Saturday, October 13, 2012

Karma, nirvana, blablabla




Quelques années avant son décès (2008), Marc Bosche a écrit :

« J'ai passé le réveillon avec des amis, trois couples ayant chacun vingt à vingt-cinq années de pratique du bouddhisme. [...]

En échangeant avec eux j'ai évoqué les limites que je voyais au message même du bouddhisme : 1) la vérité de la souffrance, 2) le karma, 3) le nirvana et 4) les vies successives. Voici les quatre objections que j’ai soulevées, et un peu plus loin la réaction intéressante de ces amis..


1) La vie en tant qu’opportunité

En un mot la vérité de la souffrance n'est peut-être pas correctement formulée dans le bouddhisme, puisque en réalité la vie si elle est souffrance, certes, est surtout opportunité d'une expérience consciente unique. Sans la vie nous ne serions sans doute pas, et donc vivre n'est pas une maladie ni une fatalité douloureuse, mais plutôt un tremplin précieux et un cadeau inestimable.


2) Le karma a bon dos

Quant au karma, le bouddhisme nous dit que les souffrances d'aujourd'hui résultent d'actes non vertueux d'hier et que les bonheurs d'aujourd'hui résultent d'actes vertueux accomplis par le passé. Or, nous le voyons bien, beaucoup d'innocents souffrent (les victimes du Tsunami par exemple), d'enfants innocents meurent. Nous ne pouvons pas moralement affirmer que c'est à cause d'actes négatifs antérieurs, ce serait victimiser deux fois ces personnes, leur faire porter une deuxième fois le poids de destinées que rien ne peut justifier.

En revanche des dictateurs coulent de vieux jours paisibles. Des tortionnaires ou des aigrefins passent de paisibles retraites semblant ne pas souffrir particulièrement de cette fameuse "loi du karma". Mr Papon libéré de prison pour raison de santé, coule des jours heureux. Mr Crozemarie bénéficie paraît-il d'un jacuzzi dans sa confortable maison de retraite. Mr Pinochet n’a qu’assez récemment été inquiété par la justice de son pays. Mr Saddam Hussein est toujours vivant à l'heure de son procès (au 28 mars 2006 date à laquelle nous bouclons l’édition de ce livre), alors que de nombreux Irakiens innocents, des femmes, des enfants, des jeunes gens sont morts. La loi du karma du bouddhisme paraît un vœux pieux plus qu'une réalité.

L’idée de maturation des graines karmiques est nécessaire pour rendre plausible la théorie du karma, mais cela fonctionne-t-il vraiment comme cela ? La durée de la vie humaine permet-elle cette "maturation" ? Probablement non, et alors il faut absolument croire à cette idée de vies successives pour que la rétribution karmique ait la moindre chance de se produire et donc d'exister. Or rien n'est moins sûr que ces chapelets de vies successives pour vous et moi. Il y a donc au moins deux hypothèses, pour le moins hasardeuses, indispensables ici pour fonder cette théorie du karma.


3) La promesse vague, plurielle et contradictoire du nirvana

Quant au nirvana, qui peut vraiment compter dessus, en faire le projet de sa vie ? Honnêtement ?

Et puis, ce serait intéressant de découvrir aussi si l'union "vacuité-félicité" qui est pour les tantrikas du vajrayana le coeur de l'éveil spirituel correspond au nirvana de leurs amis Theravadin...

