Wednesday, February 29, 2012

Mondialisation & démocratie





Le candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande, lance un appel au patriotisme des riches pour qu'ils contribuent eux aussi à l'effort de redressement de la France. Les personnes qui gagnent plus d'un million d'euros par an seront taxés à hauteur de 75 % si les socialistes parviennent au pouvoir.

Mais le patriotisme, le civisme, l'altruisme... ne seraient pas des vertus de riches. Selon une étude réalisée aux États-Unis et au Canada et publiée dans la Revue de l'Académie nationale des Sciences (PNAS), les personnes issues des classes les plus aisées ont davantage tendance à enfreindre les règles, à chaparder ou à mentir dans le but de s'enrichir encore plus.


L'histoire et les réalités d'aujourd'hui nous apprennent que les riches et les privilégiés de toutes les sociétés ont, fondamentalement, peu d'attachement au principe d'égalité. Les membres des classes supérieures, une fois leur position dans le monde assurée, se montrent bien trop prêts à retirer l'échelle pour empêcher leurs inférieurs d'accéder à leur niveau. Pour la plupart, ils se satisferaient d'un monde dans lequel seraient préservés des avantages pouvant être transmis à leur descendance.

On peut donc raisonnablement avancer que la flamme de l'égalité, et donc celle de la démocratie, doit être entretenue par la vaste majorité de la population qui n'appartient pas aux classes supérieures. Le mouvement vers l'égalité et la démocratie vient surtout d'en bas, pas d'en haut. 


Sous ce jour, quelles sont les perspectives de l'égalité et de la démocratie dans un monde globalisé, s'appuyant sur une technologie avancée, et dans lequel une poignée d'États ont beaucoup plus de pouvoir — militaire, économique, politique et culturel — que tous les autres réunis ? 


À l'avenir, la démocratie dépendra autant des luttes sociales que lors de son développement passé. La démocratie n'est jamais immobile, ce n'est pas un monument en l'honneur de gloires passées et de déclarations retentissantes. Soit elle avance, soit elle recule, et ses partisans ne pourront jamais cesser de défendre leurs actions ou leurs idées. 


Paradoxalement, les obstacles sur le chemin de la démocratie et les conditions de son avancée relèvent d'aspects contradictoires des mêmes problèmes. Certaines des grandes interrogations de notre époque qui détermineront la force de la démocratie sont les écarts de richesse et de revenus, pas seulement entre tel ou tel pays, mais entre les pays avancés et ceux du reste du monde : accéder à une éducation de qualité pour toute la population ; bénéficier de services de santé universels, obtenir un emploi qui soit protégé, lutter contre la marginalisation selon l'ethnie, la race, le sexe, les choix sexuels et la religion ; endiguer la guerre et prévenir la diffusion d'aunes encore plus meurtrières ; ouvrir les frontières pour permettre l'émigration là où le développement économique oblige les populations à se déplacer ; enfin, sauvegarder l'environnement, par exemple en arrêtant de détruire les autres espèces de manière incontrôlée. 


Chacune de ces questions est un défi pour les démocrates, non seulement pour se servir du meilleur de leurs propres traditions nationales, mais pour trouver les moyens d'établir des cultures démocratiques capables de dépasser les frontières. En même temps, ces questions érigent des barrières vertigineuses sur le chemin de la démocratie, tout simplement parce qu'elles seront susceptibles de se traduire (et se traduiront) en séries de mesures préservant les avantages des privilégiés — particuliers, pays ou cultures — au moyen de l'exclusion et de la marginalisation de grands pans de la population, et sur certains problèmes, de la majorité de l'espèce humaine.

L'histoire montre que les mouvements politiques autoritaires particulièrement puissants sont capables de mobiliser des millions de personnes pour agir et résoudre des problèmes de base au moyen de programmes qui sont l'antithèse absolue de la démocratie. Dans les années 1930, le fascisme et le nazisme ont démontré que les tergiversations des démocrates et leur incapacité à prendre à bras-le-corps les problèmes urgents, comme le chômage de masse ou la pauvreté, ont laissé le loisir d'agir à d'autres. Et les solutions autoritaires peuvent entraîner, outre la liquidation des droits démocratiques, l'incarcération de milliers de personnes et, dans les cas extrêmes, l'assassinat de millions d'êtres humains. 


La vitalité de la démocratie dépendra de la manière dont les partis et les mouvements politiques relèveront le défi. Pas seulement sur les problèmes socio-économiques et environnementaux qui ravagent notre monde, mais aussi sur les campagnes menées par les intolérants qui utiliseront ces problématiques pour défendre de fausses solutions basées sur la haine et la désignation de boucs émissaires. Aujourd'hui les démocrates constatent que des murs de haine s'élèvent à perte de vue, sous la double forme du sentiment anti-immigrés et du fondamentalisme religieux. 


