Monday, July 09, 2012

Mohamed Merah et le terrorisme issu de l'immigration




Pour la première fois, des extraits audio des discussions entre Mohamed Merah et les policiers pendant les 32 heures du siège de son appartement toulousain ont été diffusés le dimanche 8 juillet 2012.


Pour Olivier Roy, spécialiste de l'islam politique, « les militants islamistes impliqués dans des réseaux accusés de terrorisme sont de parfaits produits de l'occidentalisation et de la globalisation. [...]

Les auteurs de l'attentat contre des touristes commis à Marrakech au Maroc, poursuit Olivier Roy, sont des jeunes venus de la cité des 4 000 à La Courneuve (en région parisienne). Ils se sont radicalisés sous l'influence d'un Marocain travaillant en France comme enseignant de collège, Abdellah Ziyad. Redouane Hammadi (né en 1970, pas spécialement religieux) est parti à Peshawar en mai 1992, avec Abdelkrim Afkir. Il a participé ensuite en France à une série de hold-up, puis s'est rendu au Maroc, avec Stéphane Aït Iddir né en 1975, fils de harki, pour perpétrer l'attentat. En 1995, c'est le groupe de Khaled Kelkal, né en France et réislamisé en prison, qui a commis une série d'attentats meurtriers : contre le TGV (26 août 1995), à la station de métro Maison-Blanche et dans le RER au musée d'Orsay (17 octobre). Khaled Kelkal a été tué le 28 septembre 1995 par la police. Le groupe était composé de jeunes venus surtout de la banlieue lyonnaise.

En mars 1996, une fusillade a éclaté entre la police et un groupe de jeunes délinquants à Roubaix, faisant quatre morts. Le « gang » dissimulait aussi un réseau islamiste, avec deux convertis, Christophe Caze et Lionel Dumont. Le groupe s'était rencontré à la mosquée de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) et à celle de la rue Archimède à Villeneuve-d'Ascq (Nord). Lionel Dumont (issu d'une famille ouvrière) et Mouloud Bouguelane (élevé par des parents adoptifs avec qui il a rompu) sont allés se battre en Bosnie. De retour en France, ils ont commis une série de hold-up. Dumont a épousé une jeune Bosniaque, s'est réfugié en Bosnie, a été condamné pour l'attaque d'une poste, puis a disparu mystérieusement. Trois survivants, Omar Zemmiri (35 ans en 2001), Hocine Bendaoui (24), tous deux franco-algériens, ainsi que Mouloud Bouguelane ont été condamnés par un tribunal français en 2001. Derrière le groupe, se profile un réseau plus vaste, dirigé du Canada par Fateh Kamel, avec Saïd Atmani, Mustafa Labsi et Ahmed Ressam.

Dans tous ces cas, on trouve le même schéma : un commanditaire politisé (Abdellah Ziyad pour l'attentat de Marrakech, Ali Touchent pour l'affaire Kelkal, Fateh Kamel pour le groupe de Roubaix) recrute des jeunes, en général entraînés dans la petite délinquance, pour qui l'origine ethnique compte moins que le fait d'être socialement marginalisés et de se retrouver sur le tard une identité purement islamique, alors qu'ils n'ont aucune réelle pratique ou connaissance religieuse antérieure.

En octobre 1999, Ahmed Ressam a été arrêté à Seattle en possession d'explosifs avec lesquels il voulait faire sauter l'aéroport de Los Angeles. Né en Algérie, où il n'a eu aucune activité politique ni religieuse, il s'est installé à Marseille à l'âge de 18 ans, et c'est au cours de ce séjour de plusieurs années en France qu'il s'est réislamisé. Puis il est parti au Québec, où il a partagé un appartement avec Fateh Kamel. Il a fréquenté une mosquée radicale, dirigée par Abderraouf Hanashi, est parti en Afghanistan en 1998 pour six mois et est revenu à Montréal. Il a été contacté par un Mauritanien, Ould Slahi, qui lui a remis de l'argent pour préparer l'attentat.

Né le 14 mars 1960 à El Harrach, dans les faubourgs du sud d'Alger, Fateh Kamel a immigré en France puis au Canada, en 1987. Il a obtenu la citoyenneté canadienne sans difficulté. Il s'est marié avec une Gaspésienne, Nathalie B. Après avoir ouvert un commerce à Montréal, il s'est joint pendant un temps à la firme d'import-export Mandygo, spécialisée dans l'importation de cigares cubains à Saint-Laurent. Il a combattu en Afghanistan en 1990, puis en Bosnie, où il a rencontré des membres du gang de Roubaix. Il a été extradé de la Jordanie vers la France en avril 1999, sous l'accusation d'être l'émir du gang de Roubaix. Son ami le plus proche, Mohammed Omary, habitait également à Montréal. Tout comme lui, il s'est rendu en Bosnie. Né au Maroc, Omary est arrivé au Québec en 1984, à l'âge de 17 ans. Il a obtenu la citoyenneté canadienne, étudié à l'École des Hautes Études commerciales et à l'École polytechnique. Père de famille (dont un fils qui s'appelle Oussama), il a suivi des cours chez Microsoft.

