Tuesday, February 28, 2012

Le citoyen paysan





La démocratie

Au siècle de Périclès, Athènes est une démocratie directe où tous les citoyens participent dans l'Assemblée (ecclésia) au gouvernement de l’État. En effet, si les Anciens n'ont pas ignoré complètement le gouvernement représentatif, tel qu'il est pratiqué dans les États modernes (la constitution de la Confédération béotienne, telle qu'elle fonctionne entre 447 et 386, dans la mesure où nous la connaissons, semble un cas typique de gouvernement représentatif ), la plupart des cités antiques ont été gouvernées directement par l'ensemble de leurs citoyens, et l'Assemblée était la source de tous les pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Évidemment, une telle forme de gouvernement n'est possible que dans les États d'étendue restreinte, et seules les assemblées locales des cantons suisses peuvent nous donner aujourd'hui quelque idée des ecclésiaï des républiques antiques.

Pour être citoyen, pour avoir le droit de siéger à l'assemblée du peuple, deux conditions étaient nécessaires : il fallait être né de père athénien, et, à partir de la loi de Périclès de 451, il fallait aussi que la mère fût athénienne; en second lieu, il fallait être majeur; on l'était à dix-huit ans, mais, comme on faisait deux ans de service militaire, on n'accédait pas à l'Assemblée avant vingt ans. Les Athéniens pouvaient, par décret, concéder le droit de cité à un étranger, et ils pouvaient aussi retirer ce droit à l'un des leurs en le frappant d'atimie, c'est-à-dire de déchéance civique.

La vie quotidienne du citoyen athénien était dominée par le soin qu'il prenait des affaires de l'État, au moins en principe, car il est évident que les campagnards de l'Attique — les Strepsiade, Dicéopolis et Trygée avant leur établissement forcé en ville — ne pouvaient sans cesse délaisser leurs fermes et les travaux de la terre, surtout à l'époque des labours et à celle des moissons, pour venir siéger à la Pnyx, et c'est là ce qui explique que, sur un total approximatif de 40000 citoyens athéniens, il ait suffi d'un quorum de 6000 votants pour les décisions considérées comme les plus graves. Mais cet absentéisme inévitable était, autant que possible, limité, et c'est la raison, sans doute, pour laquelle toute convocation de l'assemblée devait être proclamée, ainsi que son ordre du jour (programma), quatre jours d'avance : ainsi les campagnards étaient prévenus à temps.

L'opinion publique est très sévère pour quiconque paraît se désintéresser des affaires de l'État, et il faudra attendre la fin du IVe siècle, après la perte de l'indépendance athénienne à Chéronée (338), pour qu'une école philosophique, celle d'Épicure, ose conseiller au sage de s'occuper exclusivement de ses affaires personnelles, de son propre bonheur. Au temps des « Marathonomaques », on ne concevait pas que le bonheur de l'individu pût être dissocié de la prospérité de l'État. L'institution d'une indemnité pécuniaire pour les citoyens présents à l'Assemblée (misthos ecclésiasticos), après la guerre du Péloponnèse, ne fut pas seulement une mesure démagogique, comme on le dit souvent à tort : sans cette indemnité, comment les thètes, c'est-à-dire les Athéniens salariés, les prolétaires, auraient-ils pu assister aux séances, qui parfois duraient une journée entière et se tenaient quatre fois par mois au moins, et, en fait, beaucoup plus souvent ?

Si l'on retraçait la vie quotidienne d'un Européen du XXe siècle, on pourrait négliger de parler du devoir électoral, qu'il n'a l'occasion d'accomplir que de loin en loin. L'Athénien de la ville, lui, non seulement participait à ces assemblées fréquentes, mais encore il pouvait être nommé pour un an magistrat ou membre du Conseil des Cinq-Cents (bouleute) ou juge, et c'était alors la plus grande partie de son temps, certainement, qui se trouvait accaparée par les affaires publiques. Il paraît donc indispensable de décrire ici, au moins sommairement, les rouages de la machine politique d'Athènes.

