Monday, September 24, 2012

La face cachée de l'islam





La mondialisation a-t-elle un caractère foncièrement antitraditionnel qui s'oppose à toute véritable spiritualité, et tend-elle à constituer une contre-tradition planétaire ? Pour finaliser cette contre-tradition et permettre le triomphe total de la hiérarchie malfaisante actuellement à l'œuvre dans l'ombre de la mondialisation, l'islam authentique est-il le dernier obstacle à abattre ? Pour détruire l'islam, les fanatiques religieux et les faux instructeurs spirituels sont certainement plus efficaces que les GI américains.

Roger Maridort est l'auteur de l'avant-propos du livre de René Guénon « Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le Taoïsme » :

« Dans l'Islamisme, a écrit Guénon, la tradition est d'essence double, religieuse et métaphysique ; on peut qualifier très exactement d'exotérique le côté religieux de la doctrine, qui est en effet le plus extérieur et celui qui est à la portée de tous, et d'ésotérisme son côté métaphysique, qui en constitue le sens profond, et qui est d'ailleurs regardé comme la doctrine de l'élite ; et cette distinction conserve bien son sens propre, puisque ce sont là deux faces d'une seule et même doctrine. »

Il convient d'ajouter que, pour Guénon, l'ésotérisme est toujours et partout le même, quels que soient les noms qu'on lui donne suivant la variété des pays et des traditions, Si la connaissance véritable de l'ultime Réalité est l'objet final de la recherche ésotérique, les méthodes utilisées, bien que souvent analogues, ne sont pas forcément identiques ; elles peuvent varier comme varient aussi les langues et les individus. « La diversité des méthodes, nous écrivait Guénon le 3 octobre 1945, répond à la diversité même des natures individuelles pour lesquelles elles sont faites ; c'est la multiplicité des voies conduisant toutes à un but unique. »

Dans ce petit livre, nous avons réuni en chapitres un certain nombre d'articles anciens relatifs au taçawwuf (soufisme), c'est-à-dire à l'ésotérisme islamique. On complétera non seulement par quelques passages qui y font allusion dans ses différents ouvrages, notamment dans Le Symbolisme de la Croix, mais aussi par deux articles reproduits dans les Symboles fondamentaux : « Les mystères de la lettre Nûn » et « Sayful-Islam ».

Nous avons donné comme premier chapitre l'article sur Ésotérisme islamique, paru dans Les Cahiers du Sud, bien qu'il soit postérieur aux autres pour la date de parution, parce que c'est celui qui précise le mieux les particularités de l'initiation dans l'Islam, et définissant les notions fondamentales du soufisme : Shariyah – Tarîqah – Haqîqah ; la première constituant la base exotérique fondamentale nécessaire ; la seconde la Voie et ses moyens ; la troisième le but ou le résultat final. Dans les autres chapitres, Guénon expose avec sa clarté synthétique habituelle ce qu'est le Tawhid et le Faqr, et donne des exemples de sciences traditionnelles à propos de l'Angélologie de l'alphabet arabe, de la Chirologie et de la Science des lettres.

René Guénon a longuement parlé, notamment dans les Aperçus sur l'initiation, Le Règne de la quantité et les signes des temps et Initiation et réalisation spirituelle, de ce qu'il a appelé la « Contre-initiation » et la « Pseudo-initialion ». Les auteurs arabes ont traité aussi de cette question à propos des awliyâ es-shaytân et à propos des « faux soufis » qui sont, dit l'un d'eux, « comme des loups parmi les hommes ».


Abû Ishaq Ibrâhim al-Holwâni demandait un jour à Hussein ibn Mançûr al-Hallâj ce qu'il pensait de l'enseignement ésotérique. Al-Hallâj lui répondit : « Duquel veux-tu parler, du vrai ou du faux ?  S'il s'agit de l'ésotérisme vrai, la voie exotérique (sharîyah) est son aspect extérieur et celui qui la suit vraiment découvre son aspect intérieur qui n'est autre que la connaissance d'Allah ; quant au faux ésotérisme, ses aspects extérieurs et intérieurs sont tous les deux plus horribles et détestables l'un que l'autre. Tiens-t'en donc à
l'écart. »

Guénon dira semblablement : « Quiconque se présente comme instructeur spirituel sans se rattacher à une forme traditionnelle déterminée ou sans se conformer aux règles établies par celle-ci ne peut avoir véritablement la qualité qu'il s'attribue ; ce peut être, suivant les cas, un vulgaire imposteur ou un " illusionné ", ignorant les conditions réelles de l'Initiation ; et dans ce dernier cas plus encore que dans l'autre, il est fort à craindre qu'il ne soit trop souvent, en définitive, rien de plus qu'un instrument au service de quelque chose qu'il ne soupçonne peut-être pas lui-même. »

Le denier chapitre est consacré au Taoïsme et au Confucianisme. Il montre que la différence entre l'ésotérisme et I' exotérisme se rencontre également dans les formes non religieuses de la Tradition, Et c'est normal, puisqu'il s'agit la, tant pour les rites que pour la perspective, d'une différence de nature et même de nature profonde.

Beaucoup plus ancien que La Grande Triade, le dernier livre que Guénon ait publié de son vivant, et où il a parlé le plus de la civilisation chinoise, cet article contient une réflexion finale qui ne manque pas d'intérêt. Guénon y déclare en effet que quelles que soient les conditions cycliques qui pourront entraîner la disparition plus ou moins complète de l'aspect extérieur de la tradition chinoise, l'ésotérisme de celle-ci, le Taoïsme, ne mourra jamais, parce que, dans sa nature essentielle, il est éternel, c'est-à-dire au-delà de la condition temporelle.


Roger Maridort

 Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le Taoïsme

Ce livre réunit un certain nombre d'études que René Guénon a consacrées au soufisme. Il y montre que celui-ci n'est nullement une secte, mais le cœur, le noyau de la tradition islamique. Il s'agit là, bien entendu, du soufisme, disons le mot, orthodoxe, lequel implique une transmission initiale remontant au prophète Mahomet, et non de pseudo-organisations qui ne peuvent revendiquer une filiation valable.

Le dernier chapitre de cet ouvrage est consacré au taoïsme et au confucianisme de même qu'à la permanence du tao, en dépit de la destruction plus ou moins complète de l'aspect extérieur de la tradition chinoise.

Pour René Guénon, quelle que soit la diversité des méthodes, l'ésotérisme est partout et toujours le même : il procède de la même tradition primordiale. La hiérarchie du soufisme, avec son chef, son pôle, se retrouve à peu près pareille dans les autres formes de l'Orient... [...]

Quant à l'influence spirituelle, d'origine non humaine, elle dirige les diverses organisations initiatiques, mais c'est par l'intermédiaire de celles-ci que devra s'opérer la marche descendante du cycle comme sa remontée finale. Car, dans la conception traditionnelle du monde, l'histoire de l'humanité est inscrite dans un ensemble de mouvements cycliques : chaque période, ses rites, ses dogmes et sa spiritualité, ses crises et ses révolutions, sa hiérarchie sociale et son industrie, correspondent exactement à un acte — une actualisation — du grand projet divin. Le monde ne pourrait ainsi mourir du jour au lendemain, n'en déplaise aux tenants de l'« Apocalypse » à tout prix et à tous ceux, si nombreux, qui n'ont vu dans René Guénon qu'un esprit chagrin qui s'attaquait au monde moderne. Pour Guénon, en effet, ce monde a sa réalité profonde et sa nécessité : sa chute matérialiste nous prépare à une nouvelle — proche ou lointaine ? — assomption de l'esprit.
Question de n°1




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