Wednesday, September 28, 2011

Méditation & totalitarisme





Le psychiatre Christophe André a introduit la méditation à l'hôpital Sainte-Anne à Paris et le docteur Dominique Servant au CHRU de Lille. Des médecins-gourous rêvent de créer un homme nouveau moins sensible aux émotions jugées négatives. Ils prétendent agir par compassion en voulant soigner l'anxiété par exemple. Mais pourquoi ne chercheraient-ils pas à supprimer aussi l'indignation qui agite les jeunes contestataires grecs, espagnols, italiens... ? Nous devons être vigilant car l'actuel totalitarisme économique, qui récupère les découvertes des neurosciences pour manipuler le comportement des consommateurs, pourrait s'enfoncer dans une dictature totale et fabriquer une créature très docile, un homme nouveau.

L'homme nouveau verrait le jour grâce à l'union de la science occidentale et de la spiritualité orientale, et parviendrait à la transformation complète de son moi.

Dans un sévère réquisitoire contre le Nouvel Age, Michel Lacroix dit : « La transformation personnelle suit un déroulement à peu près invariable, qui ressemble à un chemin initiatique. Toute personne qui entreprend de se transformer doit desserrer l'étau de ses obligations extérieures. Elle doit ralentir les fonctions quotidiennes, réduire l'agitation. La transformation personnelle débute donc par un acte de lâcher prise, grâce à la relaxation et à la respiration apaisée. Il faut aussi faire lâcher prise à la conscience, ce qui suppose des exercices de méditation, mais un type de méditation qui ne vise pas à la réflexion rationnelle, car il ne s'agit pas d'élaborer un savoir. Ce n'est pas un échange d'idée avec soi-même, un effort d'idéation. On tache de faire le vide en soi, dans une parfaite quiétude, afin de permettre au moi d'être irradié par la lumière provenant de plans plus élevés. […]

Le Nouvel Age a construit une métaphysique de la lumière. Des lumières proviendraient des sphères spirituelles ou des maîtres ascensionnés. Or, durant la méditation, il n'est pas rare de percevoir des luminosités. Le « Boshan Canchan Jingce, un manuel de méditation de l'école chinoise Ch'an déclare : « Si vous voyez des lumières, des fleurs ou d’autres formes extraordinaires, et que vous prenez cela pour la sainteté, usant de ces phénomènes inhabituels pour éblouir les gens, certain que vous avez atteint le grand éveil, c’est que vous ne vous rendez pas compte que vous êtes complètement malade. »

Revenons à la méditation. « Ces préliminaires étant réalisés, poursuit Michel Lacroix, on entre peu à peu dans un état de conscience modifié. Le cerveau glisse dans une zone intermédiaire entre la veille et le sommeil, où les frontières entre l'objet et le sujet, entre l'extérieur et l'intérieur, le moi et autrui, l'individu et le cosmos, l'humain et le divin deviennent indécises. Cet état physiologique a d'ailleurs une traduction visible sur l'électroencéphalogramme, car le cortex cérébral se met alors à émettre des ondes non plus au rythme de quinze à quarante cycles (correspondant à l'état de veille), mais de deux à dix cycles par secondes. Ce sont les « ondes alpha ».

Ces ondes alpha sont la raison d'être de la plupart des techniques que le Nouvel Age propose aux adeptes. Au premier regard, ces techniques forment un déconcertant bric-à-brac, mais il est évident que cet arsenal hétéroclite a essentiellement pour fin de provoquer des états de conscience modifiés. Voici par exemple les mantras, brèves formules d'invocation à caractère rituel que l'on récite jusqu'à ce que les cadres mentaux se dissolvent. […]

Les « new-agers » ne peuvent ignorer que les techniques d'altération de la conscience sont au fond des succédanés de la drogue. L'élargissement de la conscience et la drogue ont en commun la sensation extatique d'une communion avec la réalité, le sentiment océanique, la plénitude, l'ineffabilité, la modification de la perception du temps, la dépersonnalisation, l'euphorie, la suppression des interdits. D'ailleurs, l'histoire du mouvement montre que le Nouvel Age a souvent cherché du côté de la drogue le secret des états de conscience modifiés. […]

L'attitude du Nouvel Age vis-à-vis de la drogue est ambivalente. Il aimerait bien ne retenir de la drogue la vertu d'ouverture du mental, sans prendre le risque de la déchéance du corps. On peut se demander si le discours sur les états de conscience modifiés ne constituent pas une sorte de discours manifeste, cachant un discours latent, inconscient, où il est question de l'état hallucinogène. L'hypothèse que l'on pourrait formuler est que le Nouvel Age est à l'image de nos sociétés, où la culture de la drogue se répand à la même vitesse que la culture du moi et de l'épanouissement personnel. » (Michel Lacroix, L'idéologie du New Age.)

