Saturday, November 05, 2011

La Chine, le bouddhisme et le Tibet





Comme si nous manquions de Gurdjiefs et de Fakirs Birmans, de yogis et d’Ouspenskis, de Fathers Divine et de Christs de Montfavet, de Miss Tick et autres « mystiques » qui, en effet, ne méritent pas les quatre maravédis de considération que leur refusait Jean de la Croix, voici depuis quelque temps que le Zen relaie la gnose et le Tao Tö King mal entendu, bref tout ce qui invite l'homme d’aujourd’hui à résigner le peu qui le distingue encore des lombrics et des méduses : le courage lucide et la sagesse raisonnable.

Qu’on m’entende bien : je pratique volontiers Hallaj, Toukaram, Jean de la Croix, et les compte, s’ils daignent, au nombre de mes amis chers. L’écrivain et le philosophe Tchouang-tseu ont évidemment plus de génie que Confucius. Mais, pour qu’une société puisse impunément faire aux Hallaj et aux Tchouang-tseu toute la place qu’ils méritent, encore faut-il qu’elle fonctionne bien, selon une morale et une politique avisées, qui réservent à la folie sa juste place ; en revanche, toute société me paraît méprisable, pour qui « mystique » signifie simplement tout le pouvoir à la déraison, à la démence, à l'anarchie, voire à la bestialité. Ce qui m’agace, ce n’est donc pas l'existence d'un Zen. Ce qui m'irrite, me révulse et m'effraie, c’est l'usage que font ici, du Zen, comme de Lao-tseu ou du Yi-King, des gens qui ne pensent qu’à nous livrer, apathiques et anesthésiés, aux différents tyrans qui prétendent à nous séduire.

Ainsi, peu de temps après que M. Demiéville a répété une fois de plus que malheureusement nous ne comprenons pas encore le Yi-King, ce traité de divination par l'achillée sternutatoire et le plus ancien des ouvrages auxquels remonte l'histoire de la pensée chinoise, en voici chez nous paraître une édition nouvelle, dans la vieille traduction de Harlez. Pour ceux qui savent qu’au XVIIIe siècle déjà les jésuites s'entichèrent si habilement de ce Canon des Mutations que d’y retrouver toute l'arithmétique binaire de Leibniz, et que Leibniz en personne tomba dans le panneau que lui tendait le jésuite Bouvet, rien d'étonnant si, au XXe siècle, un homme intelligent découvre que les hexagrammes manifestent les archétypes de Jung, et que la psychologie des profondeurs était familière aux Chinois dès avant Confucius. Aucun sinologue n’oserait aujourd'hui proposer à ses collègues une traduction commentée du Yi-King, mais les familiers de la Librairie Véga auront la leur.

Lorsque Jean Grenier publie un essai sur l'esprit du taoïsme, les sinologues font la petite bouche, et d’autant plus petite que Jean Grenier ne peut évidemment citer que des traductions périmées du P. Wieger. En tant que sinologue, assurément ils ont raison. J'accepte pourtant, avec joie, ces pages de Grenier, parce que, s’il est un homme aujourd’hui qui pense et vive un peu en taoïste, aucun doute, c’est lui. Quelles que soient les différences qui, du quiétisme taoïste, séparent celui de Fénelon et de Mme Guyon, Grenier prouve qu’un Français du XXe siècle peut assimiler une part non négligeable de Tchouang-tseu, et que le taoïsme est un des modes universels de vivre et de penser.

Mais il faut dire non, un non catégorique, à tous ceux pour qui le quiétisme du Zen est une fin de non recevoir opposée à tous les hommes qui posent aujourd’hui des questions précises et atroces : le chômage ? le racisme ? le viol des consciences ? la surpopulation de la planète ? les techniques chimiques ou chirurgicales employées par les policiers ? Zut à ce Zen-là, et zut au Zen de Suzuki, car Suzuki est au Zen ce qu’à Confucius Lin Yu-tang, et Maurois aux pensées d’Alain. N’importe, ils ont tous lu le Zen de Suzuki. Qu’ils l'aient lu, passe encore ; qu’ils ne lisent que ça, voilà le mal, ou le péril. Lorsque Jean Paulhan, dans le Clair et l'Obscur, une fois de plus nous raconte l'initiation
à coups de bâton, malgré la référence de rigueur à Suzuki, il n’y a que quart de mal, car il conclut en pirouette : « Il n’était pas besoin d’aller chercher les Japonais. » En effet. Étant donné l'usage qu’ils font du Zen, nos contemporains pourraient aussi bien « étudier la mystique » dans Nous deux, ou dans le Pèlerin, qui les abrutiraient à moins de frais et, de plus, à la française.

