Tuesday, October 02, 2012

La crise du capitalisme





Il est indiscutable que le capitalisme est une forme économique d'esclavagisme et il y a des considérations utiles à tirer d'une comparaison entre l'esclavage et le capitalisme ; et j'espère vous le montrer. Précisons tout de suite que cette comparaison n'a de sens que d'un point de vue économique, puisque le capitalisme est un système économique, et que l'esclavage lui-même a connu des justifications économiques. La comparaison ne portera donc pas sur les droits qui sont reconnus à l'esclave ou à l'ouvrier : ces droits sont, dans un cas comme dans l'autre, extrêmement variables, selon les époques et les cultures.

Qu'est-ce que l'esclavage ? C'est la possession d'un homme à qui on est sensé donner nourriture, logis, bien de nécessité et quelques autres en fonction des services rendus et des relations que le maître entretient avec son esclave. Dans l'antiquité, certains s'occupaient même de la formation technique, voire intellectuelle, de leurs esclaves : c'est ainsi que l'esclave Épithète fut formé à la philosophie.

Qu'est-ce que posséder des moyens de productions ? C'est acheter les conditions de travail d'un homme, afin de tirer ensuite profit de son travail.

Dans un cas, on achète un homme et on tire profit de son travail.

Dans l'autre cas, on achète les conditions de possibilité du travail, et donc, dans des conditions ordinaires, de la survie d'un homme, et on tire profit de son travail.

Le but est donc le même : tirer profit du travail d'autrui (ce qui est le propre du capitalisme, puisque son but est d’accroître le capital en faisant les bons investissements).

Le moyen diffère. Mais nous devons souligner qu'il diffère surtout pour ce qui concerne des conditions extérieures au capitalisme et au domaine économique proprement dit. Heureusement, l'employeur n'a pas le droit de châtier corporellement son employé, par exemple, mais cet interdit ne relève pas de la définition même du capitalisme, qui n'a pas toujours eu ces scrupules. Et l'honnêteté oblige à dire que les droits reconnus aux travailleurs ne sont pas assurés par l'idéologie capitaliste, mais par la vigilance de l’État ou par les luttes et la surveillance syndicales.

Aussi bien pourrions-nous imaginer un pays où l'esclavage serait toujours permis, mais où cette pratique aurait été finalement plus "humanisée", par l'imposition de certaines règles de conduites : le maître ne doit pas tuer son esclave, il ne doit même pas le blesser physiquement, ni lui interdire de se marier, etc.. Mais tout le travail de l'esclave restera possession du maître, qui, en retour, lui donnera de quoi vivre.

L'esclave vit ainsi directement sous la dépendance de son maître. L'employé ne vit pas directement sous la dépendance du capitaliste ; il a d'abord l'impression de vivre par son travail. Mais il faut avouer que la différence paraît moins nette. Car, à cause de la relation de dépendance qui existe malgré tout entre le capitaliste et l'employé, c'est au premier qu'apparient d'abord toute la richesse produite. Et ce n'est qu'en un second temps qu'il donne une part de cette richesse à son employé. Et l'on sait que ces dernières décennies la part de richesse reversée au travail n'a cessé de diminuer - ce qui est tout à fait dans la logique du capitalisme.

Nous nous demandons franchement quelle différence fondamentale existe alors entre les deux systèmes du point de vue économique. Dans les deux cas, la somme de travail et surtout la somme de richesse produite est la propriété du maître ou du capitaliste. Et celui-ci en redistribue une part à son esclave ou à son employé.

