Monday, March 19, 2012

Hospitalité française





La presse étasunienne tire à boulet rouge sur Sarkozy l'Américain version Klu Klux Klan. L'extrême droitisation et la xénophobie du président français lui valent un sobriquet méprisant dans le Wall Street Journal : Nicolas Le Pen.

« Les attaques sur l'immigration sont une tentative pour courtiser les électeurs du Front national xénophobes de Marine Le Pen, pour le premier tour le 22 avril. La discussion sur l'immigration est généralement un prétexte pour l'anxiété française à propos de leur système d’État-providence incroyablement délabré. » C'est « une pensée assez laide, pas seulement pour les sentiment laids sur lesquels cela joue, mais aussi parce que c'est un exemple parfait d'analphabétisme économique. L'immigration est une chance, notamment pour la situation démographique de la France, et pour garder une population active assez large. L'assimilation devrait être la priorité », estiment les journalistes étasuniens.

Hospitalité française

En France, « une catégorie d'immigrés semble vivre bien ; ni résignée ni soumise, elle est même acceptée ; les Français la trouvent sympathique : il s'agit des épiciers. Discrets, efficaces, bons commerçants, ils rendent service parce qu'ils restent ouverts tard. Ils ont l'air d'avoir réussi dans leur exil. Certains, enrichis, sont rentrés au pays et ont ouvert des supermarchés. Ces émigrés heureux sont à part. Ils ne sont pas nombreux et ne semblent pas prendre le travail des Français.

Rien à voir avec ceux débarqués vers 1914. Durant la Première Guerre mondiale, la mobilisation générale a eu comme effet de priver la France d'une partie de sa main-d’œuvre. La France s'est trouvée en panne industrielle ; même les travailleurs venus d'autres pays européens (les Italiens, les Belges, les Polonais) ont dû quitter la France pour rejoindre l'armée de leur pays. Le ministre de l'Armement se mit à recruter de la main-d’œuvre là où elle était disponible. Cela fut insuffisant. Il réussit à engager quelque 150 000 hommes en Grèce, en Espagne, au Portugal et même en Italie. Reste, bien sûr, le réservoir des colonies : 132 000 Maghrébins vinrent faire tourner les machines des usines françaises. A ceux-là s'ajoutent les 175 000 soldats algériens, marocains, tunisiens, envoyés en première ligne défendre la France !

Les premiers travailleurs algériens à émigrer furent des Kabyles recrutés à la hâte par des industriels français à la fin du XIXe siècle. La guerre va instituer dans toute l'Europe le système du recours à la main-d’œuvre arabe, soumise, dominée politiquement et maintenue dans une misère particulière. Ainsi le lobby colonial au Maghreb, s'il était partisan d'envoyer des Arabes sur le front pendant la guerre, protestait contre le recrutement de travailleurs de peur de voir ces derniers s'enrichir en Europe et revenir au pays en position de force. Tout sera fait pour empêcher que l'émigration ne devienne une source d'enrichissement et aussi de libération. Bien au contraire, l'émigration a été pensée et instituée comme corollaire de la colonisation. Ainsi, la domination coloniale se poursuivait « à domicile ». Les Arabes devaient subir cette exploitation sur leur terre et ailleurs. Un décret du 2 avril 1917 créa en France la carte de séjour pour les étrangers de plus de quinze ans.

L’Europe pouvait disposer en toute impunité de cette main-d’œuvre qui ne savait plus quand elle était réquisitionnée pour mourir sur le front, ou pour descendre dans les mines, ou pour briser une grève de travailleurs européens. Ainsi, en août 1913, des mineurs belges se révoltèrent contre l'embauche au rabais d'ouvriers amenés d'Algérie.

Non qualifiés, non préparés, ils étaient utilisés à toutes les tâches, particulièrement les plus pénibles.

Après la Première Guerre mondiale, l'Europe a besoin d'hommes (3 millions de travailleurs manquant). Les Arabes survivants retournent chez eux. Mais la reprise économique impose de nouveaux recrutements. Rien qu'en France, le nombre des travailleurs étrangers passe de 1 417 000 en 1919 à 3 millions en 1930. On fit donc revenir les Nord-Africains qui rejoindront les Italiens, les Portugais et les Espagnols.

Le même scénario se reproduira avec la Seconde Guerre mondiale. La France aura une politique spécifique à l'égard des Algériens. Considérant que l'Algérie et la France sont un seul et même pays, Paris accorde aux Algériens, juste après la guerre, la liberté de circuler entre les deux pays. Il y aura alors une accélération de l'émigration algérienne en France, mais pas en Europe. Ce sera le tour des Marocains d'aller travailler en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas. Mais à cause des rapports particuliers entre la France et l'Algérie, l'émigration la plus importante sera celle des Algériens après celle des Portugais.

Avec le début de la guerre de libération en Algérie, cette population, jusqu'alors docile, dominée, exploitée depuis un demi-siècle, va se politiser. La guerre d'Algérie aura aussi lieu en France. En 1957, la communauté algérienne émigrée suivra les mots d'ordre de grève (huit jours de grève) lancés par le FLN et, en 1961, elle participera en masse aux manifestations des 17 et 18 octobre. »
Tahar Ben Jelloun


17 octobre 1961 :

2 comments:

  1. Anonymous3:08 PM

    Le sujet est intéressant mais cet article me laisse sur ma faim, ou vous voulez-vous vraiment en venir?

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  2. Ce petit aperçu de l'histoire de l'immigration, extrait du livre de Tahar Ben Jelloun "Hospitalité française", rappelle que les immigrés furent longtemps exploités. Exploitation qui rend odieuse la xénophobie des hommes politiques (parmi ces irresponsables figure le chef de l’État). Cette haine a des conséquences tragiques, comme les récents attentats contre des militaires de confession musulmane (+ un antillais), des enfants et un professeur d'une école juive.

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