Wednesday, January 30, 2013

Le nouvel ordre mondial selon Bill Cooper




Le doyen de la théorie américaine de la conspiration était Milton William Cooper, de St. Johns, Arizona ; il est l'auteur d'un compendium pour le mouvement millénariste et conspirationniste, Behold a Pale Horse (1991).

Fils d'un officier de l'armée de l'air, Bill Cooper est né en 1943 ; il a grandi dans différents pays, selon les affectations de son père. Après avoir quitté le lycée au Japon en 1961, il s'engagea dans l'Air force, puis la Navy en 1965. Alors qu'il servait à bord d'un sous-marin dans le Pacifique, Cooper aperçut pour la première fois une énorme soucoupe volante qui émergea de l'océan et s'envola dans les nuages. La soucoupe fut aperçue par d'autres membres d'équipage et par des officiers, mais seul Cooper fut menacé de prison s'il dévoilait ce qu'il avait vu. A partir de 1968, il fut affecté à l'espionnage naval. C'est là qu'il découvrit l'existence d'une conspiration d'un haut niveau dirigée contre les citoyens des États-Unis. Il était convaincu que l'espionnage naval avait participé à l'assassinat de John F. Kennedy, et en 1972, il avait amassé des informations dérangeantes classées secrètes sur les OVNIs, la Navy, le gouvernement secret, l'ère glaciaire à venir, le projet Galileo, et la stratégie pour l'établissement d'un Nouvel ordre mondial.

Bill Cooper quitta l'armée en 1975 et tenta alors de transmettre ce genre d'informations à la presse. Il affirme que les puissances cachées étaient prêtes à le supprimer. En Californie, une limousine noire poussa sa voiture vers une falaise, puis deux hommes descendirent jusqu'à la carcasse du véhicule. L'un d'eux se pencha pour vérifier son pouls, et l'autre demanda s'il était mort. Le premier répondit que ce n'était plus qu'une question de minute, et l'autre répondit que le boulot était fait. Un mois plus tard, la même voiture mystérieuse provoqua un nouvel accident. Cette fois-ci, Cooper perdit une jambe. Deux hommes lui rendirent visite à l'hôpital, le menaçant d'un accident fatal s'il persistait à vouloir divulguer des informations secrètes. Ces rencontres presque fatales, s'ajoutant à la découverte d'actions secrètes de la part des militaires et du gouvernement, convainquirent définitivement Cooper de la réalité d'une conspiration mondiale. Tout en continuant à collecter des
documents, il restait résolu à dévoiler la vérité de ces plans visant à soumettre l'humanité au Nouvel ordre mondial. C'est ainsi qu'il publia son livre, qu'il décrivait comme « plus proche de la vérité que tout ce qui a été précédemment écrit. »

Behold a Pale Horse est un amas chaotique de mythes de la conspiration, parsemé d'extraits de lois, de lettres officielles, de rapports et de documents visant à dévoiler la sombre perspective d'un gouvernement mondial imposé au peuple américain contre sa volonté et en conflit flagrant avec la Constitution. Le premier chapitre contient un mémorandum gouvernemental soi-disant secret titré « Armes silencieuses pour guerres tranquilles ». Découvert dans une photocopieuse IBM lors dune vente aux enchères en juillet 1986, ce document est devenu très célèbre dans les milieux conspirationnistes. Nous y apprenons que l'élite a décidé en 1954 d'exploiter les opérations de recherche, la technologie informatique et la finance pour modeler une société entièrement prévisible et manipulable, dans le but de transférer la richesse des masses indisciplinées et irresponsables vers un petit nombre de gens valeureux et intelligents. L'éducation garderait les masses inférieures indisciplinées et ignorantes, tandis que les sujets triviaux traités par les médias et les divertissements vulgaires se chargeraient de les maintenir dans la confusion, la désorganisation et la distraction. Le document est rédigé dans un jargon technique qui mêle ingénierie sociale, économique et électronique, pour suggérer que tous les individus d'une société peuvent être programmés, car « ceux qui ne se servent pas de leur intelligence ne valent pas mieux que des animaux dépourvus d'intelligence. De tels individus sont comme des bêtes de somme... »