L'assemblée de la Pnyx n'était pas la seule à laquelle un Athénien libre dût prendre part. Il y avait aussi les assemblées des phratries, des dèmes et des tribus, qui assuraient l'administration locale. Clisthène, en 508, avait fait disparaître les anciennes divisions de l'Attique, un peu à la manière dont la Révolution française remplacera les provinces par les départements, et il avait réparti les citoyens en dix tribus (phylaï) dont chacune avait pour « patron » un héros de l'Attique et en portait le nom : Erechthéis (d'Erechthée), Egéis (d'Egée, le père de Thésée), Pandionis (de Pandion), etc. Chaque tribu possédait des terrains et élisait des magistrats pour administrer ses biens. Et l'on peut en dire autant des dèmes, qui étaient une subdivision de la tribu (à l'origine, il y avait cent dèmes, à raison de dix par tribu, mais, par la suite, il y en eut davantage). Le Céramique, Collytos, Mélitè, Scambonidaï étaient des dèmes urbains ; Acharnes, Marathon, Décélie, des dèmes ruraux. Chaque citoyen athénien était désigné officiellement par trois noms : le sien propre, le nom de son père (patronyme) et le nom de son dème (démotique) : Périclès, fils de Xanthippe, du dème de Cholarges; Alcibiade, fils de Cleinias, du dème de Scambonidaï ; Démosthène, fils de Démosthène, du dème de Péanie. Le chef du dème ou démarque avait des fonctions un peu analogues à celles d'un maire d'aujourd'hui ; il tenait la liste des membres de son dème, c'est-à-dire, si l'on veut, un état civil, ou plutôt une liste électorale; il était élu pour un an par ses concitoyens.

Enfin la phratrie est une subdivision du dème, dont nous ne connaissons pas l'organisation. Son nom même évoque un groupe de familles apparentées par le sang, car il a certainement la même origine que le latin frater.

Les assemblées des tribus, des dèmes, des phratries enserraient donc le citoyen athénien dans tout un réseau d'obligations et de droits, mais elles se réunissaient moins fréquemment que les assemblées de la cité. [...]

L'autarcie

On reprochait aux sophistes de faire payer leurs leçons, et cette critique est profondément révélatrice de l'état d'esprit des Grecs anciens à l'égard des professions et des métiers. Nous disons aujourd'hui que « tout travail mérite salaire », et la rétribution du service rendu nous paraît chose non seulement naturelle, mais juste. Il n'en était pas de même au temps de Périclès, où les idées concernant l'organisation sociale remontaient à l'époque archaïque et n'avaient guère varié depuis Hésiode.

Or, pour le poète des Travaux et Jours, le meilleur genre de vie, très pénible certes, mais le seul qui assure pleinement la dignité de l'homme, est celui du paysan propriétaire, qui trouve sur son domaine de quoi nourrir et vêtir lui-même et les siens, de quoi satisfaire à tous les besoins de sa famille. Dépendre d'un autre pour sa subsistance quotidienne paraît au Grec épris de liberté une servitude intolérable. L'homme vraiment libre doit être entièrement son maître ; comment le serait-il s'il reçoit d'autrui un salaire ? Pour Homère déjà, la pire des conditions humaines était celle de l'ouvrier agricole, du thète, c'est-à-dire du prolétaire que la misère contraint à louer le service de ses bras. L'idéal est donc celui de l'autarcie individuelle ou du moins familiale, qui ne peut guère se pratiquer totalement qu'à la campagne. Hésiode fabrique lui-même sa charrue et tous les instruments dont il se sert. Quant aux vêtements, ce sont les femmes de la maison qui filent la laine, puis la tissent. Le paysan des Travaux et Jours peut être contraint à faire quelques transactions, mais, en principe, il y répugne ; le commerce maritime l'effraie.

Robert Flacelière


Le citoyen paysan du IIIe millénaire


La démocratie directe nous débarrassera des professionnels de la politique, comme ces députés qui viennent pointer au parlement européen le vendredi à 7h pour bénéficier des indemnités de présence non négligeables... les valises prêtes à partir en week-end. (vidéo ci-dessous)