Les pilotes des avions-suicides contre le World Trade Center — Mohammed Atta, né en 1968 en Égypte; Marwan al-Shehi, des Émirats arabes unis, né en 1978; et Ziad Jarrahi, né au Liban en 1975 — sont tous de familles aisées et ont mené une vie très occidentalisée. Ils ont quitté leurs pays respectifs, entre 1992 et 1996, pour Hambourg où ils étudiaient l'architecture, l'ingénierie ou bien à l'université de sciences appliquées. Peu à peu, ils se sont réislamisés dans le cadre de la mosquée Al Quds, où ils se sont rencontrés. Leur famille avait de moins en moins de nouvelles d'eux. En 1997, tous sont allés en Afghanistan, d'où ils sont revenus un an plus tard. En mai-juin 2000, ils sont partis aux États-Unis où ils se sont inscrit dans des écoles de pilotage.

Zacarias Moussaoui est né en 1968 à Saint-Jean-de-Luz, d'une mère non pratiquante, divorcée à 24 ans. Il a passé son bac et est parti en Grande-Bretagne en 1992. Il a fréquenté la mosquée de Brixton, comme d'autres radicaux (Richard Reid), c'est apparemment là qu'il s'est réislamisé. Il a vu sa mère pour la dernière fois en 1997 et a été arrêté en août 2001 dans une école de pilotage américaine.

Parmi les prisonniers de Guantànamo, on trouve plusieurs Britanniques. Feroz Abbasi est né en Ouganda d'une famille originaire du sous-continent indien qui s'est installée à Croydon, il a des demi-frères chrétiens, suite au remariage de sa mère. Il a fait de bonnes études, n'apparaissait pas spécialement comme musulman pratiquant, puis a fréquenté Finsbury Park : il a rompu avec sa famille et a disparu en Afghanistan. Asif Iqbal (20 ans) et Shafiq Rasul (24 ans) sont tous les deux originaires de Tipton, ainsi qu'un troisième garçon, resté à Kandahar (Ruhal Ahmed, 20 ans). Rasul était perçu comme non-pratiquant, portait des vêtements Armani et avait une petite amie appelée Shirley. Iqbal buvait, draguait, puis déclara qu'il allait au Pakistan pour contracter un mariage arrangé. Le Français Hervé Djamel Loiseau, mort en Afghanistan en novembre 2001 à l'âge de 28 ans, est né à Paris, d'un père algérien non pratiquant et d'une mère française. Il est parti en Arabie Saoudite en mars 1998, puis deux ans plus tard au Pakistan.

Le réseau Beghal, démantelé lors de l'été 2001, reposait sur le même type d'acteurs. Djemal Beghal (qui projetait un attentat contre l'ambassade américaine à Paris) est un Algérien de 36 ans, habitant Corbeil-Essonnes et marié à une Française. Il a vécu à Leicester (mosquée de l'imâm Abou Abdallah, proche d'Abou Qatada) et a rencontré Reid et Moussaoui. En 2000, il s'est rendu en Afghanistan avec sa femme (voilée) et ses enfants, et a été arrêté au retour. Un autre membre du réseau, Kamel Daoudi, lié à Beghal, a été arrêté en Angleterre, en liaison avec Beghal. Agé de 27 ans, né en Algérie, venu en France à l'âge de 5 ans, il a passé son bac à 17 ans et est devenu informaticien. Il a rompu avec son père en 1995, mais, bien intégré, il a travaillé pour la mairie d'Athis-Mons (91) comme informaticien. Il est allé en Afghanistan, a rencontré Beghal, est revenu avec lui à Leicester. Il a épousé une Hongroise en passant par Internet et l'a répudié trois ans plus tard parce qu'elle refusait de porter le voile. Nizar Trabelsi, footballeur d'origine tunisienne, 31 ans et vivant en Belgique, était réputé dealer et consommateur de drogue (noter, entre parenthèses, que le foot et le business comme moyens d'ascension sociale pour enfants d'immigrés et l'islam comme moyen de s'en sortir sont aussi des schémas récurrents).

Un cas intéressant est celui du Pakistanais Cheikh Omar (responsable de l'enlèvement du journaliste David Pearl en janvier 2002 à Karachi), membre fondateur du Jaysh-i Mohammed, un des mouvements les plus radicaux du Pakistan. Il est né à Londres en 1973 d'une famille pakistanaise aisée qui est retournée au Pakistan ; il a fréquenté la London School of Economics, est allé en Bosnie en 1993, en Afghanistan en 1994, puis en Inde, où il a pris quatre touristes en otages et a obtenu la libération de Massoud Azhar. Il serait impliqué dans le transfert d'une somme de dix mille dollars destinés à Mohammed Ana. Ici, on voit un mouvement radical régional directement impulsé par un pur produit de l'islam en Europe. »

Olivier Roy

La radicalisation islamique en Occident

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