Cooper voit dans ce document une déclaration de guerre formelle des Illuminati contre les citoyens des États-Unis. Il affirme que les citoyens pacifiques sont en droit d'user de tous les moyens, y compris la violence, pour identifier, contre-attaquer et détruire l'ennemi. Le deuxième chapitre, « Sociétés secrètes et Nouvel ordre mondial », contient les investigations et les réflexions de Cooper sur le complot mondial contre l'indépendance et la liberté. Les racines de la conspiration des Illuminati remontent à l'ancienne Confrérie du Serpent, et donc incluent les Templiers et les francs-maçons. Cooper croit que la plupart des sociétés secrètes modernes n'en forment en fait qu'une seule, dotée d'un but unique. Leur apparente pluralité masque la conspiration visant à soumettre l'humanité :

« L'Ordre de la quête, la Société de JASON, la Roshaniya, la Qabbalah, les Templiers, les Chevaliers de Malte, les Chevaliers de Colomb, les jésuites, les maçons, l'ordre mystique de la rose-croix, les Illuminati, le parti nazi, le parti communiste, les membres du Conseil des relations extérieures, la Fraternité du Dragon, l'Institut royal des affaires internationales, la Commission trilatérale, le groupe Bilderberg, le Vatican, le Russell Trust, Skull & Bones, Scroll & Key [société secrète des universités de Yale et Harvard]. Toutes ces organisations ne forment qu'une seule entité et travaillent dans le même but : le Nouvel ordre mondial. » (Milton William Cooper)

L'analyse obsessionnelle que produit Cooper sur ces groupes à la fois imaginaires et réels, accumule les détails visant à suggérer le pouvoir terrifiant des élites mondiales. Cependant, selon lui, l'organisation secrète la plus puissante au monde est le groupe Bilderberg, dont les trois comités comprennent des membres des Illuminati, de la franc-maçonnerie, du Vatican et des vieilles familles aristocratiques européennes : « Ce sont eux qui dirigent VRAIMENT le monde », affirme Cooper.

Cooper décèle des preuves de l'influence cabalistique des Illuminati dans la fondation des États-Unis. L'œil omniscient dans la pyramide représente Lucifer et est également l'ancien symbole de la Confrérie du Serpent. Il souligne la répétition du chiffre 13, qui se retrouve dans les 3 comités de 13 membres du groupe Bilderberg, ce qui, pour lui, prouve sans aucun doute l'influence des Illuminatis.

Pour Cooper, les pouvoirs présidentiels utilisés abusivement sont une preuve supplémentaire des plans du gouvernement américain pour imposer un socialisme totalitaire. Par le biais de « lois secrètes » cachées au public, le président (à l'époque, Georges Bush) a le pouvoir de lancer des actions secrètes, de déclarer la guerre, de combattre le terrorisme et de suspendre la Constitution en cas d'urgence, sans en référer au Congrès. Cooper s'étend sur l'Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA), qui en cas d'urgence est autorisée à contrôler les médias, la nourriture, l'énergie et les transports, tout en mobilisant chaque citoyen au sein de brigades commandées par le gouvernement. William R. Pabst, de Houston, fournit des détails sur les emplacements d'une douzaine de camps de concentration construits pour la détention de prisonniers politiques. « Lorsque votre famille sera séparée et éclatée dans tous les États-Unis pour effectuer un travail d'esclave et que vous ne verrez plus jamais ceux que vous aimez ; ce sera votre faute, parce que vous n'aurez rien fait pour empêcher cela. » (Cooper)

L'élite dirigeante croit que seul un gouvernement secret et totalitaire peut résoudre les problèmes actuels. Apparemment, leur principal souci est la surpopulation. Pour contrôler la croissance de la population, le gouvernement américain mène une guerre contre ses propres citoyens, avec l'introduction de maladies, de substances chimiques et radioactives dangereuses. L'élite dirigeante vise les éléments les plus indésirables de la société, dont les Noirs, les Hispaniques et les homosexuels. La variole fut introduite en Afrique pour décimer la population noire. L'hépatite B a été répandue en Amérique pour infecter la population. Le virus du sida est une arme du gouvernement. Des déchets nucléaires sont répandus sur les champs de tabac pour provoquer le cancer du poumon. la dioxine et d'autres polluants prolifèrent malgré les dénis officiels. Une installation fédérale secrète connue sous le nom de Mount Weather, près de Bluemont, Virginie, est décrite comme une ville souterraine construite pour le gouvernement de l'ombre qui attend d'avoir le pouvoir, sera prêt à réagir en cas de crise. Les patriotes, les nationalistes et les groupes de droite sont les premières cibles de leurs mesures répressives.

