens de l'organisation avec la finance sont fort complexes : elle dispose d'un solide réseau bancaire alimenté par ses membres qui sont souvent des donateurs généreux et fortunés. L'impératif de «la sanctification par le travail » a tendance en effet à attirer des personnes dont la réussite professionnelle est établie. Ainsi, et assez paradoxalement, l'Opus favorise-t-elle le capitalisme libéral et une certaine réussite matérielle.

Le scandale Matesa a d'ailleurs permis de révéler de bien curieuses connexions politico-financières : la filiale luxembourgeoise de la société Matesa, la Sodetex, était dirigée par le prince Jean de Broglie, trésorier des Républicains indépendants, le parti de Valéry Giscard d'Estaing. Et le père de ce dernier, Edmond, était à la tête d'une banque où l'Opus Dei, par le biais de la Banco Popular Español, venait de prendre 35 % de participation...

Une spiritualité originale

La spiritualité de l'Opus Dei est en effet tout à fait originale. Tout entière tournée vers la sanctification des laïcs, celle-ci est indéniablement une raison de son succès. De plus, elle offre trois types d'affiliation, en fonction de la situation et de l'engagement de ses membres. Les plus nombreux sont les surnuméraires : ce sont des fidèles, célibataires ou mariés, qui allient l'idéal de l'Œuvre à leur vie quotidienne. On trouve également les agrégés qui sont des laïcs, célibataires mais vivant avec leur famille. Quant aux numéraires, ce sont des hommes ou des femmes, laïcs et célibataires, qui se vouent entièrement à l'Opus Dei. Tous peuvent en outre être aidés ponctuellement par les coopérateurs qui, sans être membres de l'association, participent à certaines de ses activités, en particulier par le don. Pour entrer dans l'Opus, il faut être majeur. L'incorporation se fait par serment devant des témoins : tandis que le candidat promet fidélité, discrétion, et bien sûr la rigueur d'une vie apostolique, l’ordre s'engage à lui dispenser un enseignement, à le suivre et à le soutenir dans sa progression, avec l'aide notamment des prêtres de la Société sacerdotale de la Sainte-Croix. Ce dernier point n'est pas sans poser de problèmes : d'anciens membres ont témoigné que leur direction de conscience s'apparentait parfois à une certaine forme d'embrigadement, très réservé face à l'exercice de l'esprit critique, interdisant toute lecture jugée contraire aux préceptes de l'Église. Certains ont même rapporté qu'on leur avait conseillé de s'éloigner de leur famille.

Une société influente

Les conditions de recrutement posent la question du dessein de l'ordre. Dans cette optique, et bien qu'il s'en défende, l'Opus Dei mène une politique assez élitiste. Des noms de dirigeants politiques, économiques, membres ou sympathisants, circulent sans qu’il soit possible de vérifier leur appartenance. Toutefois, Mgr del Porlillo révéla à demi-mot le pouvoir de l'Opus lorsqu’il déclara, en 1979, que «les membres de l'Opus Dei travaillent dans 475 universités et écoles supérieures des cinq continents ; dans 604 journaux, revues et publications scientifiques ; sur 52 chaînes de radio et de télévision ». Si l'influence de l'ordre est indéniable - et sans doute a-t-elle joué un rôle dans
l'élection du pape Benoît XVI en avril 2005 -, peut-on pour autant parler d’une « internationale opusienne » comme n'hésitent pas à le faire certains ?

Les sociétés secrètes


La face cachée de l'Opus Dei
Documents secrets
les vérités qui dérangent

Partant des règlements internes réservés aux seuls responsables, d'écrits inédits du fondateur, de nombreux témoignages internationaux et de son propre parcours au sein de l'Opus Dei, Bruno Devos, membre pendant une quinzaine d'années, démontre combien les pratiques de cette organisation sont à l'opposé des idéaux qu'elle proclame. La spiritualité de l'Œuvre s'appuie sur " la sanctification de la vie ordinaire ", et c'est mû par cet idéal que l'on y entre. Pourtant, de nombreux membres la quittent en état de choc, psychologique, affectif et spirituel. Parmi ceux qui restent, beaucoup présentent des symptômes de dépression et d'épuisement chronique. Pourquoi ? L'auteur en décèle la source dans un phénomène d'absolutisation : l'organisation radicalise à l'extrême les principes traditionnels du christianisme jusqu'à les pervertir. Seule compte l'efficacité. Les jeunes sont embrigadés, l'exercice du pouvoir est dévoyé, l'annonce de l'Évangile se transforme en prosélytisme... Tout ce qui est étranger à l'Opus Dei est suspect, y compris dans l'Église. Une vision unique et authentique de la vie au sein de l'une des organisations religieuses les plus mystérieuses au monde.


L'auteur :
Bruno Devos est né en 1977 à Paris. Après avoir suivi des études de mathématiques, physique et chimie, il est devenu chef de projet informatique. Il a activement participé à l'expansion du mouvement en Pologne comme trésorier du centre de Varsovie et assistant du conseil régional.

Photo :
Le dictateur Franco, ici en compagnie de l'évêque de Madrid, a toujours été soutenu par l'épiscopat espagnol. En retour, il contribua au succès de l'Opus Dei.

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