On me dira : mais tout de même, l'employé peut partir de son entreprise s'il n'est pas content ! L'esclave, lui, ne le peut pas. Certes, mais cette objection prend appui sur une considération qui sort du domaine économique : il ne peut donc servir pour montrer que d'un point de vue économique il y a une différence. En outre, il faut observer que le capitalisme tend naturellement à empêcher la contestation des employés : en favorisant les grands regroupements, il conduit à niveler les conditions de travail, et même à les détériorer si cela permet des profits supplémentaires. Et il ne trouve pas intérêt à investir dans les zones où les exigences sociales sont jugées excessives, et préférera donc s'installer là où les employés seront plus « concurrentiels », c'est-à-dire là où le profit sera meilleur. Dans un environnement de libre échange, les emplois ne pourront donc pas être viables si les employés ne se plient pas à la nécessité d'offrir du profit.

L'employé peut donc certes partir de son entreprise, mais que trouvera-t-il ailleurs ? Rien de mieux, voire pire : le chômage. Il y a donc bien une sorte de chantage, qui n'est plus strictement « travaille pour moi ou meurs », mais qui s'en rapproche étrangement.

Il me semble ainsi que, du point de vue économique, le système capitaliste n'est rien d'autre qu'un système d'esclavage décentré et donc déguisé. Au lieu d'annoncer clairement que l'on possède un homme, on s'arrange pour qu'un homme soit obligé de venir nous offrir son travail. De la sorte, il y a pour lui, en fait, du point de vue économique, les mêmes contraintes et les mêmes résultats.

Sans doute ce rapprochement paraîtra excessif, même après ces explications. Mais je voulais démontré que, pour ce qui concerne la logique économique de fond, il est évident que le capitalisme était idéologiquement parent de l'esclavagisme.

Il est toujours un peu surprenant de constater comment les capitalistes, pour défendre leur position, renvoient leurs adversaires aux crimes du communisme, comme si être anticapitaliste impliquait forcément de revenir à de tels modèles. Il sera tout de même bon, alors, de leur rappeler qu'autrefois le capitalisme a bel et bien été esclavagiste, au sens le plus fort et le plus douloureux du terme. Pourquoi donc n'en ont-ils pas déduit qu'il fallait l'abandonner ?

Chacun sait ou devrait savoir que l'écart au chapitre de la répartition de la richesse dans le monde se creuse de plus en plus. Ce que l'on sait moins cependant, c'est que cet écart se creuse à un rythme effréné au point de noter une accélération quasi exponentielle au cours des dernières années seulement.

Non seulement les nations et corporations les plus riches accroissent-elles sans cesse leur niveau de richesses, mais il en est de même des individus comme tels, en particulier ceux qui, depuis les dix dernières années, détiennent la plus grande part des capitaux sur la planète, dont les Bill Gates et Warren Buffet pour n'en nommer que deux, et non les moindres, sans compter les têtes couronnées, les émirs, les magnats et barons de la finance, toutes espèces confondues, y compris ceux reliés au monde interlope, et tous les autres.

A ce jour les 3 personnes les plus fortunées au monde possèdent une valeur nette supérieure au total du produit international brut (PIB) des 50 nations les plus pauvres, ne s'agissant pas d'une mince affaire si l'on considère que ces dernières représentent pas moins de 25% de l'ensemble de tous les pays.

On rapporte par ailleurs qu'en 1995 le cinquième de la population vivant dans les pays les plus riches avait des revenus de plus de 80 fois supérieurs à ceux du cinquième de la population vivant dans les pays les plus pauvres, écart qui s'est creusé depuis en faveur des plus nantis. [...]

Il appert également que le 1/3 des habitants de la planète souffrent de problèmes reliés de près ou de loin à l'anémie découlant notamment de la malnutrition et de la sous-alimentation chronique et que plus de 38 millions de personnes meurent de faim annuellement, sans compter une recrudescence sans précédent, ces dernières années, des maladies contagieuses dans les pays en voie de développement alors qu'on est censé disposer de tous les médicaments nécessaires pour les enrayer ; encore faut-il être en mesure de se les procurer !

Bien sûr, ces chiffres ne tiennent pas compte de toutes les carences, autres que celles dues au manque essentiel de nutrition, dont souffrent la grande majorité des habitants de la planète et principalement ceux vivant dans les pays en voie de développement, comme celles en matière d'hygiène, de soins de santé et de services sociaux, de même que celles au chapitre de l'éducation et de l'instruction.

