Saturday, September 01, 2012

La violence dans la Bible





Il y a quelques années, un député du Land de Bavière s'intéressa au contenu de la Bible. Choqué par la violence du prétendu texte saint, il tenta de faire interdire l'enseignement biblique.

Il est vrai que des préceptes bibliques font frémir les âmes les plus endurcies :

Les joie de la guerre sainte

« Quand tu t’approcheras d’une ville pour l’attaquer, tu lui offriras la paix. Si elle accepte la paix et t’ouvre ses portes, tout le peuple qui s’y trouvera te sera tributaire et asservi. Si elle n’accepte pas la paix avec toi et qu’elle veuille te faire la guerre, alors tu l’assiégeras. Et après que l’Éternel, ton Dieu, l’aura livrée entre tes mains, tu en feras passer tous les mâles au fil de l’épée. Mais tu prendras pour toi les femmes, les enfants, le bétail, tout ce qui sera dans la ville, tout son butin, et tu mangeras les dépouilles de tes ennemis que l’Éternel, ton Dieu, t’aura livrés. C’est ainsi que tu agiras à l’égard de toutes les villes qui sont très éloignées de toi, et qui ne font point partie des villes de ces nations-ci. Mais dans les villes de ces peuples dont l’Éternel, ton Dieu, te donne le pays pour héritage, tu ne laisseras la vie à rien de ce qui respire » (Deutéronome 20:10–17).
[...]

Jouir des jeunes filles de ses ennemis

« Maintenant, tuez tout mâle parmi les petits enfants, et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui ; mais laissez en vie pour vous toutes les filles qui n’ont point connu la couche d’un homme » (Nombres 31:17–18).
[…]

Boucherie divine

« Alors l'assemblée envoya contre eux douze mille soldats, en leur donnant cet ordre: Allez, et frappez du tranchant de l'épée les habitants de Jabès en Galaad, avec les femmes et les enfants. » (Juges 21:10)
[…]

Les petits rigolos, on en fait de la nourriture pour ours mal léchés

« Élisée monta de là à Béthel ; et comme il cheminait à la montée, des petits garçons sortirent de la ville, et se moquèrent de lui. Ils lui disaient : ‘Monte, chauve ! monte, chauve !’  Il se retourna pour les regarder, et il les maudit au nom de l'Éternel. Alors deux ours sortirent de la forêt, et déchirèrent quarante-deux de ces enfants. » (2 Rois 2:23-24)
[…]

Les jeunes vierges sont plus agréables vivantes que mortes

« Maintenant, tuez tout mâle parmi les petits enfants, et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui ; mais laissez en vie pour vous toutes les filles qui n’ont point connu la couche d’un homme. » (Nombres 31:17–18).


Qui aime bien, châtie bien

En matière éducative, Dieu est un véritable père fouettard : « Qui aime son fils lui prodigue le fouet, plus tard, ce fils sera sa consolation. » (Ecclésiastique, 30, 1).


La terminale des récalcitrants

Quant aux adolescents indociles, Dieu les voue carrément à la mort par lapidation : « Si un homme a un fils dévoyé et indocile, qui ne veut écouter ni la voix de son père ni la voix de sa mère, et qui, puni par eux, ne les écoute pas davantage, son père et sa mère se saisiront de lui et l'amèneront dehors aux anciens de la ville, à la porte du lieu. Ils diront aux anciens de la ville : "Notre fils que voici se dévoie, il est indocile et ne nous écoute pas, il est débauché et buveur." Alors, tous ses concitoyens le lapideront jusqu'à ce que mort s'en suive. » (Deutéronome 21, 18-21) 

Un jésuite, Pierre Gibert, tente de démontrer que le Dieu de l'Ancien Testament n'est pas vraiment violent, cruel, jaloux. « Au contraire, affirme Gibert, si la Bible constate avec un réalisme parfois éprouvant la nature violente de l'homme, c'est pour mieux condamner la violence et poser, au nom de Yahvé, l'interdit du meurtre. »

Pierre Gibert, maître dans l'art consommé de l'argumentation jésuitique, tente de défendre l'indéfendable dans son livre « L'espérance de Caïn » :

"À l'extrême fin du XXe siècle, écrit Pierre Gibert, au terme d'un siècle qui, en matière de violence, avait peu à envier aux siècles antérieurs, un député du Land de Bavière proposa une loi pour interdire l'enseignement de la Bible dans les écoles. Le motif s'imposait à ce représentant du peuple soucieux de la bonne éducation des enfants : il y avait trop de violence dans la Bible pour qu'on en fit matière à édification des intelligences et des cœurs innocents.

