Sunday, February 26, 2012

Philosophie dominicale





Il y a toujours un sermon dominical pour rappeler aux chrétiens que le premier couple humain fut chassé du jardin d’Éden à cause d’Ève.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) propose une interprétation quelque peu iconoclaste du mythe chrétien. « Le paradis terrestre lui paraît un lieu et un temps de grande bêtise dont heureusement Adam et Ève sont sortis par la grâce de leur pêché : ils ont, en désobéissant à leur Créateur, montré qu'ils pouvaient affirmer leur volonté, donc leur liberté (dans cette histoire, c'est la femme qui eut le beau rôle : de fait les allégories de la liberté ont toujours été féminines) », écrit Christian Godin.

Dans leur « Panorama de la philosophie », Emmanuel Pougeoise et Jean-Michel Ridou reviennent sur les premières réflexions de Hegel :

« Dans une lettre à Schelling du 2 novembre 1800, Hegel écrit : « Partant des besoins subordonnés des hommes, j'ai dû me pousser à la science, et l'idéal de ma jeunesse a dû se transformer en une forme de la réflexion, en un système. » Hegel n'a pas été d'emblée un pur métaphysicien. Ses premières interrogations furent de nature religieuse et politique. La question qu'il se pose alors est celle-ci : quelle doit être la religion d'un peuple pour qu'il soit libre ? Hegel, durant sa jeunesse, veut transformer la réalité politique de l'Allemagne. Mais son problème n'est pas uniquement politique car il sait, en idéaliste, que pour transformer la réalité il faut au préalable transformer les esprits (donc la religion). La réflexion de Hegel se nourrit de deux thèmes majeurs : la Grèce et le christianisme.

L'idéal grec

A l'époque de Hegel, Lessing et Winckelmann ont répandu une vision de la Grèce qui faisait de celle-ci le lieu de l'harmonie et de la sérénité. Hegel à son tour voit dans la Grèce une harmonie entre l'individu et l’État ; une période heureuse pour l'homme qui plaçait son bonheur dans sa participation active comme citoyen à la chose publique (la « chose même »). Bonheur terrestre qui détournait l'homme de toute recherche de satisfaction illusoire dans un quelconque au-delà.

Le christianisme

Il n'en va plus du tout de même pour le christianisme qui, en faisant de l'homme un citoyen du Ciel, a séparé le salut personnel, le destin individuel, de celui de la Cité, et émoussé du même coup l'intérêt pour la chose publique. En fait, c'est un échec historique qui a entraîné la fuite religieuse hors du monde ; c'est la misère répandue par le despotisme des princes romains qui a poussé l'homme à chercher et à attendre le bonheur dans le Ciel.

On comprend bien ici l'étroite relation qu'entretiennent politique et religion, les deux objets de réflexion du jeune Hegel : la religion ne se développe pas indépendamment de la politique, elle traduit le degré de liberté d'un peuple. Ainsi le paganisme est une religion d'hommes libres, le christianisme une religion d'esclaves.

Conséquence : l'aliénation

L'harmonie entre la Cité et l'individu dans la « belle totalité grecque » entraînait pour l'homme une vie en harmonie avec le monde, ignorant le malheur de la transcendance. Avec le christianisme en revanche, l'homme ne se sent plus chez lui dans le monde, comme en témoigne l'épisode biblique du Déluge d'où il ne peut plus ressortir qu'une grande méfiance à l'égard de la nature. Abraham qui ne fit qu'errer sur une terre qu'il ne cultiva jamais illustre également cette rupture radicale entre l'homme et la nature.

A la base du christianisme, il y a l'idée judaïque d'un Dieu transcendant qui écrase ses créatures que sont l'homme et la nature. Dieu est désormais une puissance étrangère dont on ne peut qu'être l'esclave. Le christianisme est dans l'incapacité de concilier Dieu et le monde. »




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