Dire que moins de 5% de la richesse se trouvant actuellement entre les mains des individus les plus fortunés de la planète, soit moins de 20 milliards de dollars canadiens, suffirait à assurer les besoins essentiels aux plus démunis, l'équivalent en fait ce que les américains et les européens réunis consomment annuellement en eaux parfumées de toutes sortes.

Dans les fait, nous disposons de toutes les ressources nécessaires pour nourrir tous les habitants de la planète sauf que pour différentes raisons, et pas toujours pour celles qui sont mises de l'avant dans les médias, ces ressources et la richesse qui la sous-tend sont mal réparties.

Nous sommes rarement informés, pour ne pas dire jamais, des vraies raisons pour lesquelles il en est ainsi et notamment du pourquoi du problème de la faim à une si grande échelle. Certaines personnes ayant autorité en la matière comme le prix Nobel d'économie, le professeur Amartya Sen, le sociologue René Dumont et le professeur Michel Chossudovsky, ont déjà fait part de leurs vues assez particulières sur le sujet mais celles-ci ne reçoivent aucun d'écho, surtout pas dans les médias dont on peut penser, du seul fait de leur appartenance, pour la plupart, à des groupes et syndicats financiers à la fois très puissants et très influents, qu'ils n'ont pas nécessairement intérêt à ce que trop de gens soient valablement informés. Le plus souvent, tout ce dont on nous informera sur le sujet, c'est qu'un cataclysme naturel quelconque, comme une inondation ou une sécheresse par exemple, serait à l'origine du phénomène, rien de plus.

Combien savent par exemple qu'au fil du temps la faim est devenue une arme politique de plus en plus utilisée, et surtout de plus en plus sophistiquée, et que mises à part les famines provoquées par les catastrophes naturelles celles-ci ne sont jamais gratuites ?

Pour paraphraser les coauteurs de Géopolitique de la faim, ce ne sont plus les peuples ennemis et ceux à conquérir que l'on affame, mais bien les propres populations de ces nations dont les dirigeants peu scrupuleux veulent tirer profit de la manne provenant de tous ces conflits, ethniques et autres, de plus en plus nombreux, qui sont mis en évidence par les couvertures médiatiques et qui entraînent le déchaînement de la compassion internationale, source quasi intarissable d'argent, de nourriture et de tribunes publiques pour exposer leurs revendications.

A titre d'exemple, des pays comme la Somalie, le Soudan, le Liberia, la Corée du Nord, la Birmanie, l'Afghanistan et le Sierra Leone sont menés par des dictateurs et chefs de guerre qui tiennent lieu d'hommes d'état, lesquels, dans le but bien arrêté d'atteindre coûte que coûte leurs objectifs politiques, prennent littéralement en otage leur propre population et n'hésitent pas à prendre tous les moyens à leur disposition pour mener celle-ci au doigt et à l'œil, bien souvent avec l'aide et le concours des plus hautes autorités et instances et de puissants syndicats financiers.

Il ne faut pas oublier par ailleurs les cas du Pérou et du Brésil, et puis celui du Rwanda où encore dernièrement des commandes étaient données pour l'achat de milliers de machettes, de houes et de pieux destinés à mieux pouvoir mâter la population récalcitrante.

Le cas plus récent du Sierra Leone ne peut par ailleurs être passé sous silence lorsque l'on voit jusqu'à quel point les dirigeants du parti au pouvoir et le seul, incidemment, à être officiellement autorisé, le Rebel United Front, sont prêts à aller pour mener à bien leur campagne de terreur contre les populations locales, allant même pour ce faire jusqu'à amputer à la machette les mains des paysans pour s'assurer qu'ils ne pourront plus jamais cultiver, les premiers effets visés par la mesure étant le rapatriement des terres entre les mains d'un nombre limité de personnes et une flambée du prix de base des denrées céréalières au niveau international, s'assurant ainsi de prix d'exportation plus avantageux. [...]