Confessons ici notre perplexité : faut-il louer le souci, voire l'angoisse d'éducateur de cet honorable représentant du peuple, ou s'abîmer dans la déploration d'une crétinerie dont la désignation même est, dans sa faiblesse, à notre sens, inadéquate ? Qu'en pensèrent et qu'en firent les autres députés ? À ce jour, aucune loi ne fut votée qui eût converti cette proposition en réalité. Cet épisode aurait tout lieu d'être oublié s'il ne résonnait sur un certain nombre d'autres propos auxquels tel et tel événements parurent apporter caution et confirmation. Entre les trois dernières décennies du XXe siècle, soit à partir de Mai 68 pour prendre un repère commode, et la première décennie du XXIe, qui s'ouvrit sur l'atroce matinée new-yorkaise du 11 septembre 2001, on ne pouvait manquer, sinon de voir dans la Bible source et inspiration de violences, du moins de percevoir le monothéisme en général comme un des plus puissants facteurs et une des principales causes de la violence des cultures qui y adhérèrent et en rendirent notamment victimes des cultures plus tolérantes, plus ouvertes, du fait de leur polythéisme.

Mais cette fois, nous ne sommes plus devant le témoignage de la crétinerie isolée dans un Landtag, mais devant des propos devenus lieux communs. Qui plus est, quelques noms, en ethnologie ou en histoire, volent parfois au secours des éditorialistes dont certains peuvent se targuer de quelque titre prestigieux, d'un prix Nobel de littérature, par exemple.

Sans doute y a-t-il à apprécier à leur juste mesure de telles « évidences »-, en particulier d'un Mai 68 interdisant d'interdire face à une religion jugée coercitive en matière de sexualité principalement, mais aussi, quelques années plus tard, dans le contexte de la disparition de l'Union soviétique dont l'implosion révéla définitivement et sans le moindre doute la véritable violence d'État sur laquelle elle avait été bâtie. Étant donné le désarroi d'un certain nombre d'esprits sincères dans l'espérance qu'ils avaient pu mettre en elle, il était tentant pour tel ou tel de confondre ces violences dans une sorte de pot commun et universel de la violence humaine dans lequel les religions en général, le monothéisme et la Bible en particulier, sans oublier l'Église catholique, auraient largement versé.

Qu'on écrasât ainsi dix-huit ou vingt siècles d'histoire en trois ou quatre données, importantes et incontestables certes (les Croisades, l'Inquisition, l'Affaire Galilée...), pour les mettre en rigoureux et condamnable parallèle avec les quatre-vingts ans du système soviétique et ses millions de morts, était détail négligeable qui ne devait en rien relativiser l'ordre des choses. Cela avait du moins l'avantage de ne pas obliger à y aller voir de trop près, notamment quant aux chiffres, sans parler des principes et des réalités qui fondaient ou motivaient aussi bien la Bible que le christianisme, le judaïsme que l'islam, dans des durées de millénaires et des variantes dispersées sur l'ensemble du globe. Quant à innocenter les si tolérantes cultures polythéistes, il n'y avait qu'à croire pour se persuader de la douceur des mœurs romaines tant en matière de sacrifices que de persécutions, en passe, ces temps derniers, d'entrer dans les oubliettes d'un certain révisionnisme... En fin de compte, les croyants au Dieu unique seraient aussi violents que les tenants d'un athéisme d'État dont notre XXe siècle a connu l'originalité.

En fait, et quoi qu'il en soit des motifs et sensibilités d'un moment, une réalité s'impose à travers ces propos : la violence, et sans qu'il soit besoin de la définir immédiatement ; et elle s'impose parce qu'elle fait peur, qu'elle est sans doute le ressort fondamental de la peur, parce que, comme menace ou possibilité, elle attente au désir fondamental de vie. Défendre la vie, sa propre vie d'abord, est l'exigence spontanée qui s'impose à tout un chacun, quitte justement à engendrer une nouvelle violence pour se protéger ou se prémunir de la violence première.

