Sunday, May 13, 2012

Elle est belle ma promesse... Elle est belle !





François Hollande rencontrera Angela Merkel le 15 mai. Tiendra-t-il sa promesse de renégocier le pacte budgétaire ?

Depuis qu'existe la République, les candidats se sont présentés aux élections avec un échantillonnage de projets qu'ils ont été incapables de mener à terme. Leur sincérité et leur bonne volonté n'ont jamais été en cause. Ils viennent avec le scrutin sonner à notre porte pour présenter leurs marchandises. Qui résisterait à ces merveilles enchâssées dans leur écrin et toutes plus rutilantes les unes que les autres! Si nous nous enquérons du prix à payer, ils nous assurent d'un crédit total et illimité, assorti d'une remise si nous prenons tout le stock. Nous achetons, bien entendu, trop heureux d'avoir été choisis pour expérimenter ces produits nouveaux. Hélas, ils ne résistent pas au temps. Les dorures disparaissent au lavage, les aciers trempés cassent comme du verre, et les dentelles faites à la main ne sont que de vulgaires plastiques. Quant au prix.., il est au minimum le double de celui qu'on vous avait annoncé, et si vous tardez à payer une traite, l'huissier sonne à votre porte pour exiger son dû. L'aventure n'est pas nouvelle. Aucun électeur n'a jamais reconnu dans la décision d'un gouvernement les promesses faites naguère par les candidats.

« Français, vous avez la mémoire courte », disait un vénérable vieillard dans ses moments de lucidité. Plût au ciel qu'il s'en fût tenu à cet aphorisme et qu'il ait fait retraite sur l'Aventin après l'avoir prononcé. C'est en effet l'un des fruits majeurs du caractère français. Nous commettons la même erreur depuis cent quatre-vingt-cinq ans, sans que jamais les expériences passées nous soient profitables. Nos grands-parents se sont fait prendre, nos pères les ont imités avec délectation et nous avons enchaîné dans la meilleure tradition vaudevillesque dû cocu éternel.

La règle s'énonce ainsi : « Aucun gouvernement n'applique le programme pour lequel il a été élu, et même il s'en écarte rapidement pour faire le contraire. » Il existe plusieurs explications à ce phénomène étrange. La plus courante est qu'un gouvernement se croit assuré définitivement du soutien de son électorat. Comme il est en général élu à un faible écart de voix, il essaie de conquérir une partie de l'électorat adverse en lui faisant des petits cadeaux qui entretiennent l'amitié. Ses adversaires acceptent les présents sans sourciller en ricanant qu'il faut être bien naïf pour s'imaginer qu'on peut les corrompre à si bas prix, en revanche, ses partisans enragent de voir qu'on flatte ainsi l'ennemi et crient à la trahison. Le résultat est toujours affiché. Le gouvernement ne gagne pas une voix dans le camp opposé, mais en perd dans le sien. A la consultation suivante, il est renvoyé dans ses foyers où il peut à loisir méditer sur l'ingratitude des électeurs. Une autre hypothèse s'appuie sur la rigidité du programme électoral qui trace un itinéraire précis, semblable à celui qu'un automobiliste maniaque étudie à l'avance avant de prendre la route.

Sur le papier, tout est parfait. A 90 km/h, en quittant Paris à midi, il entrera à Orléans à 13 h 35, et en sortira à 13 h 50. Il faudrait être d'une mauvaise foi crasse pour contredire la logique de cette prévision. Une fois sur la route, le conducteur s'aperçoit qu'entre le plan établi et la réalité, il y a l'imprévu. Il n'avait envisagé ni la file d'attente au péage, ni le ralentissement pour travaux, ni les nappes de brouillard. Il arrive à Orléans avec quarante minutes de retard. S'il a gardé ses calculs de moyenne pour lui, personne ne lui fera de réflexion, mais s'il a, par fanfaronnade, annoncé les horaires à sa famille, il aura droit aux quolibets. Les promesses électorales ne tiennent jamais compte des contretemps.

C'est ainsi qu'il pèse sur la France une étrange fatalité. Les gouvernements de droite finissent toujours par faire une politique de centre-gauche, et ceux de gauche une politique de centre-droit. Comme la nuance est infime entre les deux, les contribuables-citoyens ont l'impression qu'ils sont allés voter pour rien. La méthode idéale est d'aller à la bataille électorale sans programme, afin de ne pas avoir la tentation de le trahir. On oublie trop souvent cette évidence : un gouvernement qui s'installe n'est jamais qu'un coureur de relais qui prend le témoin, et il est tributaire du parcours effectué par le coureur précédent. Carl Lewis peut remonter un handicap de cinq mètres mais tout champion olympique qu'il est, il finira dernier si on lui transmet le témoin avec vingt mètres de retard. Un septennat est amené à subir tant de crises et d'orages qu'avant de lever l'ancre, il vaut mieux dire aux passagers : « Nous allons essayer d'arriver à bon port. Comment ? A quelle heure ? Par où ? On verra ça en fonction des vents et des courants. Nous allons naviguer à vue en essayant de vous secouer le moins possible, et tout ce qu'on peut vous promettre, c'est de vous tenir au courant tous les matins de ce qui vous attend dans la journée. »

Les catastrophes ayant la fâcheuse habitude de ne jamais annoncer leur venue, un gouvernement doit comptabiliser l'imprévisible dans la colonne des débits, faute de quoi, il sera obligé de mettre les promesses au placard des objets inutiles. Promettre le meilleur relève de l'irréel et promettre le pire, du masochisme. Le mieux est donc de ne rien promettre du tout et de s'en tenir à la formule de sagesse : « On va faire ce qu'on peut avec ce qu'on a ! »

Cette devise étant celle de quelques millions d'électeurs, il y a toutes les chances pour qu'ils y soient sensibles, eux qui chaque matin considèrent comme une excellente nouvelle le fait de ne pas en avoir appris de mauvaises.

Jean Amadou, Heureux les convaincus, 1985.


Le plan de bataille des financiers




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