Friday, August 31, 2012

Tri biologique et mort sociale des individus





Le livre du biologiste Michel Georget, « Vaccinations, la vérité indésirable », éclaire de façon incontestable certaines zones obscures de ce qui touche, en nous, l'essentiel : notre santé. 


De nos jours, en plus de l'odieux darwinisme social, les individus subissent une sorte de sélection biologique imposée par les multinationales qui détruisent la nature et empoissonnent nos cellules (industrie agroalimentaire, laboratoires pharmaceutiques, centrales atomiques, entre autres). Prochainement, seuls ceux qui disposeront de facultés exceptionnelles de réparation de l'ADN pourront survivre. Les responsables de cette situation œuvrent-ils à l'instauration d'un ordre « contre-traditionnel » ? Cette expression de René Guénon désigne le régime totalitaire qui à l'instar du nazisme supplantera la république en déliquescence.

Dans cette dictature, en raison de la perversité scientifique, la sélection des travailleurs les plus résistants y sera pire que le système esclavagiste qui a perduré jusqu'au milieu du 19e siècle.

Dans l'ancien système prédominait une sorte de tri biologique « venant s'ajouter à une série d'épreuves vitales imposées aux esclaves, rappelle Grégoire Chamayou, à commencer par celle de la traversée : soumettre tous les individus à l'assaut de la maladie, y compris dans des conditions défavorables pour eux, afin de sélectionner les plus résistants, et de conjurer le danger — économique — de perdre des effectifs importants à l'improviste, lors d'une épidémie imprévue.

Ici, on n'est ni dans le modèle de l'assistance, ni dans celui du châtiment, ni non plus dans le modèle biopolitique de la métropole. On a affaire à une autre forme du pouvoir d'expérimenter, liée à l'exercice d'une autre forme de gouvernement. L'objectif n'est pas en effet ici de maximiser la vie et la santé de la population servile en évitant autant que possible les pertes. Le principe d'économie des vies humaines ne s'applique pas dans la logique négrière, qui fonctionne non pas sur un principe de conservation de la vie, mais de sélection des vies les plus résistantes, un tri macabre qui suppose la mort d'une grande partie de l'effectif. Dans cette logique de sélection par la mort, mieux vaut surcharger par exemple les bateaux négriers, quitte à sacrifier une partie de la cargaison humaine, plutôt que chercher à faire diminuer le taux de mortalité à bord. Seul compte le chiffre absolu de vies résistantes qui en réchapperont : ayant franchi cette épreuve, elles pourront endurer les conditions de travail sur les plantations. Le pouvoir négrier a pour principe la sélection de la force de travail par l'exposition constante à la mort. Il s'agit avant tout de sélectionner des moyens de production, qui, par ailleurs, sont vivants.

Les esclaves sont de l'ordre des non-personnes, des non-sujets de droit. Biens meubles attachés au maître, leur existence sociale est prise tout entière dans cette relation d'appartenance. Entre les maîtres et les esclaves, point d'essence commune, puisque les uns sont des personnes et les autres des choses. La modalité de la domination implique, relation de propriété oblige, la chosification des dominés. Chosification en un sens précis : ils sont des biens aliénables et transférables, pouvant être détruits. Ni sujets, ni patients, ni assistés, ce sont des biens, des objets de possession, des instruments vivants sur lesquels s'exerce sans limite le pouvoir du maître, y compris le pouvoir de les détruire.

Orlando Patterson a analysé cette forme extrême de domination, en montrant que l'esclave vivait dans un état de mort sociale. Patterson rappelle notamment à l'appui de cette thèse que le droit d'esclavage a été conçu historiquement comme un substitut à la mort, et à la mort violente en particulier — toutes les situations instituant l'esclavage étaient de celles dont il aurait normalement résulté, socialement ou naturellement, la mort de l'individu. Typiquement, dans le droit antique, l'esclavage se présentait comme une alternative à la mise à mort de l'ennemi capturé à la guerre, mais aussi à l'exécution d'un condamné. L'esclavage apparaît alors de façon essentielle comme une « commutation conditionnelle » d'une mise à mort indéfiniment suspendue, niais constamment applicable. L'esclave se définir comme un être biologiquement vivant mais socialement mort. »

Grégoire Chamayou, Les corps vils.

Les corps vils
Expérimenter sur les êtres vivants aux XVIIIe siècle et XIXe siècle.

Ecoutez Diderot justifier la vivisection des condamnés à mort, devenus inhumains par leur déchéance civique. Écoutez Pasteur demander à l'empereur du Brésil des corps de détenus pour expérimenter de dangereux remèdes. Écoutez Koch préconiser l'internement des indigènes auxquels il administrait des injections d'arsenic. " On expérimente les remèdes sur des personnes de peu d'importance ", disait Furetière en 1690 dans son Dictionnaire universel.

Ce sont les paralytiques, les orphelins, les bagnards, les prostituées, les esclaves, les colonisés, les fous, les détenus, les internés, les condamnés à mort, les " corps vils " qui ont historiquement servi de matériau expérimental à la science médicale moderne. Ce livre raconte cette histoire ignorée par les historiens des sciences. À partir de la question centrale de l'allocation sociale des risques (qui supporte en premier lieu les périls de l'innovation ? qui en récolte les bénéfices ?), il interroge le lien étroit qui s'est établi, dans une logique de sacrifice des plus vulnérables, entre la pratique scientifique moderne, le racisme, le mépris de classe et la dévalorisation de vies qui ne vaudraient pas la peine d'être vécues. Comment, en même temps que se formait la rationalité scientifique, a pu se développer ce qu'il faut bien appeler des " rationalités abominables ", chargées de justifier l'injustifiable ?

Cette étude historique des technologies d'avilissement appelle ainsi à la constitution d'une philosophie politique de la pratique scientifique.



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