Corrélativement, passé le moment de sa manifestation, s'impose la quête de l'explication, de la cause : d'où vient-elle ? pourquoi cette pulsion ? Dans le cadre de cet essai s'imposent non seulement les récits bibliques de violence, mais la dénonciation du monothéisme, ainsi que nous venons de l'évoquer. Autrement dit, la pensée de l'un, de l'unique impliquerait l'idée de violence qui se trouverait, a contrario, limitée sinon anéantie par la pluralité, la pensée du multiple. Et de déduire qu'à la violence d'une société à religion monothéiste répond la tolérance des sociétés à religion polythéiste.

Nous aurons tout loisir, dans ces pages, de voir dans quelle mesure vaut pareil raisonnement. La question qu'on peut ici se poser est celle de l'association de l'un et du multiple, mais aussi celle de la nature et du surgissement du monothéisme.

Celui-ci n'émergea que lentement, par à-coups, au Proche-Orient ancien. Il connut des figures aussi différentes que l'idée du theion grec à partir du Ve siècle avant notre ère, ou du monolâtrisme en Égypte. Et dans les sociétés et cultures où l'on peut repérer ces premières formes, il fut longtemps mêlé à un polythéisme populaire. Il n'est pas exclu qu'il ait été pratiqué sous différentes formes par des groupes ou des individus qui, dans le riche panthéon de leur religion, choisissaient d'honorer un dieu ou une déesse et de s'y tenir quasi exclusivement.

À cette hésitation et à ce flou, Israël n'échappa pas. On peut encore suivre dans le corpus de l'Ancien Testament et jusque dans le Nouveau, ces épisodes d'une lente percée du strict monothéisme — peut-être guère avant le VIIIe siècle avant J. C., et qui ne fut sans doute pas credo exclusif avant le Ve avant J. C. Ce qui signifie aussi qu'il dut falloir pas mal de temps avant qu'on pût le reconnaître dans la religion populaire, et surtout pour qu'il pût devenir principe de violence religieuse et politique : l'Israël du monothéisme strict, au retour de l'Exil et sous la domination perse, est un Israël sans vraie puissance politique, intérieure et extérieure. Il fut alors plus victime de ses propres divisions et de persécutions subies que susceptible d'imposer son monothéisme et sa violence induite.

Mais soit ! la Bible est violente. Elle rapporte des faits de violence dont elle ne semble pas toujours s'indigner, bien au contraire. Il n'est que de l'ouvrir pour lire dès ses premières pages le récit du meurtre d'un frère par son frère, celui d'un père prêt à sacrifier son fils unique au dieu qui le lui a ordonné. Et comment négliger les victoires aux généreux massacres des ennemis, remportées au nom du Dieu unique et trois fois saint ? Et que dire des prophètes brandissant menaces de châtiments par maladies, famines et fléaux divers, autant que par défaites, exil et mort ?

Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi ce Dieu, qui exclut tous les autres dieux des panthéons voisins de la religion d'Israël et chez lesquels la violence est monnaie courante tant les uns à l'égard des autres qu'à l'égard des humains, pourquoi ce Dieu joue-t-il, à certains moments, le jeu de la violence ? Faut-il a priori évoquer le « principe d'incarnation » du Dieu de l'histoire, si typique d'Israël, qui accepterait d'entrer dans ce jeu dans le but d'en détourner finalement les effets mortels ?

Des livres n'ont pas manqué, ces derniers temps, pour tenter de sortir la Bible d'un tel procès et faire comprendre que ce qui se cachait derrière tant de violence pouvait solliciter la curiosité, que les chiffres étaient à prendre avec précaution, qu'il fallait faire la part des choses, et notamment des genres littéraires dont certains portaient par nature une violence purement verbale... Pourtant, le fait est là : le Dieu de la Bible, en quelque nom que ce soit, au nom du monothéisme comme au nom de son originalité, apparaît à plusieurs reprises comme un dieu de violence, soit comme dieu de la guerre, soit comme dieu vengeur des fautes de son peuple.