Déréglementation des marchés, décomposition des économies locales, contrôle de la masse monétaire et dévaluation éhontée des monnaies des pays en difficulté, concentration des terres entre les mains de groupes restreints, détournements de fonds, manipulations des données et chiffres officiels, libéralisation truquée des systèmes bancaire et monétaire, mainmise sur le bien public, malversations et magouilles de toutes sortes, établissement et maintien en place par tous les moyens de gouvernements fantoches et même fantômes, dont les dictatures réelles et les démocraties autoritaires, de manière à pouvoir surveiller de près ses intérêts, contrôle du peuple par la base, à commencer par le ventre, en les coupant d'abord de leurs terres et en leur enlevant tout pouvoir d'achat, interventions souvent subtiles pour instaurer un climat de méfiance à l'intérieur du pays visé et pour fomenter les guerres internes, toutes espèces confondues, instillation subtile de tous les ingrédients nécessaires pour s'assurer du contrôle sur les prix et les mouvements des matières premières du pays visé, allant même pour ce faire jusqu'à s'assurer que toutes les conditions soient réunies pour qu'il y ait famine lorsque jugé nécessaire, autant de facettes dont usent les Grands de ce monde et leurs alliés en l'occurrence pour s'assurer du plein contrôle des richesses d'un pays donné, le plus souvent avec la bénédiction de leurs collaborateurs d'appoint qu'ils manipulent comme de vulgaires marionnettes, dont le Fonds monétaire international et la Banque mondiale qui invoqueront pour leur part de faux prétextes pour soutenir leur intervention, comme le fait qu'ils sont là précisément dans le but d'aider les pays en difficulté à s'acquitter de leurs dettes envers les grandes puissances, sans oublier l'intervention en coulisses des services secrets et autres organisations dites d'intelligence également à la solde des puissants de ce monde.

Pour le moment, rien, absolument rien ne semble pouvoir arrêter cette marche incessante et sans merci vers une totale concentration du pouvoir et de la richesse. De quoi rester sur sa faim !

La désillusion est grande pour n'importe quel citoyen lorsqu'il prend conscience qu'il n'y a pas d'égalité des chances. Elle est encore plus grande quand il constate qu'il n'a jamais vraiment vécu en démocratie. De l'illusion à la désillusion il n'y a qu'un pas !

Le rêve d’une démocratie parfaite où il ferait bon vivre heureux et épanoui dans la société est certainement une image qui parcourt l’esprit de tous ceux épris de justice. Or aujourd’hui la démocratie est bien souvent vécue comme une désillusion. À chaque élection, les masses médias nous rabâchent que ce qui risque d’être le facteur déterminant serait le taux d’abstention. Lequel pourrait certainement être bien moins important si le vote blanc n’était pas relégué au rang d’un vote nul. Car celui-ci est porteur de beaucoup de sens politique dans les choix des candidats offert à la mandature par les partis politiques. Cependant l’abstention ne veut pas dire désintéressement de nos concitoyens de la chose politique mais est plutôt le signe pour Pierre Rosanvallon d’un « désenchantement démocratique » qui « dérive d’un idéal de fusion entre gouvernés et gouvernants ». De surcroît, les projets des deux partis majoritaires, censés motiver l’acte de votation et nous représenter, convainquent de moins en moins. Les autres partis hormis certains extrêmes sont souvent porteurs de renouveau démocratique, mais ne possèdent pas les clés d’entrées aux masses médias, dont les portes sont verrouillées par l’univers de l’argent, les instituts de sondage, les outils médiatiques financés par l’armement et l’industrie plus généralement.