Chez les kagyu où l'influence Dzogchen et plus généralement Nyingma est présente (la lignée kagyu emprunte beaucoup aux enseignements et aux maîtres nyingma) le nirvana est un peu réservé... aux maîtres, aux détenteurs de lignée. Pour les disciples, il s'agit plutôt, de vie humaine en vie humaine, de réaliser progressivement des terres pures au moment de chaque mort successive et d'avancer ainsi de la première vers la dixième terre pure (ou treizième selon les systèmes), vers la libération du cycle des renaissances. Je crois que c'est à ce point qu'on peut alors parler de nirvana selon ce système tantrique.
Il y a aussi les cas de ces yogis qui réalisent le corps d'arc-en-ciel au moment de leur mort, il s'agit d'une manière de libération également, mais je ne peux dire si selon ce modèle de l'illumination c'est l'ultime et définitif, c'est à dire le nirvana. Comme ces atteintes successives (des terres pures, ou même du corps d'arc-en-ciel) correspondent de toute évidence à un raffinement de plus en plus grand de la conscience : "Dans le dzogchen tibétain, la nirvana est également assimilé à la conscience fondamentale, qualifiée de grande perfection naturelle. Il faut reconnaître la nature de l’esprit, vide, lumineuse, sensible et au delà de la mort."Alors, un nirvana pour tous, ou divers nirvana promis selon les diverses écoles ? Les promesses engagent surtout ceux qui y croient. Un maître Soto Zen (Kodo Sawaki, le maître de Taisen Deshimaru) disait quant à lui que le nirvana c'était "l'endommagement ultime"... Que voulait-il dire par là ? Et puis il y a les NDE, les near death experiences, ces expériences au seuil de la mort que racontent nos contemporains qui les ont vécues, en particulier en Occident. Sont-elles une expression de ce "nirvana", de cet éveil spirituel ? Est-ce le même éveil que chez les bouddhistes, est-ce encore une autre forme de conscience ou d'expérience ?


4) La fiction possible des vies successives

Pour ce qui est des vies successives, rien ne montre que cela se passe comme le dit le bouddhisme, c'est à dire qu'un courant de conscience se réincarne (ou passe) encore et encore dans différents plans possibles d'existence, nous donnant au passage ici et maintenant cette vie humaine.

D'autres possibilités sont tout aussi crédibles : dispersion ou cessation de la conscience fondamentale au moment de mort, réintégration ou réabsorption de celle-ci dans une autre dimension ou une autre réalité spirituelle, combinaison de facteurs dynamiques de la conscience appartenant à plusieurs êtres pour composer la conscience d'un nouveau-né. Etc. etc. Bref la théorie des vies successives est aussi un conte simple et séduisant, mais ne présente aucune présomption de sa réalité.

Après avoir présenté mes modestes élucubrations, l'une des personnes présentes au réveillon m'a dit : "je pense comme vous, je suis d'accord." Je lui ai fait remarqué : "Alors vous n'êtes pas bouddhiste". Elle m'a répondu avec un sourire : "je me présente comme bouddhiste, mais je ne crois pas, en effet, à cela." Un autre participant à la soirée a ajouté, en substance : "oui, il faut toujours dire qu'on est bouddhiste aux autres qui le sont, pour ne pas créer de difficultés ou de problèmes avec eux, mais c'est vrai on ne croît pas vraiment à ces choses". J'ai donc réalisé que ces amis qui ont vingt à vingt cinq ans de dharma, qui sont pour la plupart végétariens et ont adopté une hygiène de vie et une éthique très attentive, qui pratiquent la méditation au quotidien, ne croient pas un mot du dogme fondamental qui définit le bouddhisme. Mais ils se disent toujours "bouddhistes". »

Marc Bosche, Neo bouddhisme, quand le Bouddha ne sourit plus.





16 comments:

  1. Anonymous12:21 PM

    Le Bouddha sourit toujours. Marc Bosche ne le voyait-il pas ? Là est la question.

    Cordialement

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  2. Faut-il se méfier du néo-bouddhisme et de la mouvance spiritualiste contemporaine ? Que dissimule le sourire du Bouddha (Maitreya ?) de l'ère du Verseau ou du Nouvel Age d'(h)OR...reur ?

