Friday, September 07, 2012

Conscience & hyperconscience





Nous sommes tous nés deux fois : le jour de notre naissance biologique, dont nous n'avons aucun souvenir, et le jour de notre naissance à la conscience, que nous nous rappelons par définition. Quand on remonte à ses plus anciens souvenirs, on a des flashs : un sourire, une odeur, une lumière, une ambiance... Et soudain jaillit une globalité, souvent vers quatre-cinq ans. C'est précisément quand ses propres enfants ont atteint cet âge que le Dr Philippe Presles (auteur du livre Tout ce qui n'intéressait pas Freud) a ressenti l'impérieuse nécessité de s'interroger sur la conscience. Il a alors décidé de mener une grande enquête en cherchant d'abord des indices signalant le « saut de la conscience » chez le petit humain. Presles trouve six indices, qui convergent tous vers l'âge de cinq ans :

Nous devenons conscients quand s'instaure en nous un dialogue intérieur avec notre alter ego.

Notre corps mémorise tout, mais notre conscience réflexive ne se souvient de rien avant un certain âge — même des pires souffrances.

Aucun autre petit mammifère ne demande à son père ou à sa mère : « C'est vrai que tu vas mourir ? » Pour Presles, cette question de l'un de ses enfants fut le choc qui le poussa dans cette enquête.

La conscience arrive avec la découverte de la nudité.

Pour le bambin, même les objets ont des intentions ; peu à peu il distingue ce qui est conscient ou pas, et vers cinq ans, comprenant que l'autre a son propre moi, il accède à l'humour... et au mensonge.

La conscience morale s'enracine dans l'imitation (fondatrice de l'empathie) et dans l'obéissance (aux parents et au groupe).

Cependant l'accession à la conscience ne garantit pas son maintien chez l'adulte. Philippe Presles dresse une liste d'obstacles à notre lucidité. Certains semblent évidents : devenir insensible et rationalisant, préjuger de la pensée des autres, se laisser piéger par l'excitation ou par le succès personnel, ou encore se comparer à autrui. Mais d'autres pièges peuvent surprendre, notamment le plus commun : négliger sa santé. Philippe Presles : « Tout se passe comme si nous oubliions que notre conscience, c'est notre cerveau, et que notre cerveau, c'est notre corps. » Ce qui nous ouvre à une approche à laquelle nous ne sommes pas habitués en Occident : notre conscience est d'abord physique.

Cette adhésion à l'idée d'unicité du réel, qu'un Spinoza partagerait sans doute volontiers avec les penseurs hindous de l'advaïta (dépassement de la dualité), n'empêche pas l'observateur objectif de noter que notre conscience, si elle nous aide à vivre au quotidien, peut aussi connaître des états totalement extraordinaires. C'est ici en particulier qu'interviennent les maîtres bouddhistes, abondamment cités dans un chapitre que Philippe Presles consacre à ce qu'il appelle l'« hyperconscience ». Un domaine immense et fabuleux, qui va de l'expérience de mort imminente (ou near death experience, NDE) aux extases des grands sportifs, en passant par les expériences d'accidentés qui ont vu soudain le temps se ralentir, et de malades « miraculeusement » sauvés par une voix intérieure — le Dr Presles est d'autant plus intéressé par cette dernière forme d'état de conscience qu'elle l'a sauvé un jour d'une électrocution qui aurait dû être mortelle... [...]

Un voyage au-delà du cerveau

Peut-on dire quoi que ce soit du rapport entre notre cerveau et les états de « conscience cosmique » ? Une réponse nous est fournie par une neurologue américaine, Jill Bolte Taylor, à qui est arrivée une expérience extraordinaire. Une expérience qui aurait pu très mal se terminer et qui a radicalement changé sa vie...

Jill Bolte Taylor est une héroïne de la rééducation neuronale. Son aventure ressemble à un scénario de roman. Pour tenter d'aider son frère schizophrène, elle n'avait eu de cesse, depuis l'enfance, de comprendre les dérèglements du cerveau et avait fini par devenir une brillante neuroanatomiste, à Harvard. En outre, comme ce type de recherche manque cruellement de cultures de cellules nerveuses (le don de cerveau n'est pas populaire), elle consacrait son temps libre à parcourir les États-Unis d'un bout à l'autre, guitare en bandoulière, pour recruter des « donneurs de cerveau » au nom de la NAMI (Alliance nationale pour la maladie mentale)... Et voilà qu'à trente-sept ans, le matin du 10 décembre 1996, alors qu'elle se réveille, la chercheuse est victime d'un accident vasculaire cérébral. La matinée qui suit est incroyable. Jill Bolte Taylor va en effet se révéler capable, pendant plusieurs heures, d'observer sa conscience quitter peu à peu son cerveau gauche. C'est là, en effet, que l'hémorragie s'est produite. Le néocortex de notre hémisphère gauche coordonne nos fonctions conscientes supérieures : langage, calcul, analyse, réflexion, discernement, sentiment du moi... Vague après vague, toutes ces capacités l'abandonnent peu à peu. Avec une douleur épouvantable, la jeune femme se lève et tente d'appeler à l'aide. Mais chaque fois qu'elle s'approche du téléphone, son cerveau rationnel la quitte et elle ne sait plus qui elle est, ni ce qu'elle fait. À mesure que l'hémorragie s'étend, elle réussit néanmoins, zone corticale après zone corticale, à comprendre pourquoi ses perceptions changent. Le plus étonnant est que sa mémoire gardera la trace des différents épisodes, notamment celui de son extase...