Dans le quart de siècle qui vient de s'écouler, les partis démocratiques de toutes tendances en Europe et en Amérique du Nord ne sont absolument pas parvenus à résorber l'écart croissant entre les ressources d'un petit segment de la population qui s'est énormément enrichi et celles de la vaste majorité des habitants des pays avancés, et plus encore, au niveau mondial, de toute l'humanité. Des partis de centre droit comme les chrétiens-démocrates allemands jusqu'aux démocrates américains ou aux socialistes français, aucun n'a réussi à arrêter la course d'une économie de marché mondialisée vers une inégalité de plus en plus prononcée.

L'inégalité, entre autres problématiques — et non des moindres —, s'est révélée une question brûlante en septembre et octobre 2008, quand a surgi la crise financière mondiale la plus grave depuis la grande dépression qui avait commencé en 1929. Des institutions financières ont implosé, des bourses se sont effondrées, des marchés de crédit ont cessé de fonctionner et des gouvernements ont été obligés de renflouer les banques et autres institutions financières au prix de centaines de milliards de dollars. Dans certains cas, notamment au Royaume-Uni, le gouvernement a nationalisé des banques. Le système de marché que le monde connaissait depuis trente ans a sombré dans le chaos. Les gouvernements sont entrés dans la danse, en espérant que leurs interventions, concertées et de grande ampleur, relanceraient l'économie. Le ressentiment et la peur ont assailli les nations du monde entier, lorsque des dizaines de millions de personnes se sont considérées comme trahies par leurs dirigeants économiques et politiques.

La grande colère des exclus du progrès peut ouvrir la porte à une démocratie renforcée, mais, dans le même temps, apporter de l'huile au moulin de ceux qui élaborent des mensonges en soutenant que le monde est mené par tel ou tel groupe religieux ou ethnique que l'on peut isoler et attaquer. Dans la doctrine nazie, le monde était mené par les financiers juifs qui avaient poignardé l'Allemagne dans le dos lors de la Première Guerre mondiale.

Aujourd'hui, le monde regorge de nouvelles théories à usage discriminatoire : en Europe, on a peur des immigrés musulmans et de leurs descendants ; aux États-Unis, des immigrants hispaniques ; et dans bien des parties du monde, on redoute la propagande des religieux fondamentalistes, qui cherche à accuser de tous les maux les adeptes des autres religions. Ce sont ces formes de haine qu'on peut utiliser pour expliquer que les immigrants retirent leur travail aux Français, que les nouveaux arrivants sapent le niveau de vie des Américains de classe moyenne ou que Dieu a un plan divin pour les croyants d'une foi particulière, que les desseins des autres religions ne doivent pas contrarier.

Au moment où la démocratie, confrontée à des obstacles sérieux, décline dans de nombreux endroits de la planète, des mouvements qui veulent la défendre ont vu le jour ces dernières années. Les menaces qui pèsent sur la démocratie ne doivent pas être sous-estimées, mais à l'inverse il ne faudrait pas négliger les forces qui la sou-tiennent et la répandent. C'est une nouvelle politique qui est en train de naître sur la planète, venant d'origines très variées : des progressistes aux sociaux-démocrates, socialistes, humanistes, environnementalistes, croyants non fondamentalistes, féministes, syndicalistes, activistes urbains ou s'opposant à la misère, étudiants et écrivains. Elle est nécessairement diverse, pluraliste et démocratique. Ses origines philosophiques sont aussi anciennes que contemporaines. Dans chaque pays, cette politique planétaire prend une forme spécifique, venue de conditions et de cultures particulières.

Pour les démocrates, le grand défi est de revigorer la démocratie aux niveaux local et national, en défendant des projets qui, pour la première fois dans l'histoire, soient de l'intérêt de tous, partout. L'objectif doit être planétaire. Mais alors que les entreprises ont conçu des plans dépouillant les États-nations de leurs pouvoirs, le projet démocratique doit rendre le vrai pouvoir aux nations afin qu'elles puissent élaborer leurs plans sociaux, diriger leurs propres économies et se comporter comme les intendants de leur portion de planète.

Ce type de projet peut sembler nourri de paradoxes et de contradictions, certes. Il prend le contre-pied, en grande partie, de ce qui a déterminé les perspectives de la planète dans les trois dernières décennies, pendant la phase dite de mondialisation, qui a en effet nettement resserré les liens des personnes et des nations. Mais ces liens étaient basés sur une amplification du pouvoir de quelques-uns aux dépens de celui du plus grand nombre, sur toutes sortes de sujets. À tel point que nous pouvons en tirer une conclusion : la mondialisation a bel et bien paralysé la démocratie à un degré inquiétant.

James Laxer, La démocratie





La démocratie 

Les Occidentaux sont attachés aux modèles démocratiques qui les gouvernent. Mais peut-on parler de démocratie lorsque les décisions réelles sont prises par ceux qui détiennent le capital et que les droits de certaines minorités ne sont pas pris en compte ?

Car la démocratie, James Laxer le démontre, c'est beaucoup plus qu'un simple bulletin de vote dans l'urne... Un essai clair et engagé pour mieux comprendre le fonctionnement des systèmes politiques.






29 février 2012, journée de lutte contre l'austérité.

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