Il est possible de réduire les méfaits (pollution, cancers, changement climatique...) de l'agriculture intensive en redistribuant les terres des entreprises agricoles irresponsables. De nombreuses familles pourraient posséder un domaine d'étendue moyenne, vivre en autarcie et pourvoir aux besoins alimentaires des citadins. Une condition est indispensable : diminuer considérablement, voire arrêter, la production de viande. En effet, « La surface des terres utilisées pour produire des aliments consommables directement par l'homme permet de nourrir 14 fois plus de gens que la même surface utilisée pour faire pousser de l'herbe destinée à l'élevage des animaux de boucherie. L'animal représente une très mauvaise source de calories pour l'alimentation humaine; il ne rend que 15% des calories qu'il reçoit sous forme de lait, 7% sous forme d’œufs et 4% sous forme de viande de bœuf. A ce gaspillage calorique s'ajoute un important gaspillage protéique : de toutes les protéines que l'animal consomme, 23% seulement sont rendues à la consommation alimentaire humaine sous forme de lait, 12% sous forme de viande de porc et 10% sous forme de viande de bœuf. » (Scharffenberg)



1 comment:

  1. Il est temps qu'on déboute une fois pour toutes les mythe des origines athéniennes de l'idée démocratique, de la même manière que Marion Sigaut a débouté celui des origines voltairiennes du libre esprit humaniste moderne. Dans votre brève et idyllique description de la vie politique athénienne des temps classiques, vous faites une omission grave : pour être citoyen d'Athènes il ne suffisait pas d'être né d'une bonne famille athénienne, il fallait être passé par l'agôgê, qui était une initiation homosexuelle pédophile avant toute chose, militaire en deuxième lieu, et intellectuelle en troisième lieu seulement (presque toujours dans le seul registre de l'apprentissage de la ruse commerciale et politique avec fort recours à la magie des dieux olympiens), ce n'est que par déformation rétrospective que les historiens ont longtemps retenu ce seul dernier aspect en l'idéalisant beaucoup, en se fondant sur quelques personnalités atypiques mais géniales et célèbres s'étant illustrées dans cette culture. Les mentors à même de procurer cette initiation de sept ans aux éphèbes étaient rares et chers, si bien que le nombre de citoyens de droit par rapport à la population de fait fut bien plus petit qu'on l'a pensé jusqu'à récemment : 1-2% des adultes de l'Attique peut-être, une sorte de landed gentry à l'américaine sudiste chère à Jefferson et au Tea Party actuel. On peut penser aussi au système britannique des public schools. Le mot dêmos de démocratie signifiait alors non pas peuple mais collège, cercle (en alternance avec kuklos) il s'opposait à phratria, groupement affectif naturel, autrement dit il s'agissait d'un état désireux avant tout d'oblitérer les liens spontanés ou familiaux au profit de la seule appartenance au groupe politique. Les mentors à même de transmettre la "gnôsis" par voie anale encore plus qu'orale étaient tous appointés par la société ultra-secrète d'Éleusis, aux rituels des plus terrifiants, qu'il était interdit de divulguer sous peine de mort. Un garçon ayant connu l'amour d'une femme ou simplement eu une puberté trop avancée avant d'être sodomisé par un mentor de la secte était à jamais exclu du nombre des citoyens. Autrement dit c'était une société de contrôle mental absolu du genre que la CIA aime à utiliser (MK ultra...), pour faire approuver par un large groupe des décisions toujours prises par des maîtres devant rester secrets, ainsi que l'exprimait bien le symbole de l'oiseau nocturne. La nécessité de ce mode de gouvernement secret, impénétrable à l'oeil du voyageur, était imposée par le fait que la cité vivait de piraterie et de traffic interlope essentiellement. Athènes fut bien une pionnière non pas de la démocratie directe ainsi qu'on la fait rêver, mais du pire de la tradition occidentale, le gouvernement par l'occulte et la pédo-criminalité. Athènes était comme par hasard en dépit de ses principes égalitaires théoriques une vile antique beaucoup plus inégalitaire que les autres sur le plan de la fortune, où l'artisanat faisant sa renommée était le fait d'une main d'oeuvre importée des plus faméliques. Cette merveilleuse démocratie athénienne accoucha comme on sait des philosophies les plus anti-progressistes, élitistes, liberticides et fatalistes qui fussent, au nom desquelles la civilisation hellénistique puis romaine qui allait suivre allait écraser tant de peuples, en fait un mépris inégalé du travail et des classes travailleuses s'en trouva formulé et un intense goût pour l'occultisme qui allait stopper le miracle scientifique grec.

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