Tuesday, October 16, 2012

La « prophétie » de Michel Serrault





Quand un comédien semble plus lucide que les politiciens, il ne faut pas croire que ceux qui gouvernent sont des incapables ou des idiots. Non, ce sont des calculateurs sans scrupules et des criminels !

Chaos en Irak & djihad contre l'Occident

« 14 avril 2003, écrit Michel Serrault, la guerre en Irak bat son plein. George Bush me fait peur. Les scènes de bombardement de Bagdad à la télévision me glacent le sang. Cette guerre plus longue que prévu par les « experts » multiplie les morts de part et d'autre dans un but clairement identifié : s'emparer du pétrole irakien. Assez de naïveté à cet égard. Qui peut croire aux prétendus élans humanistes de l'Amérique et de la Grande-Bretagne voulant « libérer » la population ? L'a-t-on consultée ? Lui a-t-on annoncé le désordre qui va suivre inévitablement cette intervention ? La guerre civile, peut-être, le chaos, le sang, les règlements de comptes... Tout cela, comme toujours, sur le dos des plus faibles. Quand tous les musulmans seront remontés définitivement contre l'Occident, il faudra se souvenir de la responsabilité historique de George Bush. Quelle inconscience !

Et ce sentiment d'impuissance devant la télévision qui montre les dégâts humains et matériels de plus en plus lourds. »

Michel Serrault, Les pieds dans le plat.


Les pieds dans le plat

« Je ne suis pas un écrivain, encore moins un philosophe ou un moraliste, tout au plus un comédien un peu perdu, parfois, dans ce siècle tourmenté. Les journalistes me demandent souvent ce que je pense de tel ou tel événement qui surgit dans l’actualité. Une pirouette me sert presque toujours de réponse. Pourquoi se prononcer ou pousser un cri ? A quoi bon exprimer une opinion définitive sur un sujet changeant quand on n’a pas le pouvoir de modifier le cours des choses ? Mais l’année dernière, j’ai éprouvé le besoin de fixer un peu mes idées. Depuis décembre 2002, je note, sur des feuilles volantes, tout ce qui me passe par la tête, à la faveur d’une rencontre, d’une émission de télévision, d’une pièce de théâtre, d’une déclaration de George Bush au journal télévisé ou d’une apparition du Pape au balcon du Vatican. On trouvera dans ce journal ce qui me réjouit et m’agace, ceux que j’admire depuis toujours et ceux que je déteste provisoirement, des gens célèbres ou des inconnus, des commerçants de mon quartier, des moines perdus dans leur thébaïde et des metteurs en scène plus ou moins inspirés. Dans mon métier de comédien, je prétends que la « présence », indéfinissable, est déterminante. Sur scène, je veux que mon cœur pénètre au fond des âmes. Ce ne sont pas les mots qui comptent mais l’intention derrière les mots. Mon métier est un métier de croyance et de foi. Comment expliquer le mystère du comédien puisque ce qu’il fait de mieux, souvent, lui échappe ?



Il en va de même dans ce journal : beaucoup de remarques, de pensées, de critiques, d’applaudissements aussi, se sont échappés sur le papier et je ne les ai pas censurés. Me jugera-t-on avec indulgence ? Je l’espère car c’est avec sincérité et une bonne foi très relative que je réponds aux évènements quotidiens, heureux ou malheureux, cocasses ou inattendus, qui s’offrent à mon regard de comédien et à mon cœur de chrétien.

Mettre « les pieds dans le plat » a deux sens très voisins d’après les dictionnaires. Soit commettre involontairement un impair, soit faire exprès de susciter un effet de scandale ou de mettre ses interlocuteurs dans l’embarras en les atteignant ouvertement. Je ne sais plus ce qui relève de l’impair, dans les pages qui suivent, ou de l’attaque volontaire. A moins que l’ensemble ait échappé à mon raisonnement sous le coup de l’émotion, de la colère, d’un éclat de rire ou de l’émerveillement. »
Michel Serrault
(1928-2007)







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