Quand le premier numéro de Bief, le nouveau bulletin mensuel des surréalistes, publie un articulet de M. Guy Cabanel pour exalter le caractère « hautement irrationnel » du coup de bâton des Maîtres Zen, quand il compare ces coups de bâton aux appels surréalistes à la violence, ou encore quand il ose rapprocher la méditation bouddhiste de l'automatisme psychologique, comme on regrette que la prose de Breton se mêle à ces inepties. Il est vrai qu’au second cahier M. Cabanel se fait rappeler à l'ordre par un correspondant qui écrit du Japon et raille les Parisiens tout rassotés de Zen. Par malheur, cet anonyme dénigre le Zen avec autant de démesure que l’autre lascar en mettait à l'exalter. Pour lui, zen = bushido = nationalisme = terreur policière. Tout cela, trop simpliste, démontre une fois de plus que nos zénistes feraient bien d'aller à l'école chez un vrai maître de Zen, et par conséquent de lire quelques-uns de ceux aujourd’hui qui parlent du bouddhisme Dhyâna, Tch’an ou Zen avec un peu de compétence : Demiéville, ou Gernet.

Ils ne découvriraient ni la pierre philosophale, ni la drogue d'immortalité, mais ils serraient puissamment armés pour mieux comprendre ce qui vient de se passer au Tibet, et la politique de Pékin à l'égard des minorités religieuses.

Soit l'affaire tibétaine. J’ai lu là-dessus, dans la presse, des choses bien belles : le mystère tibétain, la spiritualité tibétaine, aujourd’hui menacés par le matérialisme sordide qui, etc. Et comme on s'apitoie sur le Dalaï-lama, un saint homme de lama, un ascète pour lequel on a prévu des caisses de provisions à la douzaine, et quelques kilos d'aïcecrimes, afin de rafraîchir le Saint qui descend du Toit du Monde. Autant je réprouve la brutalité avec laquelle les Chinois ont récupéré Lhassa (que les savants écrivent Lhasa), autant je refuse de pleurnicher sur la « spiritualité » des moines et la vertu des féodaux. Non, je ne m’afflige point sur une théocratie où, complices de grands propriétaires, lamas de tout poil entassent leurs trésors, dérobés à des serfs abrutis de superstition. Si j’ai gardé un peu de ma tête à moi en cette histoire tibétaine, c'est surtout parce que je connaissais le premier tome du Concile de Lhasa, où M. Demiéville étudie une controverse sur le quiétisme entre bouddhistes de l’Inde et de la Chine au VIIIe siècle de l'ère chrétienne. Je ne conseillerais pas ce livre aux paresseux ; à tous les autres, comment donc ! Ne serait-ce que pour le secours qu’ils en recevront s’ils veulent se désintoxiquer du Zen de nos zones. Car Demiéville montre assez bien ce qu’il y a derrière le Dhyâna, cette mystique passive, quiétiste, nihiliste, qui n’aspire qu’à la « connaissance sans différenciation ». Je surprendrai sans doute quelques personnes en disant, le moins surnaturellement du monde, que j'ai quelque expérience d’un état pourrait doctement s'appeler quelque chose comme nirvikalpa-jñâna, mais je n’en fais pas une histoire ni ne convoque les journalistes pour qu’ils assistent à mes « moments ». Je sais donc, et d'expérience, que si des états pareils peuvent illuminer en effet une vie, en aucune façon ils ne la justifient. D’abord, parce qu’ils sont très rares, ensuite parce que la terrible usure nerveuse qui s’ensuit nous impose de penser que, moins rares, ils deviendraient meurtriers ; enfin parce que ces états illuminatifs ne constituent nullement des états de connaissance. Demiéville le dit fort bien : la prajñâ-pâramitâ est une « connaissance » si étrangère au concept à la, distinction du sujet et de l'objet que, pour lui maintenir sa qualité de connaissance, il faut recourir « à toutes sortes d'échappatoires et de faux-fuyants ». Du reste, au Concile de Lhasa, le Maître de Dhyâna se targue d’être incapable de tout effort conceptuel ; sur quoi Demiéville : « Rien de plus embarrassant pour un adepte du Dhyâna que de se voir soumis à un interrogatoires discursif. Lorsqu'il s’agit de discipline, on s’en tire par le mutisme, une boutade ou une énigme, un grognement, un soufflet, un coup de poing. Mais les non-initiés ont de détestables exigences. Lorsque l'administration des T’ang institua pour le clergé des examens trisannuels portant sur les textes de sutras, il fut bien entendu qu’il serait interdit aux candidats de répondre aux questions des examinateurs en s'asseyant pour entrer en dhyâna. » Pas bêtes, les Chinois: ils refusent le grognement ou le coup de bâton ; ils posaient des questions, et demandaient des réponses. Assurément c'était un fameux Zéniste, mon premier maître de chinois, l'honnête Vissière, demanda mon expulsion de l'École des Langues orientales avec le motif suivant : « me pose des questions ». Boyer par chance était une brute rationaliste, et je pus continuer mes études. Qu'ont, fait depuis dix ans nos grands chefs, sinon de refuser tout interrogatoire discursif, et de nous répondre à coups de grognements et de bâton. Un Voltaire, ça exige des réponses ou sur l'affaire Calas ou sur l'affaire Audin. Un Zéniste, lui, entre aussitôt en Zen : comme certains animaux qui, apeurés, entrent en catalepsie, il choisit cet heureux état où la vie ne se distingue plus de la mort, ni du mensonge la vérité. La belle chose que le Zen ! Presque tous nos premiers ministres, depuis la Libération, furent des maîtres de Dhyâna, de Tch'an et de Zen. Le Zen est aujourd’hui chose si bien française que je propose à l'Académie, sitôt qu'elle en sera au début de la lettre Z, d’ici deux ou trois siècles, de naturaliser le Zen, et d’en faire le Zaine.