En Europe, ces désillusions ont leur fondement dans les années Mitterrand. Élu grâce à une vision socialiste de la société, ces années ont permis à ses gouvernements d’installer paradoxalement la philosophie néolibérale qui n’est autre qu’antisociale et antisolidaire, donc en totale opposition aux aspirations d’une majorité qui l’a porté au pouvoir. Ce néolibéralisme, à la recherche de toujours moins d’État, de déréglementation et toujours plus de contrôle des populations (fichier policier, fichage ADN, mise en garde à vue abusive (devenu anticonstitutionnelle en Juillet 2010), plan vigipirate), c’est vu renforcé par les années Chirac et atteint aujourd’hui une apothéose grâce à la crise financières de 2008 et à des dirigeants politiques qui renouent avec des valeurs et des actes qui ont par le passé soit failli nous faire basculer dans un gouvernement totalitaire (exemple de la période en amont de la Grande Guerre et au cours des années 30) soit nous y ont conduit sous le gouvernement de Vichy, au cours de la période d’occupation de la Seconde Guerre Mondiale. Cette attitude décomplexée vis à vis de ces années noires pour notre histoire contemporaine relève d’individus trop jeunes pour avoir vécu la honte que cela a représenté à l’issue de cette guerre.

Aujourd’hui la relative désaffection des urnes est certainement plus due à une conséquence de la perte de confiance envers ce système représentatif qui n’est plus suffisant du point de vue organisationnel et à la perte de légitimité de nos représentants élus qui font souvent défaut dans leur impartialité, leur réflexivité sur l’état et le devenir de la société et leur manque de proximité avec le citoyen.

Il en résulte certes un sentiment de confiscation du pouvoir au peuple au profit de celui de groupes de pression (lobbies) qui au mieux orientent les décisions politiques et les lois, au pire détournent les richesses produites par les biens communs au profit de l’enrichissement de particuliers, de groupes d’individus, d’entités économiques dont leurs activités ne seraient plus régulées par le pouvoir politique mais par une « main invisible» du marché.

Ainsi, comme le souligne Pierre Rosanvallon, cette relative désaffection n’est pas synonyme de dépolitisation et de passivité de notre société qui fait preuve au contraire de réactivité, d’inventivité et de propositions dans un mouvement général de contre-démocratie disséminé dans la société. Un accroissement du pouvoir social en gestation, actuellement incanalisable, faussement interprété par les instituts de sondages qui s’affichent comme un outil scientifique pour faire croire à la pertinence de leurs analyses.

La sortie de ce marasme ambiant et l’avenir de la contre-démocratie passerait d’après Yves Sintomer, par l’élévation du niveau de notre démocratie par plus de pouvoir au peuple qui permettrait plus de participation aux décisions, aux contrôles et la validation des choix de nos représentants élus et institutions administratives.

Des tentatives sont actuellement expérimentées par des équipes politiques locales autour des budgets participatifs, les comités de quartiers, les comités de quartier, sans pour autant donner les moyens aux citoyens de réellement participer, contrôler, valider les projets.

Cependant pour le développement et la réussite de ceux-ci, je pense que les mouvements associatifs, les personnes riches de propositions, doivent apprendre à adopter les techniques de la communication douce. Il est certainement plus primordial d’engager des évolutions avec les politiques et les responsables de l’administration pour créer des univers de confiance plutôt que d’imaginer une quelconque révolution qui comme le mot l’indique conduit à des situations où on finit par se retrouver au point de départ. S’engager à adopter une stratégie de communication douce permettra à mon sens d’engager cette évolution collective grâce à notre évolution individuelle. La démarche d’individuation que nous observons aujourd’hui par la montée en puissance de l’individualisme, entraîne certes la volonté de défendre son point de vue, ses envies etc. mais oblige en contre partie à apprendre à écouter l’Autre. Cela nécessite donc beaucoup de remises en question de notre manière d’Être en groupe. Sans cela, sans une démarche de coconstruction des projets communautaires avec pour objectif la recherche du consensus il serait difficile d’entrevoir une quelconque élévation de nos démocraties, quand bien même les outils fussent-il mis à notre disposition.

