Thursday, April 26, 2012

Révérence à la vie





« L'homme doit seulement découvrir qu'il est solidaire de tout le reste »
Théodore Monod

« Grand savant, à la fois botaniste, géologue, archéologue, spécialiste des poissons et des crustacés, Théodore Monod était un naturaliste de génie. Mais il était avant tout l’homme du désert, l’explorateur insatiable n’hésitant pas à partir dans des conditions difficiles. »

Le XXe siècle finissant, il semble à Théodore Monod que le temps est venu d'espérer une évolution des consciences. Et il prend sa part de la conscientisation à effectuer. Certain de l'unité de la vie, certain que l'avenir de l'humanité est indissociable de celui du vivant, il fait sienne la pensée d'Albert Schweitzer qu'il aime à citer : «En moi, la vie se révèle et m'ordonne de respecter la vie des autres êtres vivants.»

C'est pour lui une ardente obligation que de propager l'idée de l'unité du vivant. Si «cueillir une fleur dérange une étoile», comme Théodore Monod aime à le dire, il n'en déduit cependant pas de renoncer à la cueillir et il herborise. Ses retours de voyage sont mémorables. Entre les morceaux de pages de journaux, des plantes sont aplaties pour études ultérieures au Muséum... La science et son objectif, la connaissance, ne peuvent permettre un respect intégral des paroles des poètes. Lui, le savant qui n'ignore rien de l'évolution darwinienne et connaît les liens entre les espèces vivantes, prêche (c'est le mot adéquat) pour une prise de conscience de la réalité qui fait des animaux des «êtres sensibles».

Ce sont surtout les sévices pratiqués dans son propre pays, et plus généralement dans les pays occidentaux, qui le navrent. Il ne supporte pas que des femmes portent de la fourrure : «Belle sur la bête, bête sur la belle». S'il appelle de ses vœux la fin des expérimentations sur des animaux, s'il fustige les élevages hors-sol et s'il dénonce le fer rouge pour marquer les animaux d'un même cheptel, il accepte l'anneau passé dans les narines des dromadaires. Sans doute parce que la tradition est africaine et qu'il voue une grande reconnaissance à cet animal au point de le porter en effigie sur le revers de sa veste. Sans lui, il n'aurait pas connu de méharées.

Être devenu végétarien accentue le contraste avec les humains exploitant les animaux et s'en nourrissant.

Combien de fois s'insurge-t-il, lui le chrétien, de l'indifférence du christianisme, et des autres Églises, devant la condition animale, indifférence devenant complaisance envers ceux qu'il n'hésite pas à qualifier de «bourreaux» ? Aucune indulgence pour un évêque aficionado ou pour un prêtre chasseur... Aucune tolérance pour la corrida et la chasse de loisir. Son jugement est catégorique. S'il condamne avec fermeté, tout comme Schweitzer, il trouve des excuses (ou une explication ?) au comportement encore barbare de certains êtres humains. Ils sont si récents dans l'histoire de la vie ! Mais il ne tend pas la main à ceux dont il condamne l'attitude envers les animaux.

Il dénonce mais ne veut pas convertir : il compte sur le temps pour que le progrès moral s'accomplisse !

Le sort des animaux de la faune libre le préoccupe au point qu'il s'engage au sein du ROC (Rassemblement des opposants à la chasse) dès sa création en 1976, et en devient le président en 1982.

Il décide une fois pour toutes qu'en France les excès de la chasse sont indignes. Indignes aussi les chasseurs occidentaux qui sévissent contre les tigres ou les éléphants. Mais les convictions n'empêchent pas la clairvoyance jusque dans ses derniers messages où il appelle à œuvrer pour que le législateur jette «les bases de ce que devra devenir nécessairement, tôt ou tard, la chasse en France». Dans une interview de 1994, alors que Théodore Monod vient d'être reconnu comme l'un des pionniers de la conscience environnementale et inscrit ce titre sur la liste d'honneur du Programme des Nations unies pour l'environnement, il livre sa pensée profonde : «Il s'agit d'une philosophie véritable capable enfin de tenir compte de la totale unité de l'univers et plus spécialement de celle du monde vivant à l'intérieur duquel tout se tient dans une commune et exigeante dépendance.» Et n'oubliant pas qu'il s'adresse alors aux membres du ROC, il souhaite que son combat s'insère dans une vision plus large. La vraie question, il la pose dans le titre d'un livre : Et si l'aventure humaine devait échouer ? Depuis longtemps, il s'interroge sur l'identité de l'espèce qui pourrait lui succéder. Il a une préférence pour les poulpes et il leur accorde cent millions d'années pour sortir de l'eau et nous remplacer.

Hubert Reeves & Nelly Boutinot







Théodore Monod
Archives d'une vie

Cet ouvrage est l’occasion de retracer ses incroyables méharées à travers les magnifiques photos de ceux qui l’ont accompagné. Parmi les premiers à s’intéresser et à lutter pour l’environnement, Théodore Monod est l’homme des engagements forts et multiples. Tout au long de sa vie, il a résisté, pendant la guerre d’abord, puis contre toutes les injustices commises envers les hommes, et contre les dégradations de la planète. A partir des archives personnelles des enfants et de la famille de Théodore Monod, cet ouvrage dévoile des documents exceptionnels et inédits : du livret tenu par sa mère à sa naissance jusqu’à ses carnets d’exploration… Suivant un plan chronologique et thématique, l’ouvrage montre, à travers les photos, les manuscrits illustrés, les lettres, les objets personnels, toutes les facettes de Théodore Monod : l’homme de science, l’homme engagé, l’homme de foi.



Illustration : Théodore Monod.

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