Le Concile de Lhasa nous éclaire autre chose encore : le conflit actuel entre le Dalaï-lama et le gouvernement de la Chine communiste. Voici de nouveau souffler sur les hauts plateaux d’Asie centrale ce « vent de l'erreur » que répandait jadis, au VIIIe siècle, « l'éventail de la mondanité profane » ; voici que les maîtres de la dialectique marxiste – qui serait heureusement toute proche de la taoïste, et par conséquent de la sensibilité bouddhique – s’efforcent de montrer aux Tibétains que le vent « de l'erreur » est celui de la vérité, et réciproquement ; et voici que tous les alliés de Pékin nous annoncent que, dans cette guerre de mille ans et plus entre la Chine et le Tibet, pour une fois enfin on entrevoit la paix car Sa Sainteté le Dalaï-lama « se montre favorable à l'union avec la Chine » cependant que le Panchen-lama se réjouit de penser que le Tibet tout entier « avec ses montagnes et ses fleuves fait partie de la République populaire de Chine ». Ces vérités, que souffle le « vent de l'erreur », vous les lirez dans Visa pour le Tibet, de M. Alan Winnington. Quand on vient de lire les dernières déclarations du Dalaï-lama, depuis son exil dans l'Inde, on se demande à qui faire confiance. Parbleu, à Mao Tse-toung qui, familier de l'histoire chinoise, mettait les choses au point au sixième paragraphe du célèbre Rapport qui secoua la Chine en 1957 : « Les conditions au Tibet ne sont point encore mûres pour que nous y puissions réaliser des réformes démocratiques [...] Nous venons de décider de ne tenter au Tibet aucune réforme démocratique durant le second plan quinquennal. Ce n’est qu’à la lumière de ce que sera la situation au début du troisième plan que nous pourrons décider que faire alors à cet égard. »

Que s’est-il passé depuis lors ? Les Chinois ont-ils commis l'invraisemblable imprudence de revenir sur cette sage décision ? Ou si les Tibétains sabotent les accords conclus ? Ou si les puissances étrangères ont essayé de voir d’un peu près, d’un peu trop près, le Toit du Monde ? Comme ni le Dalaï-lama, ni non plus Mao Tse-toung ne m’ont fait leurs confidences, je ne sais rien, ou presque, et suspends mon jugement. Si, pourtant ; M. Paul Demiéville m’a fourni deux ou trois événements qui advinrent au VIIIe siècle pour m'éclairer la situation présente : lors du mariage d’une princesse chinoise avec un roi du Tibet, les Tibétains extorquèrent à titre de donation le territoire de K’ieou-K’iu, que les Chinois mirent plus de quarante ans à récupérer ; lorsque les Tibétains conquirent et occupèrent la région de Touen-houang, ils trouvèrent sans peine chez les moines plus d’un collaborateur ; en 714, les Tibétains scandalisèrent l'empereur chinois Hiuan-tsong en réclamant « les rites d’États égaux », et l'empereur en fut si outré que, quinze ans plus tard, il refusa encore des propositions de paix ; en 781, le souverain du Tibet s'égarait jusqu’à écrire à l'empereur de Chine une lettre ainsi libellée : « Notre grand Tibet et les T’ang », insinuant ainsi, et même insolemment, qu’il exigeait des « rites inégaux » mais au préjudice de la Chine ; je n'oublie pas non plus ces poèmes désespérés que nous traduit Paul Demiéville, et que composèrent au Tibet des Chinois emmenés en âpre captivité. Entre la Chine et le Tibet, les relations furent donc toujours extrêmement difficiles.