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  3. Anonymous8:44 AM

    Cordialement

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  4. Anonymous5:05 PM

    c'est l'intention qui compte.. le reste c'est ton folklore.. vive l'orgueil

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  5. Anonymous5:10 PM

    Maintenant voici, bhikkhus, la noble vérité de la souffrance (dukkha): la naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance, être associé avec ce qui est déplaisant est souffrance, être séparé de ce qui est plaisant est souffrance, en bref l'attachement aux cinq khandhas est souffrance.
    ( cette verité est noble , non ultime.. ) non?

    quand et ou il a dit que la vie est souffrance? cordialement

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  6. J'appartiens à un autre courant, mais ce type d'argumentation est un classique du genre de personnes qui ont voulu faire carrière dans le Bouddhisme, mais qui de part leur profonde obscurité en réalité sont fondamentalement opposées au Dharma et n'acceptent pas leur Karma.

    Dès lors c'est difficile de faire germer les graines de la bodhéité.

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  7. Carotte2:12 PM

    Heureusement que c'est cordial ici
    hihihi

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  8. C'est pas une question de cordial ou pas, mais d'attachements.

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  9. La personne qui a mis plusieurs liens vers « Miroir du Dharma » ne m'en voudra pas si je recommande un site qui offre un aperçu de l'autre côté du miroir :
    http://www.trimondi.de/francais/articles.fr..htm

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  10. Lien vers Miroir du Dharma
    http://miroirdudharma.blogspot.fr/

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  11. J'avoue que j'aurais bien du mal à me prononcer sur la réalité décrites comme apocalyptique de ces enseignements secrets du Kalachakra.

    Tant que je n'ai pas de documents issus de bouddhistes authentiques attestant des méthodes et des buts réels à atteindre, je me méfierais des interprétations de personnes extérieurs au Bouddhisme.

    Est-ce que le couple Trimondi sont-ils des bouddhistes tibétains authentiques, ou des ex-fonctionnaires du Dalaï-Lama ?

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  12. Lisez les traductions en anglais (le plus souvent) et parfois en français des Tantras et vous serez édifié. Lisez surtout les tantras supérieurs, tels ceux de Heruka, Guhyasamaja, Kalachakra, Hevadjra, Yamantaka, etc.. Attention, ils ne sont pas à mettre entre toutes les mains. Ces tantras secrets contiennent souvent des procédés occultes comme le pouvoir d’ensorceler (vaçikarana) ou de tuer à l’aide de pratiques en apparence inoffensives (marana). Le Hejvara-Tantra indique les mantras utilisés pour les principales opérations magiques.

    Comment peut-on ignorer que des rites initiatiques lamaïstes exigent la participation de fillettes ? Cette pédophilie initiatique est dénoncée par les Trimondi et par d'autres auteurs, comme Edward Conze, spécialiste reconnu du bouddhisme, qui écrit : " On ne s’attend pas, en fait, à ce que les adeptes d’une religion revendiquent comme une sorte de devoir sacré, par exemple, " le commerce sexuel quotidien dans des endroits écartés avec des filles âgées de douze ans, de la caste candâla ". Le Guhyasamâja-Tantra, l’une des plus anciennes, et aussi des sacrées, parmi les écritures du Tantra de Main-gauche, enseigne, semble-t-il, exactement tout le contraire de ce que soutenait l’ascétisme bouddhique. "

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  13. J'ai lu pas mal à ce sujet, mais d'après ce que j'ai pu lire certains Lamas me paraissent réalistes et sincères, notamment en ce qui concerne les besoins réels des occidentaux.

    Il y aurait donc des niveaux d'initiations avec des buts occultes en terme d’eschatologie.

    En matière d'eschatologie, ils possèdent également celle du Sutra du Lotus à laquelle ils préfèrent un Trantra (Kalachakra), c'est asse difficile à comprendre surtout lorsqu'on sait que dans ce Tantra il y a des choses pas très ragoutantes, difficile de croire qu'il s'agit d'un enseignement authentique du Bouddha Shakyamuni.

    Par contre il ne peuvent pas non plus ignorer les principes de dualité et les conséquences de certaines choses en termes de production conditionnée.

    S'estimeraient-ils au dessus du Dharma ?

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  14. Vous connaissez le dicton : « on n'attrape les mouches avec du vinaigre. De même, en public, les lamas savent séduire. Mais, dans le secret des monastères il y a une autre réalité.

