Tuesday, October 18, 2011

Les Arabes





Les Arabes aiment se concevoir comme un seul et unique « peuple », voire une « race » pure remontant à une seule souche : celle des tribus ayant soumis tout le bassin méditerranéen après avoir reçu la révélation de Mahomet. Les Européens raisonnent souvent de la même façon à leur égard ; mieux, ils ont une propension à considérer comme arabe tout ce qui est musulman, y englobant facilement les Iraniens, les Afghans et de nombreux autres peuples orientaux, sans même parler des Berbères (à l'inverse, ils sont toujours étonnés d’apprendre qu’il existe de fortes minorités d’Arabes non musulmans dans plusieurs pays du Proche et du Moyen-Orient, tant est forte la tentation intellectuelle de dresser une équivalence entre peuple, ethnie, langue et religion).

Pour les uns comme pour les autres, l'arabité serait « de sang ». Tous ceux qui se disent « Arabes » descendraient des mêmes ancêtres venus d’Arabie à l’époque glorieuse de l'expansion. La langue arabe (si importante comme fondement de l’identité) leur aurait été transmise en même temps que le sang des pères et le lait des mères.

Pour l’esprit candide, un mystère se fait jour : comment quelques tribus - si assidus que soient leurs hommes et leurs femmes à leurs devoirs matrimoniaux - ont-elles pu, en un siècle, peupler de leur descendance innombrable un vaste territoire allant de la Syrie à l’Espagne ? Les membres de ces tribus se seraient-ils multipliés par clonage ? À ce mystère s’en ajoute un autre : dans quelle trappe de l'histoire sont passées les populations qui habitaient auparavant ces territoires : laissés-pour-compte de l’Empire romain après sa chute, « barbares » de tout poil, Phéniciens, etc. ? Qu’est-il advenu de la population égyptienne, réputée être une fourmilière humaine ? On connaît, certes, la survivance de minorités rebelles à l'islamisation (juifs, coptes, chrétiens de toutes obédiences). On sait que certains ont fui, comme les zoroastriens de Perse. On sait que certains, comme les Berbères, ont accepté l'islamisation sans l'assimilation. Mais les autres ?

Laissons aux savants compétents le soin de répondre à cette double énigme. Cependant n’est-il pas logique de supposer que les tribus arabes de la conquête se sont considérablement étoffées en « arabisant » une partie des populations conquises ? Dans cette hypothèse, les Arabes le seraient à peu près dans la même mesure où les Français sont des Francs ou les Britanniques des Normands.

Loin d’être une communauté de sang pur, les Arabes pourraient bien être une des variétés humaines les plus métissées du monde méditerranéen. Une telle vue des choses, naturellement, coupe l’herbe sous le pied à un point de vue raciste sur « les Arabes ». Mais elle heurte aussi de plein fouet une des convictions les plus ancrées chez nombre d’entre eux de tenir leur identité ethnique et civilisationnelle de la pureté du sang originel. Conviction fort répandue, et cultivée par de nombreux peuples même quand elle est sans fondements !

Maurice Pergnier, La Désinformation par les mots.


La Désinformation par les mots

La Désinformation par les mots est un réquisitoire aussi cruel que pertinent sur l'usage admis de certains vocables, une fois ces derniers passés à la moulinette du politiquement correct. Aussi Maurice Pergnier s'en prend-il particulièrement à tous les thèmes qui " font problème ", et sur lesquels une position même légèrement dissidente effarouche les tenants de la " pensée unique " : les jeunes, les banlieues, la démocratie, l'islamisme, l'Europe, ou encore le multiethnisme.

Présenté sous la forme d'un dictionnaire alphabétique, La Désinformation par les mots bénéficie en outre d'une entrée en matière qui est un véritable morceau d'anthologie. Livre drôle, percutant et qui s'éloigne résolument des sentiers battus, l'ouvrage est vivement recommandé à tous ceux qui ont su conserver une authentique liberté d'esprit.

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