Monday, January 16, 2012

Fascisme du renard & religion planétaire





Éva Joly, candidate des écologistes à l'élection présidentielle, a récemment proposé un jour férié pour les juifs et les musulmans.

L'attitude des écologistes à l'égard de l'environnement se transforme souvent en dévotion, voire en un culte de la nature. Les écologistes envisagent une autre manière d'être, de penser, d'agir et de vivre pour sauver la planète. Selon eux, Il faut rapidement changer de paradigmes pour créer une civilisation planétaire idéale. Or la mouvance du Nouvel Age ne dit pas autre chose, elle envisage même une religion mondiale. Cette religion sera inaugurée par la venue du Christ-Maitreya qui serait aussi le Messie des juifs, le Mahdi des musulmans, Kalki des hindous... On comprend mieux la bienveillance d'Éva Joly à l'égard des croyants, des musulmans et des juifs.

Le réchauffement climatique, la pollution, le nucléaire... toutes les grandes peurs du IIIe millénaire seront-elles utilisées afin d'imposer un gouvernement mondial et la religion planétaire de l'homme global ? En tout état de cause, l'homme global, le nouveau serf planétaire, prend désormais la place du citoyen qui n'a pas survécu à trois décennies de dictature de l'oligarchie financière et politique. Un philosophe dénonce ce fascisme du renard qui musèle la véritable démocratie.

Le fascisme du renard

Par Michel Onfray

L'époque du fascisme casqué, armé et botté a disparu. Cette formule présente l'avantage de la visibilité : les modalités de l'exploitation se repèrent dans la rue, les commissariats, les écoles de guerre, les médias, l'université et autres lieux sensibles de la société civile. Le coup d’État sur le principe putschiste avec l'aide d'une colonne de blindés et la troupe de soldats d'élite déterminés, sans foi ni loi, tout cela a disparu. Les États-Unis ont beaucoup pratiqué ainsi en Amérique du Sud au XXe siècle, quelques pays africains persistent sur ce modèle passé de mode, mais le fascisme ne recourt plus à d'aussi grosses ficelles. Le fascisme de lion laisse désormais place à un fascisme de renard : il mérite une analyse.

D'abord le fascisme de lion : banal, classique, entré dans les livres d'histoire, il suppose la communauté nationale mystique qui ingère et digère visiblement les individualités au profit d'un corps mystique transcendant — la Race, le Peuple, la Nation, le Reich... La vie privée disparaît dans l'athanor en fusion de la collectivité toute-puissante. La propagande envahit tous les domaines et détermine à lire, penser, consommer, s'habiller, se conduire d'une manière précise, déterminée et unique. Tout discours alternatif est rendu difficile, fustigé, dénigré, voire interdit. La raison compte pour rien, on la présente d'ailleurs comme un facteur de décadence, un ferment de décomposition pour lui préférer l'instinct national, la pulsion populaire, l'énergie irrationnelle des masses sollicitée avec force discours et techniques de sujétion médiatique. La mise en forme de cette déraison pure suppose le chef charismatique, le grand organisateur, le principe de cristallisation.

Ensuite, le fascisme de renard : il tire les leçons du passé et suppose des arrangements formels, des révolutions de signifiants. Car le libéralisme, lui, est plastique, voilà d'ailleurs sa force. Le coup d’État n'est pas populaire : trop visible, trop indéfendable en ces heures de médiatisation planétaire et de plein pouvoir des images. Mauvais genre... D'où la mise à l'écart de la violence du lion machiavélien au profit du renard appartenant au même bestiaire mais célèbre pour sa ruse, sa rouerie, sa filouterie. Le lion recourt à la puissance de l'armée, le goupil à la force des agencements discrets.