La société est particulièrement injuste, c’est le moins que l’on puisse dire. Et bien peu de gens se soucient d'y remédier trop absorbés par les profits mirobolants qu’engrangent les marchés financiers.

Contrairement à une légende savamment entretenue pour justifier les multiples plans d'austérité, le capitalisme n'est pas en train de s'assainir. La bourgeoisie veut nous faire croire qu'il faut aujourd'hui payer pour les folies de ces dernières années afin de repartir sur des bases assainies. Rien n'est plus faux, l'endettement est encore le seul moyen dont dispose le capitalisme pour repousser les échéances de l'explosion de ses propres contradictions... et il ne s'en prive pas, contraint qu'il est de poursuivre sa fuite en avant. En effet, la croissance de l'endettement est là pour pallier à une demande devenue historiquement insuffisante depuis la première guerre mondiale. La conquête entière de la planète au tournant de ce siècle représente le moment à partir duquel le système capitaliste est en permanence confronté à une insuffisance de débouchés solvables pour assurer son « bon » fonctionnement. Régulièrement confronté à l'incapacité d'écouler sa production, le capitalisme s'autodétruit dans des conflits généralisés. Ainsi, le capitalisme survit dans une spirale infernale et grandissante de crises (1912-1914 ; 1929-1939 ; 1968-aujourd'hui), guerres (1914-1918 ; 1939-1945) et reconstructions (1920-1928 ; 1946-1968). Aujourd'hui, la baisse du taux de profit et la concurrence effrénée que se livrent les principales puissances économiques poussent à une productivité accrue qui ne fait qu'accroître la masse de produits à réaliser sur le marché. Cependant, ces derniers ne peuvent être considérés comme marchandises représentant une certaine valeur que s'il y a eu vente. Or, le capitalisme ne crée pas ses propres débouchés spontanément, il ne suffit pas de produire pour pouvoir vendre. Tant que les produits ne sont pas vendus, le travail reste incorporé à ces derniers ; ce n'est que lorsque la production a socialement été reconnue utile par la vente que les produits peuvent être considérés comme des marchandises et que le travail qu'ils incorporent se transforme en valeur.

L'endettement n'est donc pas un choix, une politique économique que les dirigeants de ce monde pourraient suivre ou non. C'est une contrainte, une nécessité inscrite dans le fonctionnement et les contradictions même du système capitaliste. Voilà pourquoi l'endettement de tous les agents économiques n'a fait que se développer au cours du temps et particulièrement ces dernières années. Voilà pourquoi aussi la pauvreté ne cesse de s’accroître et pas seulement dans les pays pauvres mais chez nous également.

Les idéologues du capital ne voient la crise au niveau de la spéculation que pour mieux la cacher au niveau réel. Ils croient et font croire que les difficultés au niveau de la production (chômage, surproduction, endettement, etc.) sont le produit des excès spéculatifs alors qu'en dernière instance, s'il y a « folie spéculative », « déstabilisation financière », c'est parce qu'il y avait déjà des difficultés réelles. La « folie » que les différents « observateurs critiques » constatent au niveau financier mondial n'est pas le produit de quelques dérapages de spéculateurs avides de profits immédiats. Cette folie n'est que la manifestation d'une réalité beaucoup plus profonde et tragique : la décadence
avancée, la décomposition du mode de production capitaliste, incapable de dépasser ses contradictions fondamentales et empoisonné par l'utilisation de plus en plus massive de manipulations de ses propres lois depuis bientôt près de trois décennies.

Le capitalisme n'est plus un système conquérant, s'étendant inexorablement, pénétrant tous les secteurs des sociétés et toutes les régions de la planète. Le capitalisme a perdu la légitimité qu'il avait pu acquérir en apparaissant comme un facteur de progrès universel. Aujourd'hui, son triomphe apparent, repose sur un déni de progrès pour l'ensemble de l'humanité. Le système capitaliste est de plus en plus brutalement confronté à ses propres contradictions insurmontables.

Nolan Romy

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