    L'incroyable vidéo « Les confessions de Kalou Rinpoché » révèle l'autre face du lamaïsme. Le jeune tulkou, reconnu comme la réincarnation de l'un des plus grand hiérarques du Vajrayana, a été violé par des lamas et son tuteur, un dignitaire du bouddhisme tantrique, a tenté de le tuer :

    « ...lorsque j'ai eu 12, 13 ans j'ai été sexuellement abusé par d'autres moines ... Mon propre tuteur a essayé de me tuer, c'est la vérité et à cette époque j'étais très traditionnel. Un très bon bouddhiste traditionnel. Ils ont essayé de me tuer parce que, vous savez, je n'ai pas fait ce qu'ils voulaient que je fasse. »

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  15. Curieusement il y a actuellement en France des scandales sexuels et financiers dans le Bouddhisme Tibétain, assez importants pour que la communauté bouddhique tibétaine soit en crise avec ce que cela implique comme drames psychologiques, or ce type d'affaire ne rencontrent absolument aucun écho national alors que si ça touchait une toute autre église cela aurait l'effet d'une bombe. D'ailleurs de petites communauté dites "sectaires" se sont fait taper dessus pour beaucoup moins que ça.

    Visiblement le Bouddhisme Tibétain est ultra-protégé ne serait-ce qu'en terme d'image vis à vis du grand publique.

    Dans mes rapports avec eux je me suis aperçu que l'omerta leur confère une certaine légitimité morale et légaliste, tant et si bien que vis à vis de ma tradition ils se croient légitimés à me tirer dessus à boulet rouge, ce qui était une très mauvaise idée dans la mesure où j'ai été obligé de leur sortir tout le dossier à charge, et pour ce qui est du Bouddhisme j'ai également du leur demander s'ils étaient vraiment certains de pouvoir opposer le Tantra Kalachakra avec l'eschatologie de ma tradition.

    Ils ont donc reculé très rapidement et en personnes intelligentes et puisque ce sont tout de même des pratiquants sachant comme moi que le bouddhisme c'est difficile, ils ont donc arrondi les angles, d'autant qu'ils n'ont jamais l'occasion d'avoir quelqu'un de 25 ans d'expérience ce qui fait une très grosse différence.

    A partir de là j'ai réussi à installer un rapport de confiance et à avoir une certaine ouverture, et il y a effectivement beaucoup de questions qui se posent dans pas mal de domaines.

    Faut-il se méfier du néo-bouddhisme et de la mouvance spiritualiste contemporaine ? Que dissimule le sourire du Bouddha (Maitreya ?) de l'ère du Verseau ou du Nouvel Age d'(h)OR...reur ?

    Je crois surtout qu'en matière de spiritualité orientale les occidentaux sont très mal informés, et l'implantation du Bouddhisme en Occident se fait sous couvert d'une fausse tolérance entre les enseignements et les concepts, qui ne permet pas à celui qui veut s'engager dans le Bouddhisme d'être concrètement "son propre refuge" en faisant des distinctions rationnelles.

    Ainsi les formes les plus extrêmes du Bouddhisme sont celles qui sont considérées comme soft, et les tenant de ces écoles se servant bien entendu de cette inversion des valeurs.

    De même que la psychose anti secte ne contribue pas non plus à l'assainissement des différentes spiritualités, et contribue même à son obscurcissement.

    Il faut savoir que dans un pays comme le Japon la concurrence religieuse est un droit constitutionnel, ce qui ici est plutôt perçu comme de l'intolérance et de l'extrémisme religieux. Nous sommes donc en face d'une certaine dichotomie culturelle assez importante, sans même parler de l’anticléricalisme primaire dans nos sociétés pour venir attiser les antagonismes déjà existants.

    C'est donc en effet très compliqué, et le système de chasse aux sorcières n'a pas d'autre effet que d'aiguiller les gens sur des pistes qu'une main invisible aura prédéterminé dans l'inconscient collectif.

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