Saturday, December 24, 2011

Dieu selon Carl Gustav Jung





Jung parle souvent de Dieu dans ses ouvrages. Lors d'une émission de la B.B.C. en 1959 (« Face à Face ») on lui demanda : « Croyez-vous en Dieu ? ». Jung répondit «Je n'ai pas besoin de croire en Dieu ; je sais. » Cette réponse provoqua immédiatement un flot de lettres écrites par ceux qui croyaient que la foi de Jung en « Dieu » était la même que la leur ; d'autres auditeurs disaient qu'ils ne croyaient pas en « Dieu », alors que d'autres encore voulaient savoir ce qu'il entendait au juste par « Dieu ». Dans l'impossibilité de répondre à ces nombreux correspondants, Jung choisit d'exprimer sa pensée sur ce point dans une lettre datée du 21 janvier 1960 qui fut publiée dans The Listener :

Monsieur,

J'ai reçu de nombreuses lettres dans lesquelles il était fait état de mes propos sur la « connaissance » (de Dieu). Ma façon de concevoir la « connaissance de Dieu » est peu conventionnelle et je comprendrai fort bien que l'on me reprochât de ne pas être un bon chrétien. Pourtant je me considère chrétien car je me fonde sur des concepts chrétiens. J'essaye seulement d'échapper à leurs contradictions internes en faisant intervenir une attitude plus modeste qui tienne compte des vastes ténèbres qui règnent dans l'âme humaine. L'évolution continue de l'idée chrétienne, comme celle du bouddhisme également, est une preuve de vitalité. Notre époque a certainement besoin de voir se développer un nouveau mode de pensée à ce sujet, car il n'est plus possible de continuer à penser à la façon des Anciens ou des chrétiens du moyen âge lorsque nous pénétrons dans le domaine de l'expérience religieuse.


Je n'ai pas dit, au cours de l'émission radiophonique en question : « Dieu existe ». J'ai dit : « Je ne crois pas en Dieu : je sais ». Ce qui ne veut pas dire que je connaisse un certain Dieu (Zeus, Jahvé, Allah, le Dieu de la Trinité, etc...) mais plutôt : je sais que je me trouve, de toute évidence, en face d'un facteur inconnu que j'appelle « Dieu » en consensu omniumquod semper, quod ubique, quod ab omnibus creditur »). Je me souviens de Lui, je L'évoque, chaque fois que je me sers de Son nom lorsque la colère ou la crainte m'envahit, chaque fois qu'involontairement je dis : « Oh Dieu ».

Ceci se passe chaque fois que je rencontre quelqu'un ou quelque chose de plus fort que moi. C'est une expression heureuse qui convient à toutes les émotions irrésistibles de mon propre système psychique, qui maîtrisent ma volonté consciente et s'emparent du contrôle que j'exerce sur moi-même. C'est le nom par lequel je désigne tout ce qui traverse mon chemin violemment et sans ménagement, tout ce qui bouleverse mes idées subjectives, mes plans et mes intentions et qui change le cours de ma vie pour le meilleur et pour le pire. D'accord avec la tradition, j'appelle « Dieu » la puissance du destin sous son aspect positif comme sous son aspect négatif et dans la mesure où son origine n'est pas vérifiable ; c'est un « dieu personnel » puisque mon destin signifie surtout moi-même, surtout lorsqu'il me parle sous la forme de la conscience comme une vox Dei avec laquelle je puis même m'entretenir et discuter. (Nous faisons et en même temps nous savons que nous faisons. Nous sommes sujet et objet à la fois.)

Et cependant, je considère qu'il serait intellectuellement immoral de se permettre de penser que le dieu que je conçois est l’Être universel et métaphysique des confessions ou des « philosophies ». Je n'ai pas l'impertinence de postuler une hypostase, ni l'arrogance de décerner des attributs tels que : « Dieu ne peut être que bon ». Seule mon expérience personnelle peut être bonne ou mauvaise, mais je sais que la volonté supérieure repose sur une base qui transcende l'imagination humaine. Étant donné que je connais ma confrontation avec une volonté supérieure, je connais Dieu, et si, de façon illégitime, je tentais d'hypostasier ma représentation, je dirais que je connais un Dieu qui est au-delà du bien et du mal, qui règne en moi comme ailleurs : Deus est circulus cuius centrum est ubique, cuius circumferen-tia vero nusquam.

Zürich


Votre etc... 
Carl Gustav Jung. 


Source : Ce que Jung a vraiment dit.




Bande annonce VO de A dangerous method un film de David Cronenberg avec Michael Fassbender, Keira Knightley, Viggo Mortensen, Vincent Cassel.









La psychologie normale et anormale doit beaucoup à Carl Gustav Jung. C'est lui qui introduisit dans ce domaine les termes d'extraversion, d'introversion et de complexe, familiers aux psychologues et éducateurs. C'est lui également qui a élargi le sens du mot « inconscient ». Il a soutenu que l'esprit, comme le corps, porte les traces de ses ascendants et, le premier, il a émis l'hypothèse d'« inconscient collectif » qui souleva enthousiasme et controverse. Mais, comme celle d'autres pionniers, la pensée de Jung a souvent été mal comprise. E.A. Bennet, ami du grand psychologue, l'éclaire heureusement dans ce livre, de la manière la plus complète et la plus vivante. 



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