Mais la Bible a-t-elle besoin d'avocats face à des procureurs qui la reçoivent le plus souvent selon le principe de sa prétendue simplicité, ce qui leur permet de négliger l'ignorance qu'ils en ont ? À notre tour, en voulant prendre la liste des soupçons et des accusations, ne risquons-nous pas de nous enfermer dans l'indéfini d'une réfutation qui, tel le rocher de Sisyphe, serait constamment à remonter, l'objection ou l'accusation, c'est bien connu, restant toujours plus forte que la démonstration, toujours laborieuse et précaire, de l'innocence ?

Nous ne méprisons ni n'oublions les ouvrages qui ont tenté de faire ce travail afin de dédouaner d'accusations une œuvre multiséculaire qui a inspiré le message de paix et la charité de tant de personnes. Certains de ces ouvrages nous aideront même dans notre propre recherche. Mais nous voudrions proposer une autre démarche et donc une autre façon de poser la question de la présence de violences dans le corpus biblique.

Comme toute œuvre d'écriture, et quels que soient ses chemins d'élaboration et les dates de sa composition, la Bible est seconde par rapport aux événements qui l'ont faite comme par rapport à ceux qu'elle relate, comme elle l'est par rapport à ce composé humain universel qui n'eut pas besoin de l'attendre pour exprimer, en actes, sa violence. Autrement dit, nous mettons au commencement la violence humaine en ce qu'elle a de général ou d'universel. Dans ces conditions, ou bien nous devrions nous contenter de dresser le constat de son expression, plus ou moins inévitable, dans le corpus biblique, en tentant de l'expliquer au mieux ; ou bien, persuadés que la violence appelle, un moment ou l'autre, sa parade et sa neutralisation, nous formulons l'hypothèse que la Bible, dans son projet d'ensemble, entre dans l'effort non moins humain de gérer la violence afin, sinon d'en venir définitivement à bout, du moins de lui opposer suffisamment d'obstacles. En un mot, puisque violence il y eut toujours, comment la Bible la gère-t-elle ? ou : quels moyens propose-t-elle pour la réduire, voire la neutraliser et l'anéantir ?"

Pierre Gibert, L'espérance de Caïn , la violence dans la Bible.


L'espérance de Caïn 
La violence dans la Bible




2 comments:

  1. Anonymous12:37 PM

    Emancipate yourself from mental slavery !!
    Les vieux pirates reprennent la mer de Chine à la recherche de nouveaux trésors.Le fantôme de Bob Marley est du voyage : http://youtu.be/SLQI41QrlGo, avec un message à bord . Emancipez-vous de l’esclavage mental !!

    Vieux pirates oui ils m'ont volés
    Et vendus aux bateaux d'esclaves
    Quelques minutes après qu'ils m'aient attrapé de la plus profonde fosse
    Par la main du Tout-Puissant
    Nous avançons dans cette génération triomphante
    Ne voudrais tu pas m'aider à chanter ces chansons de liberté?
    Parce que tout ce que j'ai c'est des chansons de rédemption
    Des chansons de rédemption
    Emancipez-vous de l'esclavage mental
    Personne d'autres que nous-mêmes ne peut libérer nos esprits
    N'ayons pas peur pour l'énergie atomique
    Car personne ne peut arrêter le temps
    Combien de temps encore tueront-ils nos prophètes?
    Pendant que nous nous tenons à part et regardons
    Certains disent que c'est juste un passage
    Nous devons accomplir la prophétie
    Ne voudrais tu pas m'aider à chanter ces chansons de liberté?
    Parce que tout ce que j'ai c'est des chansons de rédemption
    Des chansons de rédemption

    http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5g-2prO-XR7h6LNHtp1-VB1lHrK0w?docId=CNG.16a2eda7c1564697e6885062e0709aeb.01

    http://www.tahiti-infos.com/Pour-Clinton-le-Pacifique-est-assez-grand-pour-la-Chine-et-les-Etats-Unis_a55623.html?com

    http://www.tahiti-infos.com/Hillary-Clinton-fait-escale-technique-a-Tahiti-en-chemin-pour-Rarotonga_a55580.html

    http://french.cri.cn/621/2012/08/03/302s290669.htm

    http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Pekin-affiche-une-strategie-conquerante-de-l-Arctique-_EG_-2012-08-06-839589

    ReplyDelete
  2. Anonymous8:23 PM

    "La Controverse de Sion" de Douglas Reed...livre passionnant sur ce thème.

    ReplyDelete