Les OVNIs et les extraterrestres jouent un rôle apocalyptique dans le culte de la conspiration de William Cooper. Des vaisseaux extraterrestres sont censés avoir visité les États-Unis entre 1947 et la fin de l'année 1952. Des débris d'OVNIs crashés des extraterrestres morts et vivants découverts à Roswell, dans le Nouveau-Mexique' ont été étudiés par des scientifiques sous les auspices de la CIA tandis que des fausses informations et des rumeurs maintenaient le public dans l'ignorance. Cooper semble croire que les humanoïdes extraterrestres sont venus sur Terre pour prélever le matériel génétique qui fait défaut à leur espèce en déclin. Le président Eisenhower est censé avoir officiellement rencontré les extraterrestres en février 1954, et un traité fut signé entre eux et le gouvernement américain : en échange de leur technologie avancée, les extraterrestres ont obtenu la permission d'étudier un nombre limité d'humains dans le cadre de leur projet génétique. Toutes les relations avec les extraterrestres sont soumises au comité connu sous le nom de MAJESTIC-12.
D'immenses pistes d'atterrissage pour les extraterrestres ont été construites à Dreamland, ou Area 51, près de Rachel, dans le désert du Nevada. Depuis, Area 51 est devenu un lieu de rendez-vous pour les ufologues et les tenants de la théorie de la conspiration. Anthony Hilder a enregistré une cassette audio, The Panic Project, au sujet des OVNIs stationnés sur la base de Dreamland. L'élite dirigeante s'est alliée en secret avec les extraterrestres contre le reste de l'humanité.

Le millénarisme de Bill Cooper est quasiment littéral. En l'an 2000, des mesures gouvernementales secrète à l'encontre du peuple devaient déboucher sur des hostilités ouvertes. Au même moment, la présence des OVNIs et des extraterrestres devait être officiellement révélée. Un vaisseau spatial appelé Galileo, en route pour Jupiter, allait déposer une charge de plutonium au cœur de la planète géante, générant une réaction atomique et la naissance d'une nouvelle étoile, qui doit être nommée Lucifer. Un vaste programme de manipulation médiatique interprétera ce phénomène comme un signe d'une grande portée religieuse et le monde entier espérera l'accomplissement de l'ancienne prophétie. Alors, un caveau contenant les anciennes données de la Terre sera ouvert dans la grande pyramide de Khéops, en Egypte, où George Bush assistera à une célébration occulte du millénaire et à la proclamation du Nouvel ordre mondial.

Bill Cooper est habité par un esprit anarcho-libertaire de rébellion. contre le gouvernement, qu'il perçoit comme anticonstitutionnel, criminel et despotique. Il en va de même pour Anthony H. Hilder, Linda Thompson et de nombreux autres porte-parole de groupes conspirationnistes américains. Étant donné que ces groupes identifient souvent le national-socialisme allemand comme le précurseur du Nouvel ordre mondial, on peut se demander le rapport qu'ils entretiennent avec le nazisme ésotérique. La réponse se trouve dans leur obsession du secret et de la conspiration. En déclarant la guerre aux élites dirigeantes secrètes qui asservissent les populations innocentes, les théoriciens de la conspiration font une projection fatale. L'élite est considérée comme totalitaire, antidémocratique, méprisante envers le peuple. Les victimes ont donc le droit de combattre et de détruire l'élite par tous les moyens nécessaires. Les actions secrètes, la violence, le terrorisme - tous les moyens que l'élite est accusée d'utiliser - sont bons pour que le peuple retrouve son autonomie perdue.