Car malgré la douleur qui la déchire, la chercheuse constate, ahurie, que si son cerveau gauche se trouve peu à peu neutralisé, le droit, lui, continue à fonctionner, et même mieux que d'habitude, n'étant plus entravé par le gauche qui, habituellement, le contrôle. Le néocortex de notre hémisphère droit coordonne nos fonctions subconscientes supérieures : sensibilité, intuition, sens de l'esthétique et de la synthèse, sentiment océanique de participation au monde... Ces fonctions occupant désormais tout l'espace de sa conscience, Jill connaît un véritable satori ! C'est ce qu'elle racontera dix ans après, dans Voyage au-delà de mon cerveau. Sa souffrance se trouve effacée par une formidable sensation d'amour cosmique. Une sorte de NDE. Une immense euphorie l'envahit à mesure que son moi s'évanouit et qu'elle se sent fusionner avec le « tout ».

Le plus fort est que, de temps en temps, son cerveau gauche se remettant à fonctionner un instant, elle comprend rationnellement ce qui lui arrive. Elle vérifie sur elle-même ce que les neurologues commencent à l'époque tout juste à découvrir, en équipant d'électrodes les crânes de moines bouddhistes en train de méditer ou de nonnes chrétiennes en train de prier. Des données qu'Eugene d'Aquili et Andrew Newberg décriront bientôt dans Pourquoi Dieu ne disparaîtra pas. Chez des sujets entraînés, la méditation ou la prière ont pour effet de réveiller et d'exacerber la vigilance et la présence, mais d'endormir les zones corticales nécessaires pour distinguer et séparer le moi du reste du monde. C'est ce que vit la jeune neurologue qui, plus tard, « remerciera son AVC » de lui avoir fait connaître l'expérience mystique qui transformera sa vie. Un sentiment d'extase si puissant qu'il lui faudra fournir un effort colossal pour finalement réussir à composer un numéro de téléphone et à pousser un grognement, qu'heureusement l'un de ses collaborateurs saura décrypter comme un appel au secours. Paralysée, Jill Bolte Taylor passera très près de la mort. Mais jamais une partie de sa conscience n'aura cessé de tout noter, par curiosité intellectuelle et, dit-elle, dans l'espoir d'aider et de prévenir les innombrables victimes potentielles d'un AVC. Extrêmement diminuée, elle mettra dix années à récupérer ses capacités physiques et mentales, au prix d'efforts quotidiens, démontrant à son tour à quel point le cerveau humain est plastique et adaptable.

Pas étonnant que son livre soit devenu un best-seller mondial. Imaginez une exploration intérieure comme celle de Jean-Dominique Bauby dans Le Scaphandre et le Papillon, mais qui rejoindrait La Vie après la vie de Raymond Moody et qui, surtout, se terminerait bien !

Patrice Van Eersel, Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner.


Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner

On savait que c’était l’entité la plus complexe de l’univers connu. Mais le feu d’artifice de découvertes récentes dépasse l’entendement et fait exploser tous les schémas. Votre cerveau est (beaucoup) plus fabuleux que vous le croyez. Il est : totalement élastique, même âgé, handicapé, voire amputé de plusieurs lobes, le système nerveux central peut se reconstituer et repartir à l’assaut des connaissances et de l’action sur le monde ; totalement social, un cerveau n’existe jamais seul, mais toujours en résonance avec d’autres. Mieux : nous sommes neuronalement constitués pour entrer en empathie avec autrui et aller à son secours. Ce livre aborde ces questions passionnantes avec cinq spécialistes.



Cliquer sur la vignette pour feuilleter le livre


2 comments:

  1. Anonymous2:28 PM

    Bonjour felix: certains de vos postes comme ici font l’éloge de la méditation alors que d'autres postes mettent en garde contre cette pratique .J'aimerais beaucoup échanger avec vous ( reva33@hotmail.fr)

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  2. Bonjour,
    Selon la tradition ancienne du bouddhisme Chan/Zen et dans la perspective de l'éveil, les méditation fabriquées sont des artifices inutiles.

    La « véritable » méditation, notamment celle que préconise Krishnamurti, est différente des méditations enseignées par les sectes manipulatrices. La méditation permet aux gourous et aux thérapeutes de conditionner l'esprit pour le contrôler ou l'aider à surmonter des problèmes comme l'anxiété par exemple.

    De plus, la concentration mentale permettrait d'agir sur les énergies psychiques. Or la recherche de la maîtrise de ces énergies est probablement un obstacle sur la voie de la Libération.

    Bouddhanar@yahoo.fr

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