D’autant plus ambiguës, ces relations, que, dès l'époque des Tcheou, les Chinois étaient « travaillés par ce que nous appellerions aujourd’hui la problématique du colonialisme » (Demiéville), et qu’ils ont toujours essayé de masquer, par des ruses diplomatiques ou rhétoriciennes, leurs ambitions impériales. Puisque vous croyez à la sainte religion du Bouddha, disent-ils ingénument, ingénieusement, aux Tibétains, vous vous devez d’être pacifiques, et même pacifistes : au nom du bouddhisme, il vous convient donc d’ôter votre cuirasse et de mettre bas les armes, bref de nous laisser faire. Sous les T’ang, il arriva même qu’un ministre astucieux camouflât de confucianisme les ambitions chinoises sur le Tibet. En proposant aux Tibétains des relations que nous appellerions exactement culturelles et techniques, le président du département de la Chancellerie, P’ei Kouang-t'ing, entendait bien, et il l’avoua au prince chinois son maître, que « l'unification des essieux de chars et de l’écriture » devait former les Tibétains « au moule de la glorieuse doctrine » (celle de Confucius), et les agréger ainsi, sans trop de douleur, à « la grande union ». Croyez-vous que les choses aient tellement changé ? L'article premier de l'accord sino-tibétain signé à Pékin le 23 mai 1951 stipule que « le peuple tibétain rentrera au sein de la grande famille de la mère patrie : la, République populaire de Chine », mais chacun des seize autres articles a pour fin d’apaiser l'orgueil et les craintes de Lhassa. L'article 7 n’hésite pas à garantir que Pékin « s'abstiendra de toute ingérence dans les revenus des monastères » ! Faut-il que les Chinois aient besoin de contrôler politiquement cette partie du monde, pour qu'au nom ou au mépris a de leur idéologie, ils acceptent de livrer un million environ de serfs, pasteurs et laboureurs, à la discrétion, ou plutôt à l'indiscrétion de cent cinquante mille moines appuyés sur cent cinquante familles nobles. Il s’agit donc toujours de préparer « la grande union », sans donner prise au grief de colonialisme mais tout en contrôlant le Tibet. Cercle carré.

Supposons maintenant que les Chinois quittent le Tibet. Qu'adviendrait-il ? Le lendemain matin, les agents de l'impérialisme occidental auraient imposé au Dalaï-lama un traité plus dur encore que, celui qui, le 1er septembre 1904, fit du Tibet un protectorat britannique. Article 9 : « Aucun territoire tibétain ne pourra être vendu, loué, ou hypothéqué à quelque puissance étrangère que ce soit, sans l'autorisation de la Grande-Bretagne; aucune puissance étrangère n'a le droit de se mêler à l'administration du gouvernement tibétain, ni à la gestion de ses affaires intérieures », etc. Regardez l'Asie centrale : quiconque installerait au Tibet des rampes de lancement prendrait à revers, d'un seul coup, l'Union Soviétique et la Chine, et vous imaginez que, si les Chinois quittaient Lhassa, les
Russes permettraient aux Américains d’y organiser leurs bases d'opérations contre le monde communiste ? Ne faites pas les naïfs, et laissez-nous tranquilles avec la « spiritualité » tibétaine. Si les Chinois veulent que les lamas de Lhassa défilent en robe jaune à Pékin sous la bannière du marxisme, c’est parce que la géopolitique, dès le VIIIe siècle, commandait à un ministre chinois de mettre au pas les Tibétains sous la non moins glorieuse bannière du confucianisme. Le Chinois et le Tibétain sont deux frères ennemis sont aussi frères siamois.

Si vous avez lu le Concile de Lhasa, vous aurez compris, une fois pour toutes, la politique tibétaine de la Chine : « la grande union, la paix universelle, mais à la condition d’y jouer le premier rôle, de présider à l'embrassade générale. La paix universelle devait être une paix chinoise. » Ah ! que M. Demiéville ne regrette pas toutes les digressions, toutes les notes prodigieusement savantes, mais non moins vivantes, dont il enrichit sa traduction des dossiers relatifs à la controverse sur le quiétisme Dhyâna, c'est-à-dire Tch’an ou Zen ! L'actualité de certains des documents qu’il étudie le frappait durant la dernière guerre ; elle nous frappe en ce moment d’un coup plus vif encore, et plus illuminant : d’un coup qui vaut bien le coup de bâton d’un Maître Zen. Car les « rites égaux », il s’agit de savoir aujourd'hui si cela s’appellera indépendance, autonomie, ou statut semi-colonial. Sur le principe des « rites égaux », la Chine et le Tibet,feindront volontiers de se mettre d’accord ; ils ne se déchireront que pour définir, au nom de la doctrine confucéenne des dénominations correctes, le sens du mot chinois qui veut dire autonomie, ou peut-être protectorat.

Sous prétexte que les nazis ont dévié en leur faveur la géopolitique, nous aurions tort de croire que la géographie n'oriente pas la politique et qu’un bon politique ignore la géographie autant à. Peu près que l'histoire.

René Etiemble, Connaissons-nous la Chine ?, Éditions Gallimard,1963.








Miss Tick



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