Friday, December 30, 2011

2012, le temps de l'aventure



Calendrier maya ou pas, durant l'année 2012 il y aura des changements. La crise économique donnera-t-elle un nouvel allant à la "dictature rampante" ou, d'après le politiquement  correct, au déficit démocratique du Conseil de l'Union européenne ? Cette institution bureaucratique et technocratique, qui gouverne l'Europe sans réelle légitimité démocratique, se transformera-t-elle en véritable dictature en 2012 ? Quoi qu'il en soit, il est encore temps de vivre autrement, de partir à l'aventure...

L'aventure ! ce qui va arriver, c'est-à-dire, nous l'espérons bien, ce qui va troubler notre situation, déranger notre quiétude. Mot explosif, chargé de toute une dynamite d'imprévu, d'insolite, d'inquiétant, voire d'un périlleux qui fait agréablement frissonner. Mais aussi, certitude d'une nouveauté et peut-être d'un renouveau. Le hasard, surtout dangereux, remettant en cause notre état présent, transforme notre destin, nous offre l'occasion de faire notre mue. A nous de la saisir.

Aussi l'aventure, bien que riche en fatigues, en souffrances, en risques, est toujours tentante. Ceci pour deux raisons :

1. Elle nous divertit, en faisant craquer le cercle de nos habitudes. Après l'aventure, nous avons des chances de vivre dans des conditions tout autres que précédemment. Pendant l'aventure, nous sommes affranchis de nos soucis routiniers, nous vivons à un rythme exaltant; l'ennui, le chagrin, la peur du lendemain s'estompent. Nous avons, en vivant l'aventure, un sentiment de libération : du fait que nos habitudes, notre mode de vie sont bouleversés, nous sentons se relâcher nos liens avec le passé et les contraintes sociales, légales. Nous devenons disponibles, prêts à une existence vierge, — impression enivrante qui nous donne l'illusion que nous ne pesons plus sur terre de notre poids d'homme. Mirage, sans doute, dans la plupart des cas. Seules les grandes aventures, celles qui mettent la vie en jeu, guerre, complot, révolution libèrent intégralement ceux qui les vivent. Dans Prélude à Verdun, Jules Romains analyse la mentalité des combattants, voués à une mort presque certaine. S'ils acceptent, constate-t-il, un destin cruel, immérité, c'est par orgueil, certes, afin de ne pas se diminuer aux yeux des autres; surtout, ils ont l'impression réconfortante, tonique, de rompre avec l'être qu'ils furent, d'échapper au réseau d'obligations que la famille, la morale, la loi, les convenances, les sentiments ont tissé autour d'eux.

2. Confrontés à un état de choses inattendu, nous sommes obligés de faire un effort sur nous-mêmes, pour nous adapter à des circonstances inconnues. Si banale soit-elle — simple incident de voyage — l'aventure nous contraint à nous dépasser, en montrant présence d'esprit, souplesse, parfois courage et endurance. Bref ce qu'il y a de meilleur en nous est sollicité, mis à profit. Une fois le cap franchi, nous risquons d'être meilleurs : peut-être avons-nous été débarrassés de préventions, de craintes futiles. Nos vertus, mises à l'épreuve, se seront épanouies. Les caprices du sort ont pu nous ménager de bénéfiques contacts. En un mot l'aventure est enrichissante. Nous faisons peau neuve et notre nouvelle enveloppe est de matière plus rare. […]

L'amour de l'aventure a des interférences avec le sens exotique, le désir d'évasion, le goût des voyages, le sentiment héroïque, et c'est normal. Au départ de l'aventure, quelle qu'elle soit, il y a toujours un besoin de changement. «Le pirate, écrit Gilbert Lapouge, est un homme qui n'est pas content. L'espace que lui allouent la société ou les dieux lui paraît étroit, nauséabond, inconfortable. Il s'en accommode quelques brèves années et puis il dit « pouce », il refuse de jouer le jeu. Il fait son baluchon... » Tous les aventuriers ne sont pas des pirates, mais ils veulent changer d'horizon. Le mouvement leur est imposé : déplacement corporel en général; quelquefois divagation de l'esprit, errance dans le monde du rêve ou des chimères. Certes les sages résistent à cette quadruple tentation ils s'accommodent de leur sort, ils démystifient l'héroïsme, ils vivent en plein accord avec eux-mêmes, ils restent en place. Diogène dans son tonneau, Montaigne en sa librairie, Pascal dans sa chambre, La Fontaine dans ses parcs... L'immobilité, c'est le remède efficace contre le désir de tenter l'aventure, d'aller « ailleurs », afin de connaître une existence plus comblée, de cueillir l'immortalité de la gloire. Certes, tous ceux qui ne sont pas des sages, et qui s'agitent, ne sont pas des aventuriers. Il s'en faut de beaucoup. La plupart restent cramponnés à leur bureau, à leur pré, à leur usine, à leur école, se contentant de grommeler et de rêver à l'aventure. Seule une mobilisation générale ou un cataclysme, leur forçant la main, les pousse à partir. L'aventurier authentique, non mobilisé, est un homme qui se meut librement : on ne court pas l'aventure sur place. Un environnement habituel, une façon de vivre monotone, des visages trop connus érodent les passions primaires, seul levain de l'esprit d'aventure.

Roger Mathé, L'aventure d'Hérodote à Malraux.




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