Pour le contenu, les choses changent peu : il s'agit toujours de réduire le divers à l'un et de soumettre les individualités à une communauté qui les transcende ; on recourt à la pensée magique, aux instincts plus qu'à la raison ; on intimide ; on justifie la terreur par la lutte contre des ennemis transformés en bouc émissaire; on contraint moins par corps qu'on ne subjugue les âmes ; on ne maltraite pas les chairs, mais on matraque l'esprit; on ne lâche pas la troupe ; on formate les intelligences à ne pas ou plus penser : rien de bien neuf, sinon l'emballage... Le succès de l'entreprise se confirme : dans les zones à domination libérale — l'Europe maastrichtienne en faisant bien sûr partie —, l'édition et la presse servent le même brouet insipide ; les politiciens au pouvoir, droite et gauche confondues, défendent un même programme sous de fausses différences orchestrées pour le spectacle ; la pensée dominante célèbre la pensée des dominants ; le marché fait la loi sur la totalité des secteurs — éducation, santé, culture, bien sûr, mais aussi armée et police ; partis, syndicats, parlements participent de l'oligarchie reproduisant le social à l'identique ; on déconsidère l'usage public de la raison critique au profit de logiques irrationnelles de communication — savamment théâtralisées et scénographiées par des consortiums financiers en situation de monopole ; on manipule quotidiennement les masses par un usage adducteur de la télévision ; on empêche tout projet constructeur un tant soit peu consistant au profit d'une religion consumériste, etc

Ce fascisme de renard est micrologique, car il se manifeste dans des occasions infimes et minuscules. Leçon de Michel Foucault : le pouvoir est partout. Donc dans les intervalles, les interstices, l'entre-deux du réel. Ici, là, ailleurs, sur de petites surfaces, dans des zones étroites. Mille fois dans la journée, cette renardie produit des effets.

Autre leçon magistrale, celle de La Boétie : il affirme dans son Discours de la servitude volontaire que tout pouvoir s'exerce avec l'assentiment de ceux sur lesquels il se manifeste. Ce micro-fascisme ne vient donc pas du haut, mais il irradie sur le mode rhizomique avec des passeurs — potentiellement, chacun de nous... — qui deviennent des conducteurs, au sens électrique, de cette énergie mauvaise. Ce constat constitue le premier temps nécessaire à une logique de résistance. Savoir où est l'aliénation, comment elle fonctionne, d'où elle provient, permet d'envisager la suite avec optimisme.

Michel Onfray, La puissance d'exister.


La puissance d'exister

Après avoir écrit une trentaine de livres publiés en une vingtaine de langues et donné des conférences au Japon, au Brésil, aux États-Unis, en Argentine, en Inde, en Haïti, en Australie, au Mali, en Mauritanie, au Canada, au Maroc, sans parler d'une dizaine de pays d'Europe, Michel Onfray n'avait jamais été invité à Paris pour présenter son travail avant 2005, soit seize années après la parution de son premier livre. C'est à l'invitation de la Bibliothèque Nationale de France qu'il a donné en trois conférences une synthèse de sa proposition philosophique hédoniste qui contient une historiographie, une éthique, une esthétique, une bioéthique, une érotique, une politique.

Ce travail a généré un texte repris, développé et augmenté. Il s'agit donc ici d'une véritable synthèse du chantier philosophique que l'auteur de La sculpture de soi s'est choisi à l'ombre de Nietzsche et des penseurs libertins ou matérialistes. 

Introduction magistrale à son œuvre, cette Puissance d'exister s'ouvre de surcroit sur un texte majeur, d'une cinquantaine de pages, dans lequel l'auteur revient, sur un mode courageusement autobiographique, sur l'épisode fondateur de sa « vision du monde » - à savoir son séjour, au début de l'adolescence, dans un pensionnat dirigé par des prêtres salésiens. C'est là qu'il bâtit, par réaction, sa métaphysique hédoniste. Et là, sans doute, que s'amorça son grand règlement de compte avec le platonisme et le christianisme.





2 comments:

  1. Anonymous1:13 PM

    Utiliser la peur de la destruction de l’environnement pour asservir, on appelle cela de l'opportunisme. La taxe carbone en est un assez bon exemple.
    On préfère garder les gens dans le système, avec leur culpabilité d'en faire partie.

    Par contre, cela ne change en rien le fait que l'urgence écologique est bel et bien là, ni -n'en déplaise à Onfray- que la Nature est bel et bien d'essence divine.

    Les "partis écologistes" ne sont pas à même de nous sortir de là, car leurs dogmes gauchistes sont trop présents. On peut très bien être contre le nucléaire sans nécessairement pour un jour férié pour les musulmans...

    Et pour finir, j'aurais tendance à me méfier de l'utilisation du mot "fascisme". On peut voir des fachos partout, sinon...

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  2. Anonymous1:04 PM

    Besoin d'argent ? Envie d'argent ? Ecrivez n'importe quoi dans un livre, surtout si vous avez déjà l'étiquette philosophe, ça rapporte....

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