Les parallèles psychologiques entre les conspirationnistes américains et le système de pensée nazi sont évidents lorsqu'on se rend compte que la réimpression complète des Protocoles des Sages de Sion forme les 15 premiers chapitres de Behold a Pale Horse. Le texte provient de la première édition anglaise, traduite par Victor E. Marsden, publiée en 1921 par la Britons Publishing Society, un groupe notoirement antisémite. Bien que Cooper cite Mayer Amschel Rothschild (1743-1812) disant : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d'un pays, et peu m'importera qui en dicte les lois », il n'attribue pas exclusivement les Protocoles à une conspiration mondiale juive. Il suggère que toute allusion aux « juifs » en tant que conspirateurs doit être remplacée par le mot « Illuminati » tandis que les mots« goyim »et « gentils » doivent être remplacés par « prisonniers ».

Malgré une prose datant de la fin du XIXe siècle les Protocoles illustrent les craintes et l'anxiété des conspirationnistes au sujet d'un gouvernement secret et du Nouvel ordre mondial. Les juifs (Illuminati) créent des désordres et de l'hostilité entre États pour augmenter leur endettement et provoquer des guerres (Protocole 7) ; d'où des guerres mineures constantes depuis 1945. Les juifs (Illuminati) sèment la confusion dans l'opinion publique grâce à la contradiction (Protocole 5). Les juifs (Illuminati), avec la distraction, les jeux, le divertissement, détournent les masses de leurs vrais objectifs (Protocole 13). Ces stratégies sont reflétées dans la politique artificielle et le consumérisme futile. Les juifs (Illuminati) vont désigner un dirigeant fantoche qui aura le droit
de proposer des lois d'urgence, de modifier la Constitution et de déclarer l'état de guerre (Protocole 10). D'où la mobilisation et les directives de la FEMA pour établir un État policier. Les juifs (Illuminati) vont créer un gouvernement fortement centralisé pour contrôler toute l'humanité (Protocole 15). En découlera le Nouvel ordre mondial.

Les théories de la conspiration s'épanouissent toujours à des époques où les gens se sentent exclus du processus politique. Ces nouvelles croyances conspirationnistes américaines ont vite trouvé un écho en Europe, alors que l'Union européenne se développait dans les années 1990. Le mouvement « alternatif » en particulier, avec sa suspicion envers un gouvernement puissant, les milieux des affaires et la médecine orthodoxe, s'est montré sensible aux théories de la conspiration.

Nicholas Goodrick-Clarke, « Soleil noir ».

Soleil noir

Voici un formidable ouvrage qui s'intéresse à un sujet totalement délaissé par les historiens, à savoir : le succès posthume de l'Hitlérisme en Europe. Avec une écriture fluide,  "Soleil noir" se lit comme un roman. Nicholas Goodrick-Clark démontre que la pensée nazie s'est adaptée, ou plutôt a nourri, toutes les tensions ontologico-protestataires : contre le gouvernement, contre la main mise des banques, contre la mixité raciale, contre les Juifs et tout cela servi par une dialectique mêlant critique du monde moderne, attrait pour l'Inde et sa religion, refus du consumérisme, éloge de la nature et des racines païennes de l'occident. Le dernier chapitre, consacré à la théorie du complot, s'avère peut-être le plus remarquable car elle est très en vogue actuellement et il permet de voir que cette théorie entretient des liens avec les doctrines des groupes d'extrême-droite presque sans le vouloir. Au final, ce "Soleil noir" me semble être un livre d'une grande intelligence qui mérite de figurer dans toute bonne bibliothèque des personnes s'intéressant aux parcours des extrêmes droites, des mouvements racistes et contestataires.

Commentaire de Nicolas, Amazon.



Le rapport de la montagne de fer :

1 comment:

  1. Anonymous5:07 PM

    Mort de Cooper :
    Le 5 Novembre 2001, les adjoints du shérif du comté d'Apache tentent d'arrêter Cooper pour des accusations de voies de fait graves avec arme. Après un échange de coups de feu, au cours de laquelle l'un des policiers est blessé à la tête, Cooper est mortellement touché par les balles des forces de l'ordre.

    ReplyDelete