« Il y a quelques années, le pape prévint les catholiques que les états de conscience modifiés peuvent être pris à tort pour une authentique expérience spirituelle. Bien que cette déclaration ait donné lieu à des réactions négatives de certains groupes de méditation, il faut reconnaître que le même avertissement est une tradition dans le bouddhisme authentique.

Un grand nombre d’Occidentaux connaissent une confusion, voire des troubles mentaux et physiologiques en pratiquant de supposées techniques orientales de méditation. Ce n’est pas qu’ils soient de mauvais adeptes mais simplement qu’ils ne respectent pas les mises en garde habituelles des sciences méditatives traditionnelles. La psychopathologie des erreurs de pratique est connue et abondamment documentée dans le bouddhisme. 
Certains cultes plongent leurs adeptes dans une méditation intensive sans leur donner une connaissance de base, une compréhension et une expérience suffisantes. Parfois, cet oubli est délibéré et sert des visées manipulatrices. L’esprit est particulièrement vulnérable au conditionnement lorsqu’il manque de bases solides. » (Thomas Cleary, Les secrets de la méditation.)

Dans la Chine du 5ème siècle, pour remédier aux troubles physiques et psychologiques provoqués par la méditation (dhyana), les moines bouddhistes avaient recours aux conseils thérapeutiques d’un ouvrage : 
Les Fondements secrets du traitement des troubles dhyana (Tche tch’an-ping pi-yao fa).



4 comments:

  1. La recherche de l'euphorie perpétuelle me fait rire. Mais bon sang, quand est-ce que les gens comprendront que la plus grande lumière, la plus grande joie, c'est la conscience, le plaisir de savoir, de jouir de la vie, telle qu'elle est et non telle qu'on voudrait qu'elle soit? La vérité du moment et non l'illusion parfaite.
    Les paradis artificiels.. beurk... pour reprendre le "berk" de Le Gall dans un commentaire sur un autre billet.

    Nous sommes autant responsables de nos joies que de nos peines. Nous y gagnons notre liberté d'êtres vivants. Quelle chance! Cela ne suffit pas?

    Notre vie ne dure qu'un temps (sur terre, et encore c'est à voir. Il arrive un temps où notre petit égo paraît bien dépassé par les fantastiques évènements qu'engendre la puissance de la vie). Vous auriez du plaisir à jouer, vous, si vous saviez la partie gagnée d'avance? Moi, quand je suis sûre de gagner, le jeu commence à me lasser et à perdre tout intérêt. Je me retire alors, et je vais voir ailleurs.

    Pourquoi les gens veulent-ils toujours qu'on leur donne une recette de bonheur, concoctée par d'autres? Alors que rien ne vaut mieux que l'expérience personnelle vécue, intimement. Veulent vivre par procuration aussi?

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  2. "C'est quoi la vie?" Pour méditer voir cette vidéo et ce blog:

    http://www.suivi-soleil.com/article-aurores-finlandaises-85377746-comments.html#comment89562336

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  3. Anonymous8:12 PM

    méditation et totalitarisme: c'est sympathique de relier ces deux termes, et inespéré de les trouver sur la toile... Mahesh Yogi est en effet un gourou, et sa secte est impliquée dans de nombreux scandales, par exemples des agressions sexuelles en France. Le rapport Vivien à l'époque y faisait référence.
    Servant et Christophe André font l'économie de toute critique de la secte méditation transcendantale.
    Nous ne sommes peut-être pas responsables de toutes nos peines, mais nous sommes responsables de soutenir un tel mouvement Et d'être franchement con.

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  4. Très intéressée par votre post je suis d'accord qu'il faudrait à l'avenir d'éviter d'encenser ces sectes et gourous. J'avoue que ces deux auteurs auraient du être plus vigilants sur ce point. Cependant, je n'en reste pas moins sur ma faim...

    Concernant la pleine conscience proposée par ces praticiens, j'avoue qu'elle s'avère dans la pratique réellement comme un + pour mieux gérer stress et émotions "bloquantes". Je ne jetterai donc pas ces outils à la trappe car elles m'aident vraiment.

    Je suis consciente que je n'échapperai jamais à mes stress quotidiens puisque je n'en reste pas moins une indignée (et militante !).
    Vivre avec nos paradoxes en les acceptant reste il me semble une façon toute subjective et personnelle de gérer ma complexité.

    La pleine conscience ne guérit pas le cancer par exemple. Par contre si elle permet de mieux vivre des soins lourds et bien franchement ça ne me choque pas. Peut-être encore affaire de suggestion mais n'oublions pas que le cerveau humain nous réserve encore bien des surprises.

    Y'a pas de "recette du bonheur" mais croire que nous sommes tous égaux pour nous en sortir est navrant.

    Très bon blog en tous cas. Amicalement

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